DESCRIPTION DES BOIS
Que ces vieux royaumes des ombres.
Ces grands bois, ces noires forêts.
Cachent de charmes et d'attraits Dessous leurs feuillases si sombres!
a8 POÉSIES DIVERSES.
C'est dans ce tranquille séjour 5
Que Ton voit régner nuit et jour
La paix et le silence •, C'est là qu'on dit que nos aïeux,
Au siècle d'innocence, Goùtoient les délices des cieux. to
C'est là que cent longues allées
D'arbres toujours riches et verts
Se font voir en cent lieux divers ,
Droites, penchantes, étoilées.
Je vois mille troncs sourcilleux 1 5
Soutenir le faîte orgueilleux
De leurs voûtes tremblantes ; Et l'on diroit que le saphir
De deux portes brillantes Ferme ces vrais lieux de plaisir. «o
C'est sous ces épaisses fcuillées
Que l'on voit les petits oiseaux,
Ces chantres si doux et si beaux ,
Errer en troupes émaillées;
C'est là que ces hôtes pieux «5
Par leurs concerts harmonieux
Enchantent les oreilles , Et qu'ils célèbrent sans souci
Les charmantes merveilles De ces lieux qu'ils ornent aussi. 3o
Là, d'une admirable structure,
On les voit suspendre ces nids ,
Ces cabinets si bien bâtis ,
Dont l'art étonne la nature.
Là, parfois, l'un sur son rameau 35
Entraîne le petit fardeau
D'une paille volante ; L'autre console, en trémoussant,
Sa famille dolente De quelque butin ravissant. 4©
Là Ton voit la biche légère ,
Loin du sanguinaire aboyeur ,
Fouler, sans crainte et sans frayeur,
Le tendre émail de la fougère.
Là le chevreuil , champêtre et doux , 4 5
Bondit aussi dessus les houx ,
En courses incertaines-, Là les cerfs, ces arbres vivants,
De leurs bandes hautaines Font cent autres grands bois mouvants. 5o
C'est là qu'avec de doux murmures
L'on entend les petits zéphyrs.
De qui les tranquilles soupirs ^
Charment les peines les plus dures.
C'est là qu'on les voit tour à tour 5 5
Venir baiser avec amour
La feuille [tremblotante*]; Là, pour joindre aux chants des oiseaux
Leur musique éclatante.
Ils concertent sur les rameaux. 6 «
Là cette chaleur violente
Qui dans les champs et les vallons
X Nous adoptons ici encore la conjecture très-vraisemblable de M Aignan. Le manuscrit de Louis Racine et les édu-sdeG^ffro, et de M. Aimé-Martin donnent ce vers, auquel manque une .jilabe . La feuille tremblante.
3o POESIES DIVERSES.
Brûle les avides* sillons,
Se fait voir moins fière et plus lente.
L'œil du monde voit à regret 6 !.
Qu'il ne peut percer le secret
De ces lieux pleins de charmes :
Plus il y lance de clartés ,
Plus il leur donne d'armes Contre ses brûlantes beautés. 70