I. Tome VI, p
avoit remis le inantisrrit entre les mains d'an de ses amis, qui avoit actuellement quatre-vingts ans, mais qu'il n'avoit jamais voulu le rominuniquer à personne. ^lais de quoi ne viennent point à bout les jansénistes, et surtout les jansénistes imprimeurs? Ils disent que cet ouxrage est de mou père, je le veux bien croire; mais où en est la preuve ? à moins qu'ils ne disent d'où et de qui ils le tiennent. Il est certain que mon père avoit eu dessein d'écrire cette histoire , et cela en faveur de ^I. le caidinal de Xoailles, qui le pria de vouloir bien le mettre au fait des affaires des Religieuses de Port-Royal , dont il étoit fort peu instruit. Et c'est ce qui fit qu'après la mort de Monsieui' le Cardinal je m'adressai au maréchal de Noailles d'aujouid'hui. et lui demandai si, parmi les papiers de Monsieur son oncle, il n'en avoit rien trouvé. Il me répondit que non. J'en fis de même à la mort de M. Dodart, et j'en demandai des nouvelles au premier médecin son fils , qui me dit qu'il n'en avoit jamais entendu parler à son père : si bien que j'ai toujours cru l'ouvrage perdu, et ne puis deviner par quelle voie il peut être tombé entre les mains des imprimeurs. Je m'en vais tacher à voir cette Seconde partie^ dont je suis fort curieux; car, entre nous, je doutois fort de sou existence, et je croyois que ceux qui nous donuoient la première nous auroient sans doute donné la seconde, à uioius que ce ne soit une finesse de libraires pour faire acheter deux fois l'ouvrage.... » Cette lettre est datée du \ se|)tembre, sans indication de Tannée'. Elle a pu être écrite en i'j'\i, l'année même où la Première partie avait paru. Ce qui est certain, c'est que l'on ne peut en chercher la date au delà de 1746, Jean-Baptiste Racine étant mort au commencement de 1747- A cette époque la Seconde partie n'avait pas été impriniée comme le croyait Jean- Baptiste Racine -. C'est ce que bientôt après il constata lui-
1. La suscnption est : À Monsieur Monsieur Racine, directeur des fermes du Roy, à Soissons. La copie de cette lettre nous a été communiquée par M. Auguste de Naurois. IVous n'en citons ici que ce qui a rapport à V Ahrégé de ffiistoire de Port-Royal, ainsi que l'ont fait les éditeurs de 1807, qui en avaient donné le texte très-exactement.
2, Nous avons donc eu tort de dire, sur la fol de la lettre de Tean- Baptiste Racint-, ;lans notre Xotice lùographique^^t. 348, note 2, qie
même dans une autre lettre à son frère, datée du 6 novembre (de la mi-me année sans doute que la précédente). Voici les premières lignes de cette lettre : « Je ne sais par quelle fatalité j'ai été si longtemps sans vous faire réponse , ayant envie de le faire tous les jours; mais le peu de matière, l'absence de tous mes amis, et la solitude où je suis en ont été cause. Je ne me suis rien trouvé à vous mander sur l'histoire en question. Il me semble qu'on n'en parle plus; et la Seconde partie, qui ne paroît point, nous justifie assez ^. » On voit par là que la publication de la Seconde partie avait été simplement annoncée, et qu'en la croyant déjà faite, Jean- Baptiste Racine s'était d'abord trompé. Ce fut seulement en 1767 qu'avec la Première partie réimprimée, parut pour la première fois la Seconde partie, en I vol. in- 19, qui a pour titre : /Jbregé de T histoire de Port- Royal, par M. Racine^ de t Académie française, ouvrage servant de supplément aux trois volumes des OEuvres de cet auteur. Imprimé à Vienne, et se trouve h Paris chez Lottin le jeune..., M.DCC.LXVII. En tête du volume est une Préface de V éditeur, où il est dit (pages vu et viii) : « Racine mourut le 21 avril 1699. Depuis ce moment son ouvrage fut enseveli dans des ténèbres impénétrables même à la famille de l'auteur. Il x\e\\ sortit qu'en 1742. Mais il ne parut pas alors tout entier. Ceux qui avoient procuré l'édition n'avoient que la Première partie ; et les recherches les plus exactes ne purent faire découvrir la seconde , que la prudence obligeoit de dérober au public. M. le cardinal de Fleury vivoit encore. Le crédit des jésuites, redoutables sous l'autorité du ministre qu'ils avoient trompé, alarma les personnes qui conservoient ce monument précieux. Feu M. l'abbé Racine, entre les mains duquel une copie de l'ouvrage étoit tombée, se contenta d'en donner des extraits dans son Abrégé de t histoire ecclésiastique. C'est d'après cette même copie qu'on a fait l'édition complète qui paroît aujourd'hui. Les obstacles qui en ont jusqu'ici retardé la publication ne subsistent plus depuis les arrêts qui ont proscrit
T^ouis Racine, au temps où il publia ses Mémoires (ly^y), savait depuis longtemps que la Seconde partie avait été imprimée.
r. On trouvera ci-après, au tome VI, cetie lettre et la précédent**, à la suite des Lettres de Racine.
une société ennemie de la France. » Cette édition, qui était annoncée et sans doute déjà toute prête au temps où Jean-Baptiste Racine écrivait les lettres citées plus haut, mais cjui ne fut publiée que bien après celle de i 742, et à une époque où les fils de Racine, où ses contemporains n'existaient plus, put inspirer quelques doutes sur l'authenticité de la nouvelle partie qu'on V produisait. L'année suivante (1768), Limeau de Boisjeriuain, avant réimprimé dans les Œuvres de Racine les deux parties de V Abrégé, les fit précéder d'une Préface des éditeurs, dans laquelle, sans proposer expressément ces doutes, on se contentait de critiquer la Seconde partie, comme paraissant « moins être une suite de V Histoire de Port-Royal qu'un récit détaché de tous les petits événements auxquels la distinction du droit et du fait et la signature du Formulaire ont donné lieu'. » Mais plus loin , sur un passage qui est à la fin de V Abrégé, et dans lequel les Imaginaires de ÎVicole sont nommées parmi les « ouvrages solides et convaincants » écrits pour défendre la cause des Religieuses, on lit cette note- : « Nous crovons que Racine se seroit bien gardé de faire ici l'éloge des Imaginaires, s'il avoit réellement composé \a. Seconde partie de Y Histoire de P<jrt-Hoyal. » Geoffroy a ti'ès-bien lépondu^ à cette faible objection. Il l'aurait plus facilement encore réfutée, s'il avait su que les dernières pages de la Seconde partie, où se lit le passage qu'on jugeait suspect, ne sont probablement pas de Racine, comme nous aurons occasion de le dire. Du reste Tautiienticité de la Seconde partie est maintenant établie sur des jjreuves matérielles qui manquent à celle de la Première; et (|uoique celle-ci ne puisse sérieusement laisser plus d'incertitude, il est vrai du moins qu'on ne peut être aussi assuré d'en avoir le texte exact. Car nous avons pour la Seconde partie le manuscrit autographe de l'auteur. Dans une j\ote que Louis Racine avait préparée pour le secrétaire de l'Académie des inscriptions, comme un document à consulter après sa mort , et qui est postérieure en date à ses Mémoires , il