‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 177 sur 306 · I. Préface de VHistoire générale de Port-Roial, p. ii-v · texte numérisé non relu

I. Préface de VHistoire générale de Port-Roial, p. ii-v

laisser échapper une occasion si naturelle de nommer son illustre devancier, qui avait bien quelque droit à être compté parmi ces grands hommes , amis de Port-Royal , auxquels le savant Bénédictin faisait allusion. ÎVlais on trouve, sinon dans la Préface de D. Clémencet, du moins dans son Histoire^ la preuve la moins équivoque de son estime pour le travail de Racine; car il copie textuellement tout ce qu'il en connaissait, y relevant bien peu de légères erreurs. Nous aurions trop multiplié les notes, si nous avions voulu y signaler les continuels emprunts de D. Clémencet. Nous nous contentons d" avertir ici que nous les avons constatés : ils montrent que l'auteur de V Histoire générale de Port-Rnïal avait confiance dans l'exactitude de Racine, et surtout qu'il ne croyait point aisé d'exprimer autrement que lui ce qu'il trouvait écrit déjà dans un style excellent.

C'est à ce dernier mérite, nous voulons dire à celui de l'écrivain, que nous sommes aujourd'hui le plus sensibles. Racine n'eut sans doute pas beaucoup de peine à être bien informé. Non-seulement il avait sous les yeux les nombreux livres de polémique publiés par ses amis, et dont quelques-uns contenaient beaucoup de détails historiques; mais il avait communication des Relations manuscrites des Religieuses; tous les documents que possédait labbaye lui étaient certainement fournis avec empressement. Son Histoire^ écrite dans un temps où Port-Royal, quoique frappé, était encore debout, où vivait son esprit, où tous ses souvenirs étaient fidèlement gardés, aurait par cela seul une valeu)- toute particulière. C'est autrement toutefois quelle se recommande plus encore. D'Olivet disait beaucoup trop, quand il exprimait l'espoir qu'elle donnerait à Racine, parmi les prosateurs, le rang qu'il a parmi les poètes. iMais lélégante simplicité et la justesse du style, la sobriété des développements dans un abrégé sans sécheresse, le ton qui y est toujours en parfaite harmonie avec le sujet, en font une œuvre de maître, et donnent une favorable idée de ce que, avec de telles qualités de narrateur, il eût, historien du règne de Louis XIV, su faire dans un plus grand sujet. Nous ne voulons pas dire que le sujet fût petit, indigne d'un tel génie. Nous n'avons garde de partager le sentiment de Chamfort : « C'est une chose curieuse , dit-il, que l'histoire de Port-Royal écrite par J. Racine, rv 3 5

Racine. Il est plaisant de voir l'auteur de Phèdre parler des grands desseins de Dieu sur la Mère Agnès*. » Ce sont là d'étranges légèretés d'un esprit prévenu. Aux yeux de qui sait mesurer les grandeurs de l'âme, et l'élévation des vertus morales , les événements dont Port-Royal fut le théâtre ne sont pas si mesquins, et la sainte abbaye n'occupe pas si peu de place dans l'histoire du grand siècle. L'auteui- de Phèdre, il vaudrait mieux dire ici l'auteur à'Esther et à''Athalie, n'avait pas choisi un sujet qui déshonorât sa plume. Ce sujet répondait dailleui's à tous les sentiments dont il était pénétré dans les dernières années de sa vie.

Dans l'édition de 1807 on avait cru devoir continuer X Jbrégé de r histoire de Port-Royal pai' un Supplément, auquel on avait donné poui' titre : Additions des éditeurs , contenant le précis des événements qui ont suivi jusqu'à la destruction de Fort- Royal en 1710*. » M. Aimé-Martin a reproduit ce Supplément, en l'augmentant de fragments de lettres écrites par Racine à la Mère Agnès de Sainte-Thècle, sa tante. Nous n'avions pas à léimprimer à notre tour ces Additions à l'ouvrage de Racine. Les lettres adressées à la Mère Agnès de Sainte-Thècle trouveront place dans un autre volume avec la Correspondance.

A la suite de V Abrégé de f histoire de Port-Royal nous avons placé tout ce qui, dans les manuscrits de Racine, se rapporte à la même histoire , des JNotes que les précédents éditeurs n'avaient pas recueillies, le Mémoire pour les Religieuses de Port-Royal des Cliamps, et l'écrit intitulé : Diverses particularités concernant Port-Rnyal. Nous ne faisons ici que mentionner ces divers opuscules, parce qu'on trouvera en tète de chacun d'etix une petite notice. Nous aurions pu sans doute y joindre V Épitaphe de Mlle de Vertus: c'eût été suivre l'exemple donné par les éditeurs de 1807 et de 1808 et pai- M. Aimé- Martin ; mais elle trouvera encore mieux sa place ailleurs, à coté de deux autres épitaphes qui ne regardent en rien Port- Royal.

I. OEuvres complètes de Chamfort (5 vol. iii-8°, Paris, 1834); tomell, p. 146.

a. Tome VI, p. 459-470.

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