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Lettre à Racine, i3 août

J. Racink. 1

de la faveur de Colbert, mais aussi de cette faveur royale qui allait se marquer bien davantage encore l'année même du mariage de Racine, l'attacher à la cour, lui donner auprès du prince une place à part dans sa familiarité, et, comme dit Saint- Simon, lui acquérir des privances.

On a placé1 au mois d'octobre 1677 la nomination de Racine et de Boileau aux fonctions d'historiographes du Roi. C'est en effet dans ses lettres de ce mois que le Mercure galant l'annonce en ces termes à ses lecteurs : « Le théâtre est menacé d'une grande perte. On tient (et c'est un bruit qui se confirme de toutes parts) qu'un de nos plus illustres auteurs y renonce pour s'appliquer entièrement à l'histoire.... Celui qui va écrire l'histoire 'de ce règne) est capable d'en soutenir le mérite. La matière ne peut être plus belle ni le conducteur plus éclairé, et on a tout sujet de n'en rien attendre que de merveilleux. Heureux celui qui v doit travailler avec lui! et heureux en même temps les froids écrivains, les méchants poètes et les ridicules dont ce redoutable et fameux auteur n'aura plus le temps d'attaquer les défauts dans se-s charmantes satires ! » Mme de Sévigné semble aussi donner la nouvelle comme toute fraîche dans sa lettre à Bussy du i3 octobre 1677 : « Vous savez bien que le Roi a donné deux mille écus de pension à Racine et à Despréaux, en leur commandant de tout quitter pour travailler à son histoire, dont il aura soin de leur donner des mémoires. » Il faudrait croire cependant que, si le choix des deux histo-

1. M. Bcrriat-Saint-Prix, dans son Essai, au tome Ides OEuvres de Boileau (édition de i83o), p. cvi. — Il s'appuie sur l'autorité de Brossette et de des Maiseaux. Brossette, au passage indiqué par M. Berriat-Saint-Prix, c'est-à-dire à la page 3^4 du Boileau de 1716, dit que Racine et De^préaux furent nommés historiographes en it>77, mais il ne parle pas du mois d'octobre. Quant à des Maiseaux, voici comment il s'exprime dans sa Vie de Boileau (Amsterdam, 171 2), p. 1 16 et 1 17 : « [Le Roi choisit M. Despréaux) conjointement avec M. Racine pour travailler à son histoire ; et Sa Majesté ne se contenta pas de leur avoir fait assigner à chacun une pension pour l'emploi dont elle les avoit honorés : elle voulut encore leur faire toucher une gratification considérable. Ce fut au mois d'octobre 1677 au ils reçurent cet honneur. » Cet honneur est peut-être amphibologique ; mais il nous semble qu'il s'agit de la gratification.

riens ne fut déclare publiquement et connu qu'à cette date, il était fait depuis quelque temps déjà, à moins qu'on ne regarde comme un conte l'anecdote dont Mme de Sévigné régalait son cousin le 3 novembre suivant, et que les Mémoires de Louis Racine confirment dans des termes peu différents : « Le Roi. écrit Mme de Sévigné1, leur dit (à Racine et à Despréaux) : « Je « suis fâché que vous ne soyez venus à cette dernière campagne : « vous auriez vu la guerre, et votre voyage n'eût pas été long. » Racine lui répondit : « Sire, nous sommes deux bourgeois qui « n'avons que des habits de ville; nous en commandâmes de « campagne; mais les places que vous attaquiez furent plus tôt « prises que nos habits ne furent faits. » La campagne où les nouveaux historiographes auraient suivi le Roi aux sièges de Valenciennes et de Cambrai, si leurs tailleurs avaient fait plus de diligence, avait fini au mois de mai 1677, et commencé dans les premiers jours de mars2. Qu'on nous pardonne cette discussion chronologique; mais ces dates méritent quelque attention. Car si Racine accepta avant le mois de mars 1677 la tâche d'écrire l'histoire du Roi, cela devient singulièrement proche du temps où il put songer, après Phèdre, à ne plus travailler pour le théâtre. Y aurait-il donc à revenir sur ce que nous avons dit de la cause qui l'en éloigna? Louis XIV se trouverait-il être le Dieu qui exigea le sacrifice? Eut-il barbare et aveugle à ce point dans son égoïsme? Et, s'il voulait être bien loué dans la postérité, comprit-il si peu qu'il l'eût été plus magnifiquement par les chefs-d'œuvre qu'il empêchait de naître que par tous les éloges de ses historiens d'office? 11 faut dire que l'on crut alors à cette volonté du Roi, sans toujours en paraître assez étonné. Nous avons entendu le Mercure annoncer que Racine renonçait au théâtre pour s'appliquer entièrement à l'histoire, et Mme de Sévigné dire que le Roi avait commandé à Racine et à Despréaux « de tout quitter. » Dans un parallèle de Corneille et de Racine que cite Raillet3, on s'exprimait ainsi : « M. Racine

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