SUR LES COMPLIMENTS QUI FURENT FAITS AU ROI
A l'occasion de sa convalescence.
De toutes les épigrammes de Racine ce serait celle-ci dont nous devrions tenir l'authenticité pour lapins incontestable, si nous n'avions aucun doute sur un billet autographe que M. le marquis de Biencourt
1. Dans l'édition de 1807, avec commentaire de la Harpe, on lit:
Où je crus être admiré.
2. Le poulailler est la petite messagerie conduite par les cotpietiers.
3. C'estla marque de la déconfiture. On dis.iit d'une g.irnison contrainte a sortir d'une place sans armes ni bagage, qu'elle en sortait le bâton blanc à lu main.
a eu l'obligeance de nous communiquer; car c'est la seule pour laquelle il y aurait un témoignage de Racine hii-même. Voici ce billet , où l'écriture de Racine, si elle n'est qu'imitée, l'est parfaitement ; ou peut le supposer adressé à Boileau :
a A Paris, le 28 [janvier 1687].
« Il n'y a rien de bien nouveau dans les pièces que vous me demandez. J'ai laissé à Versailles toutes les petites pièces que je vous ai montrées. Je n'ai sous la main que l'épigramme sur les compliments que le Roi reçut au sujet de sa convalescence. La voici. Je suis entièrement à vous,
s Râciite. 9
Suit une copie de l'épigramme, telle que nous la donnons, et que l'ont donnée les précédents éditeurs, depuis Luneau de Boisjermain. Mais il est trop facile de fabriquer une pareille lettre, sans qu'il soit besoin de grands frais d'imagination; et ces petits billets signés du nont de Racine sont toujours suspects, quand on ne peut y joindre un certificat d'origine. N'osant pas regarder celui-ci comme un sérieux témoignage, quel garant d'autbenticité nous reste-t-il? Nous n'avons pu remonter plus haut que Luneau de Boisjermain, qui ne nous dit pas quelle raison il avait de croire Racine auteur de cette épigramme, dont la raillerie n'est ni très-neuve ni très-fine. — II s'agit de la convalescence du Roi après les opérations qu'il avait subies dans les derniers mois de 1686. La première fut faite le 18 novembre; mais la guérison ne fut complète qu'au mois de janvier suivant. Louis XIV alla solennellement rendre grâce à Dieu le 3o janvier. Le 27 du morne mois, l'Académie avait célébré par deux harangues le retour de la santé du Roi ; l'une était de l'abbé Tallemant, l'autre de Barbier d'Aucour.
Grand Dieu, conserve-nous ce roi victorieux Que tu viens de rendre à nos larmes.
Fais durer à jamais des jours si jirécieux : Que ce soient là nos dernières alarmes.
Empêche d'aller jusqu'à lui 5
Le noir chagrin, le dangereux ennui, Toute langueur, toute fièvre ennemie, Et les vers de lAcadémie.