Tome VI, p
3. Dans la Préface du commentateur, tome VI, p. io5 de l'édition de 1808.
dit* : « J'ai toujours ignoré à qui fut remise, à la mort de mon père, la Première partie de \ Histoire de Port-Hnyal^ et de quelles mains elle sortoit quand elle jjarut imprimée. A l'égard de la Seconde partie de la même histoire, je l'ai remise à MM. Sallier et Melot -, pour être conservée à la Bibliothèque du Roi. i Ce manuscrit existe aujourd'hui encore à la même bibliothèque; il commence au feuillet 123 du tome II des manuscrits de Racine, et finit au feuillet i55. On trouve au feuillet 124, qui le précède, cette note écrite par Louis Racine: « Ce qui s'est trouvé de Y Histoire de Port-Royal dans les papiers de Jean Racine. Le tout est écrit de sa main, excepté les feuillets i, 2, 3 et l\, qui sont écrits de la main de Boileau. Tout ce morceau est de la Seconde partie. On ne trouva rien dans ses papiers de la Première partie de cette histoire. » Les mots Seconde partie ont été écrits par Racine lui-même en tète du manuscrit; cette division n'est donc pas le fait des éditeurs. Ce que dit Louis Racine des feuillets qui sont de la main de Boileau mérite quelques observations. Ce sont, dit-il , les feuillets 1,2, 3 et 4- Au lieu de quatre feuillets nous n'en trouvons aujourd'hui que trois; ils sont cotés i38, 1^9, 140, et ne portent plus les numéros indiqués par Louis Racine, qui les avait sans doute placés en tête du manuscrit, et non dans l'ordre véritable , pour les distinguer des feuillets écrits par son père. Geoffroy, à qui cela avait échappé, s'est imaginé que Boileau avait écrit le conmiencement de la Seconde partie ; et de cette erreur il s'est fait un argument pour répondre à ceux qui ne voulaient pas croire R^acine auteur de cette partie , sons prétexte qu'on y lit un passage sur la destruction de Port-Royal en 1709. « Le passage, dit-il, dans lequel il est question de la destruction de Port-Royal, se trouve dans le premier feuillet écrit de la main de Boileau, qui vécut encore deux ans après cet événement, et qui a fait à cette
1. Voyez les Lettres inédites de Jean Racine, publiées par l'abbé Adrien de la Roque, p. 212.
2. Ils étaent tous deux ses collègues à l'Académie des inscriptions. L'abbé Claude Sallier était depuis lyai chargé de la garde dei manuscrits de la Bibliothèque du Roi. Anicet Melot y fut nomiiié conservateur en 1741.
partie de l'niivi-age de son illustre ami les changements indiqués par les circonstances*. » !\L Aimé-Martin, qui s'est approprié, sans le dire, la plus grande partie de la Préface de Geoffroy, a fidèlement reproduit sa méprise. Les pages écrites par Boileau, et que nous indiquons plus bas dans les notes, ommencent au récit des circonstances qui firent échouer les c(mférences proposées en i&^i par le P. Ferrier à l'évêque de Comminges, et vont jusqu'à la première visite de M. de Péréfîxe à Port-Royal. Quanta la difficulté soulevée par le passage sur la destruction de Port-Royal, elle peut sans peine être résolue d'une tout autre manière qu elle ne Ta été par l'argument mal fondé de Geoffroy. On peut voir ci-dessus, p. 196, la remarque que nous avons faite au sujet des vers de Racine que le Nécmloge a intitulés : Sur la destruction de Port-Royal ; elle aurait son application ici. Racine a pu écrire (\VLune maison si sainte avait été détruite^ bien avant la grande et complète destruction de 1709, puisque dans les dernières années de sa vie il l'a vue véritablement ruinée par ses persécuteurs.
Le passage qui, dans le manuscrit, est de la main de Boileau, se lie intimement à ce qui le précède et à ce qui le suit. Quelques lignes (ce sont les premières) se trouvent écrites deux fois avec de légères diiférences, une fois par Racine, une fois par Boileau. Les traces d'une véritable collaboration semblent visibles, à moins qu'on ne suppose que Boileau ait simplement transcrit ce que Racine avait composé : supposition peu probable de toute façon, mais surtout lorsqu'on fait attention aux corrections et ratures nombreuses des pages écrites par Boileau. Peut-être cependant n'y a-t-il fait que polir et compléter une première rédaction ébauchée par Racine; il est à croire en tout cas que la part à lui faire dans cette Histoire, qu'il vantait hautement comme étant l'œuvie de son ami, ne serait pas très-grande, et qu'il avait, suivant son habitude, fait surtout l'office d'Aristarque. Quelques-uns des feuillets du manuscrit paraissent être les premiers brouillons de certains passages, dont on trouve plusieurs rédactions.
I. Voyez au tome \ I de l'édition de i8o8, les pages 106-107 de la Préface du commentateur.
Un de ces brouillons, qui est, ainsi que les autres, de l'écriture de Racine, a plusieurs corrections de la main de Boileau.
Germain Garnier avait aussi recueilli quelques feuillets, où se trouvaient de semblables biouillons d'autres passages de lOuvrage de Racine dans la Seconde partie. Il les avait réunis à d'autres pièces dans un volume que possède la bibliothèque du Louvre ^ Un de ces brouillons, qui se rapportait au passage commençant dans l'édition de Luneau de Boisiermain à la page 272, ligue 7, a disparu du volume. Sur deux feuillets qui restent on tiouve un autre passage qui, dans la même édition, commence à la page a88 , ligne i5. Nous en avons tiré des variantes, que nous indiquons dans les notes.
>ous avons naturellement préféré , pour le texte que nous donnons ici de XsiSecunde partie, celui qui seul est authentique, c'est-à-dire le texte même du manuscrit autographe. Toutefois Racine, comme le prouve l'état de ce manuscrit, a souvent remanié sa rédaction, et il est possible que la copie reproduite par l'édition de 1 767 ait été faite sur une dernière révision de l'auteui'. Nous mettons donc sous les yeux du lecteur les variantes de cette édition. Il est remarquable qu'un grand nombre des différences qu'elle offre, quand on la compare au manuscrit, se trouvaient déjà dans le texte des extraits donnés antérieurement par l'abbé Racine, exti'aits mentionnés, nous l'avons vu, par l'édition de 1767, et dont il est temps de dire quelques mots de plus.
Nous avons jusqu'ici considéré l'édition de i 767 comme la première de toutes pour le texte de la Seconde partie. Ce texte presque tout entier avait cependant déjà été iujprimé treize ans auparavant, mais sans que l'auteur fût nommé. Dans un passage que mms avons cité ci-dessus , de la Préface de l'édition de 1767, il est dit que l'éditeur a fait usage de la même
I. Entre autres pièces, on trouve dans ce volume, acquis à !a vente de Germain Garnier, et coté F. 828 , des lettres autographes de Louis XIV et des princes de sa famille, une lettre de Boileau à Racine, une lettre de Racine à l'abbé le Vasseur, et aussi le brouillon, dont nous parlons plus loin , du Mémoire pour les Religieuses de Poit-Royul.
38o ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE DE PORT-ROYAL.
copie que l'abbé Racine avait eue entre les mains, et dont il s'était contenté de donner des extraits dans son Abrégé de l'histoire ecclési(isti(jiie. Cet Abrégé avait été publié en i'"} volumes in- 12 dans les années 174 8- 1756. Le procédé de l'abbé Racine paraît assez étrange. Dans les tomes X et XI de son ouvrage, imprimés tous deux en 1764, les emprunts à peu près textuels faits aux deux parties de V Abrégé de son illustre homonyme sont si nombreux qu'il ne resta à léditeur de 17^*7 presque rien de ncmveau à jMiblier. Au tome X, article viii, p. 47^ > commence V Histoire de Port-Rny al depuis l'établissement de la réforme en 1608. Dès les premières lignes de cette page , on a la reproduction exacte de notre Première partie , reproduction qui se continue jusqu'au bout, avec quelques changements paifois dans l'ordre, et quelques omissions ou additions. A la marge de la même page 47^? <>i^ lit : Abrégé de C histoire de Port -Royal par M. Racine. Il était impossible de dissimuler entièrement les emprunts faits à un livre imprimé depuis douze ans, et recommandé par le nom d'un si grand écrivain. Mais la petite indication à la marge était-elle suffisante , l'abbé Racine ne mai-quant nulle part jusqu'à quel point il copie littéralement et où s'arrêtent ses emprunts? Pour ceux qu'il a faits à la Seconde partie^ qu'alors on croyait perdue, rien ne pouvait les faire soupçonner. Comment expliquer son silence à ce sujet? A-t-il donc ignoré à qui l'on attribuait la copie qui lui avait été communiquée? Même en ce cas, peu vraisemblable d'ailleurs, pourquoi n'avoir rien dit de l'auteur anonyme dont le pi'emier il imprimait le travail? Dans son tome XI, où il donne, aux pages 5(>o-56g, un article sur Jean Racine, il parle ainsi de son Abiégé de l'histoire de Port-Royal: « On voit quels étoient ses sentiments poui- cette sainte maison, par l'histoire qu'il en a faite, dont on a imprimé une partie qui fait soupirer après la suite M. Racine,
deux jours avant sa mort, remit l'ouvrage entier entre les mains d'un ami. Jusqu'ici on n'en a vu qu une portion, dont nous n'avons pas manqué de faire usage'. » Cette suite après laquelle l'abbe Racine soupirait connne tout le monde, elle était pourtant sous ses yeux, et il n'a pas plus manqué d'en