LOUANGE DE PORT-ROYAL EN GENERAL
Saintes demeures du silence ,
Lieux pleins de charmes et d'attraits ,
Port où , dans le sein de la paix ,
Règne la Grâce et Tlnnocence;
Beaux déserts qu'à l'envi des cieux , s
De ses tiésors plus précieux
A comblé la nature , Quelle assez brillante couleur
Peut tracer la peinture De votre adorable splendeur? i &
Les moins éclatantes merveilles
De ces plaines ou de ces bois
Pourroient-elles pas mille fois
Epuiser les plus doctes veilles?
Le soleil vit-il dans son tour* j ^
Quelque si superbe séjour
Qui ne vous rende hommage?
Et l'art des plus riches cités
A-t-il la moindre image De vos naturelles beautés? 20
Je sais que ces grands édifices
Que s'élève la vanité
Ne souillent point la pureté
I . Dans l'édition de Geoffroy, on a imprimé cour, au lieu de iour, qui est dans le manuscrit de Louis Racine. M. Aimé-Martin a conservé la faute.
De vos innocentes délices.
Non, vous n'offrez point à nos yeux a 5
Ces tours qui jusque dans les cieux
Semblent porter la guerre , Et qui , se perdant dans les airs ,
Vont encor sous la terre Se perdre dedans les enfers. 3^»
Tous ces bâtiments admirables ,
Ces palais partout si vantés ,
Et qui sont comme cimentés
Du sang des peuples misérables ,
Enfin tous ces augustes lieux 3 5
Qui semblent faire autant de dieux
De leurs maîtres superbes , Un jour trébuchant avec eux ,
Ne seront sur les herbes Que de grands sépulcres affreux. 4*
Mais toi , solitude féconde ,
Tu n'as rien que de saints attraits ,
Qui ne s'effaceront jamais
Que par l'écroulement du monde ;
L'on verra l'émail de tes champs 4 5
Tant que la nuit de diamants
Sèmera l'hémisphère ; Et tant que l'astre des saisons
Dorera sa carrière , L'on verra l'or de tes moissons. 5c
Que si parmi tant de merveilles Nous ne voyons point ces beaux ronds, Ces jets où l'onde par ses bonds Charme les yeux et les oreilles ,
a4 POÉSIES DIVERSES.
Ne voyons-nous pas dans tes prés , 5 5
Se rouler sur des lits dorés
Cent flots d'argent liquide, Sans que le front du laboureur
A leur coui^se rapide Joigne les eaux de sa sueur? 60
La nature est inimitable ;
Et quand elle est en liberté ,
Elle brille d'une clarté
Aussi douce que véritable.
C'est elle qui sur ces vallons, 6 5
Ces bois, ces prés et ces sillons
Signale sa puissance ; C'est elle par qui leurs beautés,
Sans blesser l'innocence.
Rendent nos yeux comme encliantés. 70