‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 18 sur 306 · DE L ETANG · texte numérisé non relu

DE L ETANG

Que c'est une chose charmante

De voir cet étang gracieux ,

Où , comme en un lit précieux ,

L'onde est toujours calme et dormante !

Mes yeux , contemplons de plus près 5

Les inimitables portraits

De ce miroir humide ; Voyons bien les charmes puissants

Dont sa glace liquide Enchante et trompe tous les sens. 10

Déjà je vois sous ce rivage

La terre jointe avec les cieux

Faire un chaos délicieux

Et de l'onde et de leur image.

Je vois le grand astre du jour i 5

1 . JviJes est la leçon de Geoffroy. Dans la collation de <on texte sur le manuscrit de Louis Racine, on ne nous a signalé ici aucune variante, arides pourtant nous paraît plus vraisemblable.

Rouler dans ce flottant séjour

Le char de la lumière ; Et sans offenser de ses feux

La fraîcheur coutumière , Dorer son cristal lumineux.

Je vois les tilleuls et les chênes , Ces géants de cent bras armés, Ainsi que d'eux-mêmes charmés , Y mirer leurs têtes hautames -, Je vois aussi leurs grands rameaux ^ 5

Si bien tracer dedans les eaux Leur mobile peinture ,

Qu'on ne sait si l'onde, en tremblant, Fait trembler leur verdure ,

Ou plutôt l'air même et le vent.

Là l'hirondelle voltigeante , Rasant les flots clairs et poUs, Y vient, avec cent petits cris, Baiser son image naissante.

Là mille autres petits oiseaux Pei'^nent encore dans les eaux

Leur éclatant plumage :

L'œil ne peut juger au dehors

Qui vole ou bien qui nage De leurs ombres et de leurs corps. 4o

Quelles richesses admirables N'ont point ces nageurs marquetés, Ces poissons au* dos argentés, Sur leurs écailles agréables!

I. Aux dans Geoifroy. La leçon donnée parle manuscrit de Louis Racine ne devait pas, ce nous semble, être cliang.e.

Ici je les vois s'assembler, 45

Se mêler et se démêler

Dans leur couche profonde ; Là je les vois (Dieu ! quels attraits!)

Se promenant dans l'onde , Se promener dans les forêts. So

Je les vois , en troupes légères ,

S'élancer de leur lit natal ;

Puis tombant, peindre en ce cristal

Mille couronnes passagères.

L'on diroit que comme envieux 5 5

De voir nager dedans ces lieux

Tant de bandes volantes , Perçant les remparts entr'ouverts

De leurs prisons brillantes , Ils veulent s'enfuir dans les airs. 60

Enfin ce beau tapis liquide

Semble enfermer entre ses bords

Tout ce que vomit de trésors

L'Océan sur un sable aride :

Ici l'or et l'azur des cieux g 5

Font de leur éclat précieux

Comme un riche mélange; Là l'émeraude des rameaux

D'une affréable frange Entoure le cristal des eaux.

Mais quelle soudaine tourmente,

Comme de beaux songes trompeurs,

Dissipant toutes les couleurs ,

Vient réveiller l'onde dormante ?

Déjà ses flots entre-poussés 7 5

Roulent cent monceaux empressés

De perles ondoyantes , Et n'étalent pas moins d'attraits

Sur leurs vagues bruyantes Que dans leurs tranquilles portraits. 80

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