‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 102 sur 306 · RÉPONSE AUX VERS PRÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

RÉPONSE AUX VERS PRÉCÉDENTS

Quam legis en 2 illa tibi littera venit ab urbe

Ludere qiiœ alternis versibus ante dédit. Nunc ruere, atque tibi satis expugnata videtur,

Utraque dum posita cuspide Musa silet.

Stat tamen, et salvis medio tuta aggere gaudens 5

RÉPONSa AtlX VERS PRÉcÉDEKTS.

La lettre que tu lis t'est venue de cette ville qui déjà nous avait donné occasion de nous jouer dans un dialogue poétique. Cette ville aujourd'hui te paraît battue en brèche, et tu crois en avoir assez triomphé, tandis que se taisent nos deux Muses, qui <mt mis bas les armes. Elle est debout cependant,

1. Cette Rffonse est .-m même tome du Recueil àe Grauet que les vers précédents, p. 127. Vitart n'était pas de même force que Racine. Nous donnons aussi la traduction de sa petite pièce, mais sans nous flatter d'en avoir percé l'obscurité et d'avoir toujoui-s bien rendu le sens.

2. 11 y a ex dans le texte donné par Granet et le P. Desmolets. C'est évidemment une faute d'impression.

2i4 PREMIER APPENDICE

Mœnibus, agresti non pavet arte minas.

Majores gerit illa auimos, majoraque servat

Pectora, quam ut duplici victa pavore cadat. Congressus petit ecce no\os, tua sustinet arma

Impatiens, tantas nescia ferre moras. iq

Miles in excelsis nequicquam turribus adstat,

Et queritur tardas hostis ad arma manus. Otia tanta tiraet, quae novit crescere virtus :

Fortia sublato corda labore cadunt.

Ergo âge, uec proprio pereant torpore, nec armis 1 5

Sumere quae jussit Musa sit ulla quies. Te sequimur, quocumque ruis : si despicis urbes,

Altéra quse placeant Musa vocata dabit.

Arma mihi tua tela ferent : his militât uuis

Dextera, te solum gaudet babere ducem. 20

Imbelles nec prima jurant certamina ; quique

Te primo incœpi, te préparante sequor.

Nunc animos tua Musa novos concepit, et ante

Assiduo nimium fracta labore, viget.

Nascentes in corde tacens ne comprime fœtus ; 23

Saepe datos spernens nescit babere novos. Angustas ne finge moras ;tantum impiger aude,

ses murailles sont toujours solides; derrière ses remparts, dont elle est fière, eUe demeure en sûreté, et ne s'effraje pas des menaces d'un poète campagnard. Son courage est trop grand, elle reste trop magnanime pour que la peur d'un double assaut triomphe d'elle et la fasse succomber. Voici qu'elle demande de nouveaux combats ; elle attend avec impatience le choc de tes armes; tant de retards lui sont insupportables. Le soldat veiUe en vain au sommet des tours ; il se plaint d'un ennemi si lent à saisir ses armes. La vertu guerrière, qui sait croître, craint un si long repos : le courage s'affaisse, quand on le laisse languir sans exercice. Sus donc ! ne laissons pas ce courage s'engourdir et s'éteindre; n'accordons point de repos aux armes que la Muse nous a fait prendre. De quelque cûté que se portent tes attaques, nous te suivons : si tu dédaignes les villes, une autre Muse pourra te seconder à ton gré. Tes traits armeront mon bras , qui ne sait combattre qu'avec ceux que tu lui fournis; je n'jime pas à suivre un autre chef. Us sont lâches ceux pour qui est de trop même un premier combat; moi qui me suis mis en campagne quand tu y es entré toi-même, je suis tes pas le jour où tu vas plus loin. Maintenant ta Muse s'est animée d'une nouvelle ardeur : des fatigues sans relâche l'avaient quelque temps abattue; elle a repris ses forces. K'étouffe pas en silence dans ton sein les ncmvelles productions qui y naissent; souvent qui les méprise, quand elles lui sont accordées , ne peut plus, quand il veut, en ivoir d'autres. R«<mps tous les retards qui voudraient t'enchaîner ; sois seule-

AUX POESIES DIVERSES. 2i5

Cum sterllis Radix iiesclat esse sibi.

Ecce tlbi annuerunt gaudentes rure Caraenae,

Jamque suos jactant te cecinlsse lares. 3o

Phœbus ovaus ad bella voeat ; tibi tela ministrat :

HaiC tuus exspectat, vel moriturus, amat.

A. VlTART.

ment actif et hardi ; car jamais Racine ne peut se refuser des fruits. Voici que les Muses , amies des campagnes , t'ont promis leur faveur ; elles sont fières de t'avoir entendu chanter leurs demeures. Apollon triomphant t'appelle aux combats; il te fournit des armes : ton ami attend la bataille; il s'y plaît, quand il V devrait trouver la mort.

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