Sentiment, au singulier, dans les deux textes de
4. Antoine le Maître avait des droits, trop oul)liés ici, à la reconnaissance de Racine , qu'il a])pelait son fils au temps où celui-ci était dans les écoles de Port-Royal. Il était mort le 4 no-
11 plaidoit, il faisoit des vers : tout cela est également profane, selon vos maximes. Il avoue aussi dans une lettre qu'il a été dans le dérèglement, et qu'il s'est retiré chez vous pour pleurer ses crimes. Comment donc avezvous souffert qu'il ait tant fait de traductions, tant de livres sur les matières de la grâce ? Ho, ho ! direz-vous, il a fait auparavant une longue et sérieuse pénitence. U a été deux ans entiers à bêcher le jardin, à faucher les prés, à laver les vaisselles. Voilà ce qui l'a rendu digne de la doctrine de saint Augustin. Mais, Monsieur, vous ne savez pas quelle a été la pénitence de des Marets. Peut-être a-t-il fait plus que tout cela. Croyez -moi, vous n'y regarderiez point de si près s'il avoit écrit en votre faveur. C'étoit là le seul moyen de sanctifier une plume profanée par des romans et des comédies.
Enfin je vous demanderois volontiers ce qu'il faut que nous lisions, si ces sortes d'ouvrages nous sont défendus. Encore faut-il que l'esprit se délasse quelquefois'. Nous ne pouvons pas toujours lire vos livres ; et puis, à vous dire la vérité , vos livres ne se font plus lire comme ils faisoient. Il y a longtemps que vous ne dites plus rien de nouveau. En combien de façons avez-vous conté l'histoire du pape Honorius" ? Que l'on regarde tout ^ ce que vous
vembre i658. — Voyez, au tome I , \a. Xotice biographique^ p» i4 et i5.
1 . Cette phrase est omise clans les Mémoires de Trévoux et dans le Recueil de la iMonnoye.
2. Honorlus I<^r^ élu pape le 14 mai ^26. « Il faut apprendre a ceux qui pourroient ne pas le savoir que c'est celui qui se laissa surprendre par les monothélites, » {^Lettre de J. B. Rousseau à Drossetfe, 24 décembre 1718.) — L'erreur dans laquelle ce pape était tombé fut condamnée, et sa mémoire fut anatbématisée par le sixième concile de Constautinople, en 680. Le second concile de Nlcée confirma cette condamnation, en 767.
3. Tout manque dans les Mémoires de Trévoux et dans le Recueil de la Monnove.
avez fait depuis dix ans, vos Disquisitions, vos Dissertations, vos Réflexions, vos Considéi'ations, vos Observations, on n'y trouvera autre chose, sinon que les Propositions ne sont pas dans Jansénius. Hé! Messieurs, demeurez-en là, ne le dites plus. Aussi bien, à vous parler franchement, nous sommes résolus d'en croire plutôt le pape et le clergé de France que vous.
Pour vous. Monsieur, qui entrez mainteuaut en lice contre des Marets, nous ne rcfusonsjpoint de lire vos lettres. Poussez votre ennemi à toute rigueur. Examinez chrétiennement ses mœurs et ses livres. Feuilletez les registres du Chàtelet. Employez Tautorité de saint Augustin et de saint Bernard, pour le déclarer visionnaire. Etablissez de bonnes règles pour nous aidera reconnoître les fous. Nous nous en servirons en temps et lieu. Mais ne lui portez point de coups qui puissent retomber sur les autres. Surtout, je vous le répète, gardez-vous bien de croire vos lettres aussi bonnes que les Lettres provinciales : ce seroitune étrange vision que cela * . Je vois bien que vous voulez attraper ce "genre d'écrire : renjouement de M. Pascal a plus servi à votre parti que tout le sérieux de M. Arnauld. Mais cet enjouement n'est pointdu tout votre caractère : vous retombez dans les froides plaisanteries des Enluminures. Vos bons mots ne sont d'ordinaire que de basses allusions. Vous croyez dire, par exemple, quelque chose de fort agréable, quand vous dites sur une exclamation que fait M. Chamillard, que son grand O nest quun o en chiffre, et quand vous l'avertissez de ne pas suivre le grand nombre, de peur d'être un docteur à la douzaine : on voit bien que vous vous efforcez d'être plaisant; mais ce n'est pas le moyeu de l'être.
î . Plusieurs éditions, outre autres celle des OF.mres de Desprcaux (1722), et la copie de Troyes ont substitué cvllc-là à cela.
Retrauchez-vous donc sur le sérieux. Remplissez vos lettres de longues et doctes périodes. Citez les Pères. Jetez-vous souvent sur les injures, et presque toujours sur les antithèses. Vous êtes appelé à ce style. 11 faut que chacun suive sa vocation.
Je suis, etc.
J. Racine, iv ig