‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 16 sur 306 · LE PAYSAGE EN GROS · texte numérisé non relu

LE PAYSAGE EN GROS

Que je me plais sur ces montagnes , Qui s'élevant jusques aux cieux , D'un diadème gracieux Couronnent ces belles campagnes!

O Dieu ! que d'objets ravissants S'y viennent offrir à mes sens !

De leurs riclies vallées , Quel amas brillant et confus

De beautés rassemblées Eblouit mes yeux éperdus !

PROME]NADE DE PORT-ROYAL. aS

Delà j'aperçois les prairies ,

Sur les plaines et les coteaux ,

Parmi les arbres et les eaux ,

Étaler leurs pompes fleuries ;

Deçà je vois les pampres verts 1 5

Enrichir cent tertres divers

De leurs grappes fécondes , Et là les prodigues guérets

De leurs javelles blondes Border les prés et les forêts. 20

Dessus ces javelles fertiles ,

[Et]* dessus cet or tout mouvant,

Je vois aussi l'air et le vent

Promener leurs souffles tranquilles ;

Et comme on voit l'onde en repos 2 5

Souvent refriser de ses flots

La surface inconstante , Je vois de ces pompeux sillons

La richesse flottante Ondoyer dessus ces vallons. 3o

Je vois ce sacré sanctuaire , Ce grand temple, ce saint séjour Où Jésus encor chaque jour S'immole pour nous à son père.

Muse, c'est à ce doux Sauveur 3 5

Que je dois consacrer mon cœur, Mes travaux et mes veilles :

I. M. Aignau a ajouté cet et que la mesure du vers demande. Dans le manuscrit de Louis Racine, comme dans les éditions de Geoffroy et de M. Aimé-Martin, il y a :

Dessus cet or tout mouvant.

C'est lui de qui le puissant bras

Fit toutes ces merveilles Qui nous fournissent tant d'appas. 4 •>

Ainsi, d'un facile langage,

L'on voit ce temple spacieux

S' élevant dessus tous les lieux ,

Leur demander un humble hommage ,

Et semble aller au firmament 4 >

Publier encor hautement

A ces sphères roulantes , Qu'ainsi qu'en l'azur lumineux

De leurs voûtes brillantes , Dieu loge en son sein bienheureux. î-o

Je vois ce cloître vénérable , Ces beaux lieux du ciel bien-aimés, Qui de cent temples animés Cachent la richesse adorable.

C'est dans ce chaste paradis Que règne , en un trône de lis ,

La virginité sainte; C'est là que mille anges mortels

D'une éternelle plainte Gémissent aux pieds des autels.

Sacrés palais de l'innocence , Astres vivants, chœurs glorieux , Qui faites voir de nouveaux cieux Dans ces demeures de silence , Non, ma plume n'entreprend pas De tracer ici vos combats ,

Vos jeûnes et vos veilles :

Il faut, pour en bien révérer

Les augustes merveilles , Et les taire et les adorer. 7 o

Je vois les altières futaies,

De qui les arbies verdoyants

Dessous leurs grands bras ondoyants

Cachent les buissons et les haies :

L'on diroit même que les cieux 7 5

Posent sur ces audacieux

Leur pesante machine , Et qu'eux, d'un orgueil nompareil ,

Prêtent leur forte échine A ces grands trônes du soleil . 8 >

Je vois les fruitiers innombrables Tantôt rangés en espaliers , Tantôt ombrager les sentiers De leurs richesses agréables.

Mais allons dans tous ces beaux lieux Voir d'un regard plus curieux

Leur pompe renfermée ; Et vous , souffrez , riches déserts ,

Que mon âme charmée Contemple vos trésors divers. 90

ODE lïL

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