Dans les Visionnaires : « un Michael,... un Eliacim. a
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son livre; il se plaît à dissiper, par ses lumières, les ombres mystérieuses que Dieu a répandues sur ces saintes vérités ; et comme avec l'ombre et la lumière on fait toutes sortes de figures, aussi des Marets, avec le feu de son imagination et l'obscurité de V Apocalypse^ forme toutes sortes de visions et de fantômes.
C'est ainsi qu'il a fait cette grande armée de cent quarantefjuatre mille personnes^ dont il parle tant dans son Avis du Saint-Esprit au Roi^; et c'est ainsi qu'il a formé toutes ces conceptions chimériques et monstrueuses que l'auteur des Lettres a rapportées, et que vous témoignez avoir lues.
Mais, en vérité, pouvez-vous les avoir lues, et parler de des Marets comme vous faites , le défendre publiquement, et inventer pour lui tant de fausses raisons? is'e craignez-vous point qu'on dise que vous êtes un soldat de son armée, et qu'on mette dans le rang de ses visions la comparaison que vous faites de M. le Maistre avec lui? Je vois bien que tout vous est égal, la vérité et le mensonge, la sagesse et la folie, et qu'il n'y a rien de si contraire que vous n'ajustiez dans vos comparaisons.
Pour vos histoires, elles sont poétiques ; vous les avez accommodées au théâtre, et il n'y a personne qui ne sache que vous avez changé un cordelier en capucin. Mais cette fausseté, qui est si publiquement reconnue, et qui ôte la vraisemblance à tout le reste, décrédite encore moins votre histoire que la conduite que vous attribuez à la Mère Angélique. On voit bien que ce n'est pas elle qui parle, et que cette sainte religieuse étoit bien éloignée de penser à ce que vous lui faites dire dans un conte si ridicule. Aussi n'empècherez-vous jamais par de telles suppositions qu'il ne soit véritable que tous les religieux ont toujours été bien reçus à Port-Royal ; et l'on n'a que trop de témoins de la charité et de la générosité avec laquelle on y a reçu les jésuites mêmes, dans un temps où il sembloit qu'ils n'y étoient venus que pour voir les marques funestes des maux qu'ils y ont faits, et pour insulter à l'affliction de
I. M. Weiss dit dans la Biographie uimcrselle de Michaud que ce pamphlet de des Marets n'a point été imprimé, ou du moins qu'iil est devenu si rare qu'aucun bibliographe ne dit l'avoir vu.
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ces pauvres iilles. On ne peut pas demander une plus grande preuve de l'hospitalité de Port-Royal, ni souhaiter une conviction plus forte de la fausseté de votre histoire. Je ne pense pas aussi que vous l'ayez dite pour la faire croire, mais seulement pour faire rire ; et vous n'avez été trompé qu'en ce que vous croyiez qu'on riroit de l'histoire, et qu'on ne rit que de l'auteur'.
On jugera si vos reproches sont plus raisonnables : voici le plus grand que vous faites à ceux de Port-Royal, et par lequel vous prétendez les rendre coupables des mêmes choses qu'ils condamnent dans les poètes de théâtre, «c De quoi vous êtesvous avisés, leur dites-vous, de mettre en françois les comédies de Térence? » Ils se sont avisés, Monsieur, d'instruire la jeunesse dans la langue latine, qui est nécessaire pour les plus justes emplois des hommes, et de donner aux enfants une traduction pure et chaste d'un auteur qui excelle dans la pureté de cette langue. Mais vous-même, de quoi vous étes-vous avisé de leur reprocher cette traduction plutôt que celle des autres livres de grammaire qu'ils ont donnés au public, puisqu'ils ont tous une même fin, qui est l'instruction des enfants, et qu'ils viennent tous d'un même principe, qui est la charité ?
Vous voulez abuser du mot de comédies, et confondre celui qui les fait pour le théâtre, avec celui qui les traduit seulement pour les écoles ; mais il y a tant de différence entre eux, qu'on ne peut pas tirer de conséquence de l'un à l'autre. Le traducteur n'a dans l'esprit que des règles de grammaire qui ne sont point mauvaises par elles-mêmes, et qu'un bon dessein peut rendre très-bonnes ; mais le poète a bien d'autres idées dans l'imagination : il sent toutes les passions qu'il conçoit, et il s'efforce même de les sentir, a(in de les mieux concevoir. Il s'échauffe, il s'emporte, il se flatte, il s'offense et se passionne jusqu'à sortir de lui-même pour entrer dans le sentiment des personnes qu'il représente. Il est quelquefois Turc , quelquefois Maure , tantôt homme , tantôt femme , et il ne quitte une passion que pour en prendre une autre ; de l'amour il tombe dans la haine, de la colère il passe à la vengeance, et
I . (t Que de celui qui l'a inventée » est la leçon des T'isionnalres et des éditions suivantes.
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toujoui's il veut faire sentir aux autres les mouvements qu'il souffre lui-même; il est fâché quand il ne réussit pas dans ce malheureux dessein, et il s'attriste du mal qu'il n'a pas fait.
Quelquefois ses vers peuvent être assez innocents ; mais la volonté du poëte est toujours criminelle; les vers n'ont pas toujours assez de charmes pour empoisonner , mais le poëte veut toujours qu'ils empoisonnent : il veut toujours que l'action soit passionnée, et qu'elle excite du trouble dans le cœur des spectateurs.
Quel rapport trouvez-vous donc entre un poëte de théâtre et le traducteur de Térence? L'un traduit un auteur pour l'instruction des enfants, qui est un bien nécessaire ; l'autre fait des comédies, dont la meilleure qualité est d'être inutiles. L'un travaille à éclaircir la langue de l'Église, l'autre enseigne à parler le langage des fables et des idolâtres; l'un ôte tout le poison que les païens ont mis dans leurs comédies, l'autre en compose de nouvelles, et tâche d'y mettre de nouveaux poisons; l'un enfin fait un sacrifice à Dieu en travaillant utilement pour le bien de l'État et de l'Eglise, et l'autre fait un sacrifice au démon, comme dit saint Augustin, en lui donnant des armes pour perdre les âmes. Cependant vous égalez ces deux esprits, vous ne mettez point de différence entre leurs ouvrages, et vous obligez toutes les personnes justes de vous dire, avec saint Hiérosme, qu'il n'est rien de plus honteux que de confondre ce qui se fait pour le plaisir inutile des hommes avec ce qui se fait pour l'instruction des enfants, et quod in pueris necessitatis est^ crimen in se facere vohiptatis.
Reconnoissez donc. Monsieur, que la traduction de Térence est bien différente des comédies de des Marets, et qu'une traduction si pure, qui est une preuve de doctrine et un effet de charité, ne sauroit jamais être un fondement raisonnable du reproche que vous faites à ceux que vous attaquez.
Mais vous les accusez encore avec plus d'injustice et plus d'imprudence, quand vous leur dites : « En combien de façons avez-vous conté l'histoire du pape Honorius ? » N'est-ce pas là un reproche bien judicieux ? vous ne dites point que cette histoire soit fausse, vous ne dites point qu'ils la rapportent mal, et vous les accusez seulement de l'avoir souvent rapportée. Mais je vous demande qui est le plus coupable , ou
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celui qui prêche toujours la vérité, ou celui qui résiste toujours à la vérité? Et qui doit-on accuser, ou le Port-Royal, qui a dit tant de fois une histoire véritable, ou les ennemis de Port-Royal, qui n'ont jamais répondu à cette histoire, et qui bien souvent ont fait semblant de ne la pas entendre ?
Est-ce point cette surdité politique que vous trouvez si admirable dans les jésuites, et qui vous fait dire : « J'admirois en secret la conduite de ces Pères, qui vous ont fait prendre le change, et qui ne sont plus maintenant que les spectateurs de vos querelles? » On ne peut pas vous répondre plus doucement qu'en disant qu'il est très-faux que les jésuites aient fait prendre le change à Port-Royal, et qu'au contraire le Port- Roval a toujours eu une constance invincible en défendant la vérité contre tous ceux qui l'attaquent. Que si depuis quelque temps les écrits ne s'adressent pas directement aux jésuites, et s'ils ne sont plus, comme vous dites, que les spectateurs du combat, c'est parce qu'on les a mis hors d'état de combattre. On a ruiné leur dessein; on a renversé leurs prétentions; on a découvert leur secret; on a éclairci leurs équivoques; on les a enfin réduits à ne plus répondre ; et assurément vous n'avez rien à reprocher au Port-Royal de ce côté-là.
Vous tournez d'un autre; et vous dites à l'auteui' des Imaginaires qu'il a affecté le style des Provinciales. C'est par là que vous commencez et que vous finissez votre lettre. « Vous prétendiez, lui dites-vous, prendre la place de l'auteur des Petites Lettres. Je vois bien que vous voulez attraper ce genre d'écrire; mais cet enjouement n'est point du tout votre caractère. » Je ne vous réponds pas ce que tout le monde sait, que les sujets sont bien différents, et qu'un enjouement perpétuel seroit peut-être un aussi grand défaut dans les Imaginaires comme il est une grande grâce dans les Provinciales. Je vous demande seulement : pourquoi jugez-vous des intentions d'un autem', qui vous sont cachées, et pourquoi n'avez-vous pas voulu juger des actions et des livres de des Marets, qui sont visibles à tout le monde ? Ce ne peut être que par une raison fort mauvaise pour vous ; n'obligez personne à la découvrir, et ne dites point de vous-même que l'auteur des Lettres a voulu écrix'e comme jM. Pascal. Il n'a voulu faire que ce qu'il a fait : il a voulu convaincre ses lecteurs de la fausseté d'une
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prétendue hérésie , et il les a convaincus dune manière qui, sans comparaison, est forte, évidente, agréable et très-facile.
On peut en juger par les efforts que vous avez faits contre lui, puisque vous avez été chercher des railleries jusque dans l'Ecriture sainte. « Jetez-vous sur les injures, lui dites-vous, vous êtes appelé à ce style, et il faut que chacun suive sa vocation. » Vous pensez donc que la vocation porte au mal et aux injm-es. La Sorbonne diroit assurément que c'est une erreur; mais pour moi, je dis seulement que c'est une mauvaise raillerie, et peut-être que vous sei'ez plus touché d'avoir fait un mensonge ridicule que d'avoir outragé la vérité.
Il paroît assez par la profession que vous faites, et par la manière dont vous écrivez, que vous craignez moins d'offenser Dieu que de ne plaire pas aux hommes ; puisque, pour flattei' la passion de quelques-uns, vous vous moquez de l'Écriture, des conciles, des saints Pères, et des personnes qui tâchent d'imiter leurs vertus.
Pour justifier la comédie, qui est une source de corruption, vous raillez la pénitence, qui est le principe de la vie spirituelle ; vous riez de l'humilité, que saint Bernard appelle la vertu de Jésus-Christ ; et vous parlez avec une vanité de païen des actions les plus saintes et des ouvrages les plus chrétiens. Vous pensez qu'en nommant seulement les livres de Port- Royal, vous les avez entièrement détruits; et vous croyez avoir suffisamment répondu à tous les anciens conciles en disant seulement qu'ils ne sont pas nouveaux.
Désabusez-vous, Monsieur, et ne vous imaginez point que le monde soit assez injuste pour juger selon votre passion : il n'y a personne, au ci^ntraire, qui n'ait hoireur de voir que votre haine va déterrer les morts, et outrager lâchement la mémoire de M. le Maistre et de la Mère Angélique par des railleries méprisantes et des calomnies ridicules.
Mais quoi que vous disiez contre des personnes d'un mérite si connu dans le monde et dans l'Eglise, ce sera par leur vertu qu'on jugera de vos discours; on joindra le mépris que vous avez pour elles, avec les abus que vous faites de l'Écriture et des saints Pères; et l'on verra qu'il faut que vous soyez étrangement passionné, et que ceux contre qui nous écrivez soient bien innocents, puisque vous n'avez pu les accuser sans
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vous railler de ce qu'il y a de plus saint dans la religion et de plus inviolable parmi les hommes, et sans blesser à même temps la raison, la justice, l'innocence et la piété.
Ce 22 mars 1666 '.
I . Cette date , donnée par les Visionnaires et par les éditions suivantes, n'est pas dans la première impression.
J. RaCIXE. IV