SUR L.4 RECEPTION DE FONTENELLE
A l'académie FRANÇOISE.
F'ontenelle fut reçu à l'Académie française le 5 mai 1691. Racine et Boileau avaltiu fait opposition à son élection. — M. Aimé-Martin parle ainsi de cette petite pièce, qu'il a placée parmi les Poésies diverses de Racine : c Ces couplets se trouvent dans une édition des OEuvres de Fontenelle publiée à Amsterdam en 1764. {Nous n^avons pas rencontré cette édition , dont parlent divers bibllograplies^ et quils disent être en douze volumes in-8°.) L'éditeur déclare dans une note que Racine le iils doute fort qu'ils soient de son père ; et sa raison d'en douter est que les amis les plus intimes de cet illustre poëte ne lui en ont jamais parlé : il ne les connolssoit même que depuis la mort de Fontenelle, par M. Thiriot, qui les donnoit sans balancer à Racine. » Thiriot, qui n'était pas contemporain de Racine, ne pouvait rien affirmer que par tradition sur ces couplets. Ils sont spirituels; toutefois quelques expressions triviales peuvent paraître justifier les doutes de Louis Racine. Au tome I des Querelles littéraires par l'abbé Iraiih (1761), on cite le second couplet conune étant de Racine; c'est aussi le seul que l'on trouve dans VAcanthulogie, p.' 112. Dans la T'ie de M. Chai pcntier , de V Académie française, par Bosclieron , qui se trouve manuscrite à la Bibliothèque impériale, le couplet :
Boyer, le Clerc, couple inutile, etc.,
est attribué à Charpentier, qui ce le composa, est-il dit, étant fort jeune. » Cette petite pièce aurait donc été formée de couplets empruntés à différents auteurs, et qui ne seraient pas tous du même temps. Cela est fort invraisemblable; car elle ne manque pas d'unité. Charpentier d'ailleurs faisait-il si bien que le couplet qu'on lui prête? — Sur la séance académique où Fontenelle fut reçu, on peut voir le Mercure galant de mai 1G91, p. 91-128; on y trouve l'explication de plusieurs passages de ces vers satiriques.
Or écoutez, noble assistance,
a46 SECOND APPENDICE
Ce qu'à l'Académie on fit, Dans la mémorable séance Où l'on reçut un bel esprit.
Ce qui fut dit 5
Par ces modèles d'éloquence A bien mérité d'être écrit.
Quand le novice académique
Eut salué fort humblement,
D'une normande rhétorique lo
11 commença son compliment,
Où sottement De sa noblesse poétique Il fît un long dénombrement.
Corneille, diseur de nouvelles, i5
Suppôt du Mercure galant, Loua son neveu Fontenelle *, Et vanta le prix excellent
De son talent ; Non satisfait des bagatelles 20
Qu'il dit de lui douze fois l'an*.
Entêté de son faux système, Perrault, philosophe mutin*, Disputa d'une force extrême ;
Et coiffé de son avertin*, 25
Fit le lutin,
1. On devrait écrire ici Pontenelles, pour la rime. Du reste, à la fin du même couplet, la rime de Van avec talent est également négligée; mais nous en avons trouvé une semblable dans la Chanson contre Fontenelle, vers l O et 1 1 : on pouvait prendre ces libertés dans de tels badinages.
a. Le Mercure de mai 1691 donne aux pages 96-1 16 le discours de Thomas Corneille, qui fut obligé, dit-il, quoiqu'il ne fût alors que chancelier, de parler au lieu de l'abbé Têtu, directeur de la Compagnie, l'état de santé de celui-ci ne lui permettant pas de s'acquitter de ses fonctions.
3. On lut à cette séance» une lettre familière en vers de M. Perrault adressée a M. le jirésident Rose, sur les alarmes où l'on étoit à Paris de ce que le Roi s'cxposoit tous les jours pendant le siège (de Mous).» [Mercure déjà cité, p. 127.)
4. « Avertin , maladie d'esprit qui rend opiniâtre, emporté, furieux. » {Dictionnaire de V Académie de i835.) — Les éditions antérieures de ce Dictionnaire ne donnent pas ce mot, bien que la dernière, celle de i835, le dise « vieux. »
Pour prouver clairement lui-même Qu'il n'entend ni grec ni latin.
Doyen de pesante figure ',
Qui trouves le secret nouveau 3o
De parler aux rois en peinture,
Et d'apostropher leur tableau *,
Ah ! qu'il fait beau De te voir, dans cette posture, Faire à Louis le pied de veau ^ ! 35
Si lu ne savois pas mieux faire, Lavau*, falloit-il imprimer?
Ne sors point de ton caractère ; Contente-toi de déclamer,
Sans présumer /{O
Que ton éloquence grossière Sur le papier puisse charmer.
Boyer, le Clerc, couple inutile,
Grands massacreurs de Hollandois,
Porteurs de madrigaux en ville, 4^
1 . <( Ces deux discours {celui de Fontenelle et celui de l'Itomas Conieille) ayant été prononcés, M. Charpentier, doyen, prit la parole, et dit que devant avoir l'honneur de complimenter le Roi sur ses nouvelles conquêtes, comme le plus ancien de la Compi?gnie, si la modestie de Sa Majesté ne lui eût pas fait refuser toutes sortes de harangues, il ulloit lire ce qu'il avoit préparé pour s'acquitter d'un devoir si glorieux.» [Mercure de mai 1G91, p. 116.) — Le Compliment de M, Charpentier au Roi est cité dans le même Mercure , aux pages 309-319.
2. Ce ne fut pas à cette séance, mais dans celle du 24 juin 1679, que Charpentier, ytronoacant le Fanc'gjrique du Roi sur la paix ^ « adressa une partie de son discours au portrait du Roi qui étoit exposé dans la salle. » Voyez VHistoire des /nembres de V Académie française, par d'Alemhert, toice II, p. i3o.
3. a On dit figurément et bassement : Faire le pied de veau, pour dire : faire la révérence. » [Dictionnaire dg P Académie de 1694.)
4. L'abbé Lavau lut à cette séance une épître en vers de Mme Dcshoulicres, un ouvrage de Boyer sur la prise de Mons, et les vers de Perrault dont nous avons déjà parlé. Avant la lecture de ces pièces,' il fit un petit discours oîi il loua Corneille, et dont le Mercure (p. 1 17-126) donne une analyse. On vt)it par le couplet que ce discours fut imprimé.
Moitié Gascons, moitié François,
^ ieux Albigeois *, Allez exercer votre stvle Près du successeur d'Henri trois*.
Touchant les vers de Benserade, 5o
Ob a fort longtemps balancé Si c'est louange ou pasquinade ; Mais le bonhomme est fort baissé ;
II est passé ; Qu'on lui chante une sérénade 55
De Requiescat in pace^.
Prions donc, Messieurs, je vous prie
Leur protecteur, le grand Louis,
Que du corps de l'Académie (So
Tous ignorants soient interdits;
Comme jadis.
Quand Richelieu, ce grand génie, Prit les premiers quatre fois dix.