Tien'ira place. » (rjoî, iyi3, 1722 et
2. <i Le plus grand de ses poëtes. » (1697.) — Ce changement, qui a peut-être été fait par Racine lui-même , a passé dans la plupart des éditions suivantes.
DISCOURS ACADÉMIQUES. 36i
croira même ajouter quelque chose à la gloire de notre auguste monarque lorsqu'on dira qu'il a estimé, qu'il a honoré de ses bienfaits cet excellent génie; que même deux jours avant sa mort, et lorsqu'il ne lui restoit plus qu'un rayon de connoissance, il lui envoya encore des marques de sa libéralité * ; et qu'enfin les dernières paroles de Corneille ont été des remercîments pour Louis le Grand. Voilà, Monsieur, comme la postérité parlera de votre illustre frère ; voilà une partie des excellentes qualités qui l'ont fait connoître à toute l'Europe. Il en avoit d'autres, qui bien que moins éclatantes aux yeux du public, ne sont peut-être pas moins dignes de nos louanges, je veux dire, homme de probité, de piété ^, bon père de famille, bon parent, bon ami; vous le savez, vous qui avez toujours été uni avec lui d'une amitié qu'aucun intérêt, non pas même aucune émulation pour la gloire n'a pu altérer. Mais ce qui nous touche de plus près, c'est qu'il étoit encore un très -bon académicien. Il aitnoit, il cultivoit nos exercices. Il v apportoit surtout cet esprit de douceur, d'égalité, de déférence même, si nécessaire pour entretenir l'union dans les Compagnies. L'a-t-on jamais vu se préférer à aucun de ses confrères? L'a-t-on jamais vu vouloir tirer ici aucun avantage des applaudissements qu'il recevoit dans le public? Au contraire, après avoir paru en maître, et, pour ainsi dire, régné sur la scène, il venoit, disciple docile, chercher à s'instruire dans nos assemblées, laissoit, pour me servir
I. Le grand Corneille, dans ses derniers moments , manquait absolument d'argent. Boileau en fut instruit , il en parla avec chaleur à Mme de Montespan , à Louvois , au Roi même , qui envoya surle-champ deux cents louis d'or au malade. Cet argent fut porté par Bessé de la Chapelle, inspecteur des beaux arts, ami particulier de Boileau et de Racine. {Note de U édition de 1807.)
3. « Et de piété, » dans l'édition de 1687 et dans les suivantes.
36a ŒUVRES DIVERSES EN PROSE.
de ses propres termes, laissoit ses lauriers à la porte de l'Académie, toujours prêt à soumettre son opinion à l'avis d' autrui, et de tous tant que nous sommes le plus modeste à parler, à prononcer, je dis même sur des matières de poésie.
Vous auriez pu bien mieux que moi, Monsieur, lui l'endre ici les justes honneurs qu'il mérite, si vous n'eussiez peut-être appréhendé avec raison qu'en faisant l'éloge d'un frère, avec qui vous avez d'ailleurs tant de conformité, il ne semblât que vous faisiez votre propre éloge. C'est cette conformité que nous avons tous eue' en vue lorsque tout d'une voix nous vous avons appelé pour remplir sa place, persuadés que nous sommes que nous retrouverons en vous, non-seulement son nom, son même esprit, son même enthousiasme, mais encore sa même modestie, sa même vertu, son même zèle pour l'Académie.
Je m'aperçois qu'en parlant de modestie, de vertu et des autres qualités propres pour l'Académie, tout le monde songe ici avec douleur à l'autre perte que nous avons faite, je veux dire à la mort du savant M. de Cordemoy, qui, avec tant d'autres talents, possédoit au souverain degré toutes les parties d'un véritable académicien : sage, exact, laborieux, et qui, si la mort ne l'eût point ravi au milieu de son travail, alloit peut-être porter rhistoire aussi loin que M. de Corneille a porté la tragédie. Mais après tout ce que vous avez dit sur son sujet, vous. Monsieur-, qui par l'éloquent discours que vous venez de faire vous êtes montré si digne de lui succéder, je n'ai garde de vouloir entreprendre un éloge
1. Eu, sans accord, dans l'édition originale et dans celles de ifiSy, de 1697 ^* ^'^ 1702 ; mais il y a eue dans le Recueil de 1698.
2. L'édition originale donne en marge cette indication : a A M. de Bergeret; ï et le Recueil, de 1698 : a. M. de Bergeret. >
qui sans rien ajouter à sa louange ne feroit qu'afFoiblir l'idée que vous avez donnée de son mérite.
Nous avons perdu en lui un homme qui, après avoir donné au barreau une partie de sa vie, s'étoit depuis appliqué tout entier à l'étude de notre ancienne histoire. Nous lui avons choisi pour successeur un homme qui, après avoir été assez longtemps l'organe d'un parlement célèbre * , a été appelé à un des plus importants emplois de l'État^, et qui, avec une connoissance exacte et de
1. Nous avons vu dans la Notice que Bergeret avait été avocat général au parlement de Metz.
2. Choisy, dans ses Mémoires (p. 4^3 et 434) > déprécie beaucoup Bergeret : « Personne, dit-il, n'écrivoit mieux [que M. de Croissj) ; et
toutes ses dépêches étoient admiiables. Bergeret, son premier
commis, se donnoit là-dessus une vanité ridicule.... Lorsqu'on parloit des belles dépêches de M, de Croissy , et qu'on le flattoit d'y avoir qutlquepart, il se donnoit un air modeste qui laissoit entendre ce qui n'étoit pas... J'ai moi-même été trompé comme les autres, jusqu'au jour où a la honte de notre siècle , l'Académie frajiçoise le ])référa à M. Ménage. Alors il me consulta sur une harangue que ]\I. d'Haucourt son ami lui avoit faite, et je connus son incapacité. » lîacine cependant faisait plus de cas du bon jugement de Bergeret que de celui de l'abbé de Choisy. Lorsque celui-ci venait d'être élu à son tour par l'Académie française, Bacine écrivait à Boileau le 4 août 1687 : C( Il fera le jour de saint Louis sa harangue, qu'il m'a montrée. Il y a quelques endroits d'esprit, je lui ai fait ôter quelques fautes de jugement. M. Bergeret fera la réponse ; je crois qu'il y aura ])lus de jugement. » Choisy ne fut pas le seul qui en voulut à Bergeret pour avoir été préféré à Ménage. On lit dans l'Histoire de r Académie française par d'Olivet, tome II de l'édition de M. Livct , p. 294 et 295 : a Deux places vaquoient en même temps : celle de Corneille l'aîné , destinée au cadet , et celle de Cordemoy , destinée à Ménage.,.. Une puissante brigue fit tomber cette seconde place à M. Bergeret, par une préférence injuste
Dont la troupe de Ménage Appela comme d'abus Au tribimal de Phébus ,
dit hardiment Benserade dans ses Portraits des quarante académiciens, lus en pleine Académie le jour même que M. Bergeret fut reçu.»
l'histoire, et de tous les bons livres, nous apporte encore quelque chose de bien plus utile et de bien plus considérable pour nous, je veux dire la connoissance parfaite de la merveilleuse histoire de notre protecteur.
Et qui pourra mieux que vous* nous aider à parler de tant de grands événements, dont les motifs et les principaux ressorts ont été si souvent confiés à votre fidélité, à votre sagesse? Qui sait mieux à fond tout ce qui s'est passé de mémorable dans les cours étrangères, les traités, les alliances, et enfin toutes les importantes négociations qui sous son règne ont donné le branle à toute l'Europe?
Toutefois, disons la vérité. Monsieur, la voie de la négociation est bien courte sous un prince qui, ayant toujours de son côté la puissance et la raison, n'a besoin pour faire exécuter ses volontés, que de les déclarer. Autrefois la France, trop facile à se laisser surprendre par les artifices de ses voisins, autant qu'elle étoit heureuse et redoutable dans la guerre, autant passoit-elle pour être ^ infortunée dans les accommodements. L'Espagne surtout, l'Espagne, son orgueilleuse ennemie, se vante de n'avoir jamais signé, même au plus fort de nos prospérités, que des traités avantageux, et de regagner souvent par un trait de plume ce qu'elle avoit perdu en plusieurs campagnes. Que lui sert maintenant cette adroite politique dont elle faisoit tant de vanité? Avec quel étonnement l'Europe a-t-elle vu, dès les premières démarches du Roi, cette superbe nation contrainte de venir jusques dans le Louvre reconnoître publiquement son infériorité^, et nous abandonner depuis, par des
r. On lit ici, en note, dans les éditions de 1(187 et de 1697 : « M. de Bergeret est premier commis de M. de Croissi, ministre et secrétaire d'Etnt pour les affaires étrangères. »
•' . Ètri' a été omis dans l'édition de 1768 et dans les suivantes.
3. Le a4 mars 1662, dans une audience solennelle qui fut donnée
traités solennels, tant de places si fameuses, tant de grandes provinces, celles même dont ses rois empruntoient leurs plus glorieux titres * ! Comment s'est fait ce changement? Est-ce par une longue suite de négociations traînées? Est-ce par la dextérité de nos ministres dans les pays étrangers? Eux-mêmes confessent que le Roi fait tout, voit tout dans les cours où il les envoie, et qu'ils n'ont tout au plus que l'embarras d'y faire entendre avec dignité ce qu'il leur a dicté avec sagesse .
Qui l'eût dit au commencement de l'année dernière, et dans cette même saison où nous sommes, lorsqu'on voyoit de toutes parts tant de haines éclater, tant de ligues se former, et cet esprit de discorde et de défiance qui souffloit la guerre aux quatre coins de l'Europe ; qui l'eût dit, qu'avant la fin du printemps tout seioit calme? Quelle apparence de pouvoir dissiper sitôt tant de ligues? Comment accorder tant d'intérêts si contraires? Comment calmer cette foule d'Etats et de princes, bien plus irrités de notre puissance, que des mauvais traitements qu'ils prétendoient avoir reçus? N'eût-on pas cru que
au Louvre, le marquis de la Fuente, ambassadeur extraordinaire du roi d'Espagne, fît une Déclaration pour la préséance des rois de France. Louis XIV avait exigé cette réparation de l'insulte faite à Londres le lo octobre 1661 au comte d'Estrades, son ambassadeur, par le baron de Batteville, envoyé de Philippe IV.
I. Les traités conclus entre la France et l'Espagne, auxquels il est fait allusion ici, sont celui d'Aix-la-Chapelle (2 mai 1668) et celui de Nimègue (17 septembre 1678). Par le premier, la France s'était fait adjuger (iharleroi, Ath, Douai, Tournai, Oudenarde , Lille, Courtrai, etc.; par le second, toute la Franche-Comté, et Valenciennes , Bouchain , Condé , Cambrai , Saint-Omer , Ypres , Cassel , Maubeuge, etc. Les rois d'Espagne parmi leurs plus glorieux titres portaient ceux de Ducs de Bourgogne et de Brabant et de Comtes de Flandre. Leurs possessions réelles ne répondaient plus à ces titres depuis qu'ils avaient cédé la Franche-Comté {le Comté de Bourgogne), et tant de places si fameuses de la Flandre et du Hainaut.
366 ŒUVRES DIVERSES EPs PROSE.
vingt années de conférences ne suffisoient ^ pas pour terminer toutes ces querelles? La diète d'Allemagne, qui n'en devoit examiner qu'une partie, depuis trois ans qu'elle y étoit appliquée, n'en étoit encore qu'aux préliminaires. Le Roi cependant, pour le bien de la chrétienté, avoit résolu dans son cabinet qu'il n'y eût plus de guerre. La veille qu'il doit partir pour se mettre à la tête d'une de ses armées, il trace six lignes, et les envoie à son ambassadeur à la Haye. Là-dessus les Provinces délibèrent, les ministres des Hauts Alliés s'assemblent; tout s'agite , tout se remue ; les uns ne veulent rien céder de ce qu'on leur demande; les autres redemandent ce qu'on leur a pris; mais" tous ont résolu de ne point poser les armes. Mais lui, qui sait bien ce qui en doit arriver, ne semble pas même prêter d'attention à leurs assemblées, et comme le Jupiter d Homère, après avoir envoyé la Terreur parmi ses ennemis, tournant les yeux vers les autres endroits qui ont besoin de ses regards, d'un côté il fait prendre Luxembourg^, de l'autre il s'avance lui-même aux portes de Mons* ; ici il envoie des généraux à ses alliés', là il fait foudroyer Gênes® ; il force Alger à lui demander pardon^; il s'applique même à régler le dedans de son royaume, soulage ses peuples, et les fait jouir* par avance des fruits de la paix ; et enfin,
1. L'édition de 1768 et les suivantes ont substitué suffiroieni à suffisoient .