Lettre à M. Vitart , 3o mai
6. Il fut présent, en cette qualité, au chapitre qui se tint pour l'élection de son frère comme abbé de Sainte-Geneviè\e , en i(i5o, et à celui qui se tint en 1(553, pour l'élection du successeur de ce frère {Actes louchant la réformation de plusieurs monastères des chanoines réguliers de la congrégation de France. Manuscrit in-40 de la bibliothèque Sainte-Geneviève, tome XXIII, fol. 339 et 353, et tomeXXlV,
Parmi cette nombreuse tribu des Sconin, il y eut même un poète, nous pourrions ajouter, un po'éte tragique, qui peut-être était, lui aussi, un des oncles de Racine, sans aucun doute de sa famille . Malheureusement ni les poésies latines, ni YHector, tragédie française de ce Sconin, qui était principal du collège de Soissons, ne sont dignes d'un parent de Racine1. Tenons-lui du moins quelque compte de son ambition littéraire. A tout prendre, cette nombreuse famille, revêtue de dignités ecclésiastiques ou pourvue d'honorables emplois, avait certainement quelque distinction. Mais il faut tout dire, son trait particulier n'était point l'amabilité du caractère, si Racine ne l'a pas jugée trop sévèrement. Dans une lettre du 6 juin 1662, écrite, il est vrai, ab irato, et que jusqu'ici tous ses éditeurs avaient bien altérée, il drape ainsi les Sconin, ne faisant grâce qu'à son oncle Antoine, l'ancien abbé de Sainte-Geneviève : * Il est tout à fait bon, je vous assure, et je crois que c'est le seul de sa famille qui a l'âme tendre et généreuse; car ce sont tous de francs rustres, ôtez le père qui en tient pourtant sa part 2. »
fol. 214)- Dans un acte du 6 octobre if>54, il est encore qualifié prieur claustral de l'abbaye de Notre-Dame de Beaugency. — Quant à l'autre frère, religieux aussi de Sainte-Geneviève, Jacques Sconin, né le 1 5 septembre ifii5, nous trouvons son nom, avec la date de 1641, dans un petit livre manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève, qui a pour titre : « Ici sont écrits les noms des religieux de céans. »
1. Nous avons lu de lui : 1" une élégie latine, avec la traduction en vers français : Soissons à la France (Suessio Galtix), à Soissons, chez Nicolas Asseline, M.DC.LX VIII. Cette pièce de poésie est signée Sconin. A la suite sont deux autres petites pièces : m Monseigneur le Roi au Dauphin » et « Le Roi à Monseigneur le Dauphin, » signées : Sconin, principal du collège de Soissons ; — 20 Hector, tragédie, à Soissons, chez Louis Mauroy, M.DC.LXXV. C'est une pièce en cinq actes et en vers. La dédicace au cardinal d'Estrées, où l'auteur lui rappelle les obligations particulières que lui a sa famille, est signée A. Sconin, principal du collège de Soissons.
2. Dans le texte donné par Louis Racine et suivi par les précédents éditeurs, tout a été, par égard pour la famille, rejeté charitablement sur la communauté (des chanoines de Sainte-Geneviève sans doute): « Il est tout à fait bon, et je crois que c'est le seul de sa communauté qui ait l'âme tendre et généreuse. » La suite de la phrase est supprimée.
io NOTICE BIOGRAPHIQUE
Il y avait quinze mois que Jean Racine, le procureur au bailliage, et la fille de Pierre Sconin étaient mariés, lorsqu'un fils leur naquit. Ce fils reçut, comme son père, son aïeul et son bisaïeul, le nom de Jean. Il fut tenu sur les fonts, le 11 décembre i63g, par son grand-père maternel, Pierre Sconin, et par son aïeule paternelle, Marie des Moulins1. On voit aujourd'hui à la Ferté-Milon , rue Saint- Vaast , n° 3 (ancienne rue de la Pescherie), une maison où, si l'on en croit l'inscription placée au-dessus de la porte, est né cet enfant destiné à tant de gloire. Ce que l'on sait avec certitude, c'est que cette maison appartenait à Pierre Sconin, qui y mourut. Il se peut que la tradition ne mente pas, et que cette maison, habitée aussi par la fille et le gendre de Pierre Sconin, ait vu naître Jean Racine et sa sœur.
On ne doit pas dire sans doute que le jeune Racine fut un de ces enfants « à qui ni leur père ni leur mère n'ont souri; » ceuxlà étaient aux yeux de Virgile les disgraciés des Dieux. Mais ce doux sourire des parents ne put rester dans sa mémoire ; et leur tendresse manqua à l'enfance du plus tendre des poètes. Au mois de janvier 1641, Jeanne Sconin avait donné le jour à un second enfant, à une fille, dont la naissance lui coûta la vie. La jeune Marie Racine fut baptisée le 24 janvier 2; quatre jours après, le 28 du même mois, sa mère était morte. Jeanne Sconin n'avait pas encore vingt-neuf ans3. Un peu moins de deux