LE PAYSAGE EN GROS
Que je me plais sur ces montagnes , Qui s'élevant jusques aux cieux , D'un diadème gracieux Couronnent ces belles campagnes!
O Dieu ! que d'objets ravissants S'y viennent offrir à mes sens !
De leurs riclies vallées , Quel amas brillant et confus
De beautés rassemblées Eblouit mes yeux éperdus !
PROME]NADE DE PORT-ROYAL. aS
Delà j'aperçois les prairies ,
Sur les plaines et les coteaux ,
Parmi les arbres et les eaux ,
Étaler leurs pompes fleuries ;
Deçà je vois les pampres verts 1 5
Enrichir cent tertres divers
De leurs grappes fécondes , Et là les prodigues guérets
De leurs javelles blondes Border les prés et les forêts. 20
Dessus ces javelles fertiles ,
[Et]* dessus cet or tout mouvant,
Je vois aussi l'air et le vent
Promener leurs souffles tranquilles ;
Et comme on voit l'onde en repos 2 5
Souvent refriser de ses flots
La surface inconstante , Je vois de ces pompeux sillons
La richesse flottante Ondoyer dessus ces vallons. 3o
Je vois ce sacré sanctuaire , Ce grand temple, ce saint séjour Où Jésus encor chaque jour S'immole pour nous à son père.
Muse, c'est à ce doux Sauveur 3 5
Que je dois consacrer mon cœur, Mes travaux et mes veilles :
I. M. Aignau a ajouté cet et que la mesure du vers demande. Dans le manuscrit de Louis Racine, comme dans les éditions de Geoffroy et de M. Aimé-Martin, il y a :
Dessus cet or tout mouvant.
C'est lui de qui le puissant bras
Fit toutes ces merveilles Qui nous fournissent tant d'appas. 4 •>
Ainsi, d'un facile langage,
L'on voit ce temple spacieux
S' élevant dessus tous les lieux ,
Leur demander un humble hommage ,
Et semble aller au firmament 4 >
Publier encor hautement
A ces sphères roulantes , Qu'ainsi qu'en l'azur lumineux
De leurs voûtes brillantes , Dieu loge en son sein bienheureux. î-o
Je vois ce cloître vénérable , Ces beaux lieux du ciel bien-aimés, Qui de cent temples animés Cachent la richesse adorable.
C'est dans ce chaste paradis Que règne , en un trône de lis ,
La virginité sainte; C'est là que mille anges mortels
D'une éternelle plainte Gémissent aux pieds des autels.
Sacrés palais de l'innocence , Astres vivants, chœurs glorieux , Qui faites voir de nouveaux cieux Dans ces demeures de silence , Non, ma plume n'entreprend pas De tracer ici vos combats ,
Vos jeûnes et vos veilles :
Il faut, pour en bien révérer
Les augustes merveilles , Et les taire et les adorer. 7 o
Je vois les altières futaies,
De qui les arbies verdoyants
Dessous leurs grands bras ondoyants
Cachent les buissons et les haies :
L'on diroit même que les cieux 7 5
Posent sur ces audacieux
Leur pesante machine , Et qu'eux, d'un orgueil nompareil ,
Prêtent leur forte échine A ces grands trônes du soleil . 8 >
Je vois les fruitiers innombrables Tantôt rangés en espaliers , Tantôt ombrager les sentiers De leurs richesses agréables.
Mais allons dans tous ces beaux lieux Voir d'un regard plus curieux
Leur pompe renfermée ; Et vous , souffrez , riches déserts ,
Que mon âme charmée Contemple vos trésors divers. 90
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