‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 143 sur 306 · Dans les deux textes de I7i4- même est omis · texte numérisé non relu

Dans les deux textes de I7i4- même est omis

Sorbonne. Il n'a pas voulu se mettre tout le monde sur les bras. Il a ménagé les faiseurs de romans. Il s'est fait violence pour les louer ; car , Dieu merci , vous ne louez jamais que ce que vous faites; et, croyez-moi, ce sont peut-être les seules gens qui vous étoient favorables.

Mais si vous n'étiez pas contents * d'eux, ilnefalloitpas tout d'un coup les injurier. Vous pouviez employer des termes plus doux que ces mots à' empoisonneurs publics, et àe gens horribles par-n/i les chrétiens. Pensez-vous que l'on vous en croie sur votre parole ? Non, non. Monsieur, on n'est point accoutumé à vous croire si légèrement. Il y a vingt ans que vous dites tous les jours que les cinq Propositions ne sont pas dans Jansénius ; cependant on ne vous croit pas encore.

Mais nous connoissons l'austérité de votre morale. Nous ne trouvons point étrange que vous damniez les poëtes : vous en damnez bien d'autres qu'eux. Ce qui nous surprend, c'est de voir que vous voulez empêcher les hommes de les honorer. Hé ! Monsieur, contentezvous de donner les rangs dans l'autre monde : ne réglez point les récompenses de celui-ci. A^ous l'avez quitté il y a longtemps : laissez-le juger des choses qui lui appartiennent. Plaignez-le, si vous voulez, d'aimer des bagatelles^, et d'estimer ceux qui les font; mais ne leur enviez point de misérables honneurs auxquels vous avez renoncé.

Aussi bien il ne vous sera pas facile de les leur ôter : ils en sont en possession depuis trop de siècles. Sophocle, Euripide, Térence, Homère et Virgile nous sont encore

1. Dans les deux textes de 17 14? ^^ y ^ content, au lieu de contents. Dans plusieurs autres endroits ils donnent ainsi, au lieu du pluriel, le singulier, comme si Racine ne s'adressait qu'à Nicole.

2 . Il y a « les bagatelles » dans les Mémoires de Tiéioiix et dans le Recueil de la Monnove.

28o OEUVRES DIVERSES EN PROSE.

eu vénération, comme ils l'ont été clans Athènes et dans Rome. Le temps, qui a abattu les statues qu'on leur a élevées à tous, et les temples mêmes qu'on a élevés à quelques-uns d'eux, n'a pas empêché que leur mémoire ne vînt jusqu'à nous. Notre siècle, qui ne croit pas être obligé de suivre votre jugement en toutes choses, nous donne tous les jours les marques de l'estime qu'il fait de ces sortes d'ouvrages, dont vous parlez avec tant de mépris; et malgré toutes ces maximes sévères que toujours quelque passion vous inspire, il ose prendre la liberté de considérer toutes les personnes en qui Ion voit luire quelques étincelles du feu qui échauffa autrefois ces grands génies de l'antiquité.

Vous croyez, sans doute, qu'il est bien plus honorable de faire des Enhiniiniires, des Chamillardes et des Onguents pour la brûlure'^ . Que voulez-vous? tout le

I. Les Enluminures du fameux Almanach des PP. Jésuites , intitulé la Déroute et la confusion des Jésuites^ ou Triomphe de MoUna^ Jésuite^ sur saint Augustin , M.DC.LIV ( sans iadication de lieu ), in-8". C'est un poëme en vers libres, dont l'auteur était le Maître de Saci. On l'a réimprimé à Liège, en i683, avec VOnguent pour la brûlure. — Les Cliannllardes sont trois lettres adressées sous ce titre « à Monsieur Chamillard, docteur de Sorbonne, sur sa Réponse aux raisons que proposent les religieuses de P. R. contre la signature du Formulaire. » Elles ont été imprimées in-4°, sans date ni indication de lieu. Elles parurent en i665. Dans la seconde édition de la Bibliothèque janséniste du P. Colonia ( i vol. in-12 , M.DCC.XXXI), on lit à l'article Chamillardes : « Bien des gens les ont attribuées et les attribuent encore à M. Barbier d'Aucour; mais je saisaujourd'bui de source qu'elles sont l'ouvrage de M. Nicole. » Nous verrons ])Ius bas (p. 33o et 33 1) uu ]jassage de la seconde lettre de Racine, où il donne les Chamillardes h un autre auteur, qui doit être le docteur Saint-Amour. Cependant l'opinion qui maintenant est le plus généralement adoptée, peut-être à tort , est qu'elles sont de Barbier d'Aucour , qui a écrit aussi les Gaudinettes, ou Lettres à M. Gaudin^ officiai de Paris, sur la signature du Formulaire (1666). Pour être attribuées à cet auteur, les Chamillardes nous paraissent d'un Ion presque toujours l)ien grave. Il ne

moude n'est pas capable de s'occuper à des choses si importantes ; tout le monde ne peut pas écrire contre les jésuites. On peut arriver à la gloire par plus d'une voie.

Mais, direz-vous, il n'y a plus maintenant de gloire à composer des romans et des comédies ; ce que les païens ont honoré est devenu horrible parmi les chrétiens. Je ne suis pas un théologien comme vous; je prendrai pourtant la liberté de vous dire que l'Eglise ne nous défend point de lire les poètes; qu'elle ne nous commande point de les avoir en horreur. C'est en partie dans leur lecture que les anciens Pères se sont formés. Saint Grégoire de Nazianze n'a pas fait de difficulté de mettre la Passion de Notre-Seigneur en tragédie*. Saint Augustin cite Virgile aussi souvent que vous citez saint Augustin.

Je sais bien qu'il s'accuse de s'être laissé attendrir à la comédie, et d'avoir pleuré en lisant Virgile. Qu'est-ce que vous concluez de là ? Direz-vous qu'il ne faut plus lire Virgile, et ne plus aller'' à la comédie? Mais saint Augustin s'accuse aussi d'avoir pris trop de plaisir aux chants de l'Eglise. Est-ce à dire qu'il ne faut plus aller à l'église?

Et vous autres, qui avez succédé à ces Pères, de quoi

faudrait pas les croire un ouvrage burlesque, quoique Racine lésait associées aux £'rt/ww/««rei et à X Onguent pour la brûlure. — Ce dernier poëme, qui est bien<le Barbier d'Aucour, avait paru en 1664 sous ce titre : Onguent pour la brûlure, ou le secret pour empêcher les Jésuites de brûleries livres ( in-4' ). Il a été réimprimé en 1670 dans un volume in-i2 , où il est intitulé : r Onguent à la brûlure.

1. Cette tragédie, attribuée à saint Grégoire de Nazianze, mais qui, d'après plusieurs critiques, n'est probablement pas de lui, est intitulée Xp'.STo; -xT/wv, le C/irist souffrant . Elle a été imprimée pour la première fois à Rome, en 1642.

2. Dans les Mémoires Je Trévoux et dans le Recueil de la Monnoye, au lieu de a et ne plus aller, j on a rais : « ni aller, u

vous êtes-vous avisés de mettre en françois les comédies de Térence* ? Falloit-il interrompre vos saintes occupations pour devenir des traducteurs de comédies ? Encore si vous nous les aviez données avec leurs grâces, le public vous seroit obligé de la peine que vous avez prise. Vous direz peut-être que vous en avez retranché quelques libertés; mais vous dites aussi ^ que le soin qu'on prend de couvrir les passions d'un voile d honnêteté , ne sert qu'à les rendre plus dangereuses. Ainsi vous voilà vous-mêmes nu rang des empoisonneurs.

Est-ce que vous êtes maintenant plus saints que vous n'étiez en ce temps-là ? Point du tout; mais en ce tempslà des Marets n'avoit pas écrit contre vous. Le crime du poète vous a irrités contre la poésie. Vous n'avez pas considéré que ni M. d'Urfé', ni Corneille, ni Gomberville, votre ancien ami*, n'étoient point responsables de la

1. Corneille, dans sa Préface à\4ttïla i^ifiGj), s'est fait aussi de cette traduction de Térence un argument pour la justification du théâtre attaqué par les rigoristes; mais il l'a présenté avec plus de ménagements : c La comédie est assez justiEée par cette célèbre traduction de la moitié de celles de Térence, que des personnes d'une piété exemplaire et rigide ont donnée au public. » Voyez le Corneille de M. Martv-Laveaux , tome VII, p. io6. C'est en 1647 que Sacl avait publié , sous le nom de sieur de Saint-Aubin , les Comédies de Térence traduites en françois aiiec le latin a costé et rendues tres-honnestes en y changeant fort peu de chose , en im volume in-12, qui renferme seulement VAndrienne, les Addphes et le Phormion.

2. On lit : « mais dites aussi » dans le texte des Mémoires de Trévoux et dans celui du Recueil de la Monnove.

3. Honoré d'Urfé, mort en 162 5 , est l'auteur du roman de l'Astrée, qui était encore très-estiiné au temps où Racine écrivait cette lettre.

4. Marin Leroy de Gomberville, né en 1600, de l'Académie française à sa création (i63()), fut très-lié avec les solitaires de Port- Royal, et, depuis cette liaison, se repentit des romans qu'il avait écrits. Cependant, un jour que M. Dodart le félicitait de pleurer le mal qu'il avait fait par ces détestables écrits : « Pas si détestables, »

conduite de des Marets. Vous les avez tous* enveloppés dans sa disgrâce. Vous avez même oublié que Mlle de Scudéry avoit fait une peinture avantageuse du Port- Royal dans sa Clélie^. Cependant j'avois ouï dire que vous aviez souffert patiemment qu'on vous eût loués dans ce livre horrible. L'on fit venir au désert le livre qui parloit de vous. Il y courut de main en main, et tous les solitaires voulurent voir l'endroit où ils éloient traités à illustres . Ne lui a-t-on pas même rendu ses louanges dans l'une des Provinciales, et n'est-ce pas elle que l'auteur entend lorsqu'il parle d'une personne qu'il admire sans la connoître ^ ?

répoudit-il. Le plus célèbre des romans de Gomberville est Poîexandre (1629). La Jeune Alcidiane, dont il publia la première partie en i65i, et qu'il n'acheva pas, porte des traces de sa conversion. Il mourut le 14 juin 1674, à Paris, et non, comme le disent les éditeurs de 1807, à Port-Royal.

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