‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 179 sur 306 · Ce quatrième concile oecuménique de Latran est de l'an · texte numérisé non relu

Ce quatrième concile oecuménique de Latran est de l'an

Sur la fin du dernier siècle, ce monastère, comme beaucoup d'autres, étoit tombé dans un grand relâchement : la règle de Saint-Benoît n'y étoit presque plus connue , la clôture même n'y étoit plus observée , et l'esprit du siècle en avoit entièrement banni la régularité. Marie-Angélique Arnauld, par un usage qui n'étoit que trop commun en ces temps-là \ en fut faite abbesse, n'ayant pas encore onze ans accomplis. Elle n'en avoit que huit lorsqu'elle prit l'habit, et elle fit profession à neuf ans entre les mains du Général de Cîteaux, qui la bénit dix-huit mois après. Il y avoit peu d'apparence qu'une fille faite abbesse à cet âge, et d'une manière si peu régulière, eût été choisie de Dieu pour rétablir la règle dans cette abbaye. Cependant elle étoit à peine dans sa dix-septième année , que Dieu , qui avoit de grands desseins sur elle, se servit, pour la toucher, d'une voie assez extraordinaire. TJn capucin, qui étoit sorti de son couvent par libei'tinage, et qui alloit se faire apostat dans les pavs étrangers^, passant par hasard à Poi't-

née I5i5, sous le poiitiGcat (l'Innocent III. On y ordonna la réforme de quelques monastèris de l'ordre de Cîteaux; c'est pour cela sans doute que Racine en rattache le souvenir à celui de la bulle qui fat accordée à l'abbave de Port-Roval.

1. 1602. (IVotc des éd'iilons de 1742 ft de 1767.) — Jacqueline- Marie-Angolique Arnauld, fille d'Antoine Arnauld et de Catherine Marion, et sœur du grand Arnauld, était née le 8 septembre iSgi. Elle fut pourvue à l'âge de huit ans de l'abbave de Port-Royal, prit l'habit de Saint-Bernard le 2 septembre 1699 dans l'abbave de Saint- Antoine, faubourg de Paris, fit profession à Maubuisson le 29 octobre i(ico, et entra en possession de l'abbaye de Port-Royal le i5 juillet 1602, après la mort de Jeanne de Boulehart, dont elle avait été coadjutrice. Le ig septembre de la même année l'abbé de Cîteaux la bénit abbesse.

2. Ce capucin était le P. Basile. « Dieu eut pitié de lui dans la suite, et il lui fît la grâce de rentrer dans le sein de l'Eglise. » {Histoire générale de Port-Roial, tome I, p. 26, note i.) — Dans le sermon qui toucha la jeune abbesse, le P. Basile « traita de l'In-

3go ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE

Royal, fut prié par TAbbesse et par les Religieuses de prêcher dans leur église. Il le fit; et ce misérable parla avec tant de force sur le bonheur de la vie religieuse, sur la beauté et sur la sainteté de la règle de Saint-Benoît, que la jeune Abbesse en fut vivement émue ^. Elle forma dès lors la résolution non-seulement de pratiquer sa règle dans toute sa rigueur, mais d'employer même tous ses efforts pour la faire aussi observer à ses Religieuses. Elle commença par un renouvellement de ses vœux, et fit une seconde profession^, n'étant pas satisfaite de la première. Elle réforma tout ce qu'il y avolt de mondain et de sensuel dans ses habits, ne porta plus qu'une chemise de serge, ne coucha plus que sur une simple paillasse, s'abstint de manger de la \'iande, et fit fermer de bonnes murailles son abbaye, qui ne l'étoit auparavant que d'une méchante clôture de terre, éboulée presque partout. Elle eut grand soin de ne point alarmer ses Religieuses par trop d'empressement à leur vouloir faire embrasser la règle. Elle se contentoit de donner l'exemple, leur parlant peu, priant beaucoup pour elles, et accompagnant de torrents de larmes le peu d'exhortations qu'elle leur faisoit quelquefois. Dieu bénit si bien cette conduite, qu'elle les gagna toutes les unes après les autres, et qu'en moins de cinq ans la communauté de biens, le jeune, Tabstinence de viande, le silence, la veille de la nuit, et enfin toutes les austérités de la règle de Saint-Benoît

carnation et des rabaissements rlu F'ils de Dieu en sa naissance, b

(Relations sur la vie de la Révérende Mère Àn^é'iqiie ou Recueil de

la Mère .'ingélique de Saint -Jean Arnauld d'Andillr '^l'j'i']), p. 16.)

1. 1608. (^Note des éditions de l~Ai et de 1767.) — «Ce moment heureux, marqué par la Providence, arriva dans le carême de l'année 1608. » [HisI air r générale de Part-Rulal, tome I, p. 24.)

2. Le 7 mai 16 10. Elle prononça ses vœux entre les mains de M, l'Arf^eotier, abbé de Clairvaux. Voyez VHistoire générale de Port- Roïal, tome I, p. 5i et 52.

DE PORT-ROYAL. 'igi

furent établies à Port-Royal de la même manière qu'elles le sont encore aujourd'hui.

Cette réforme est la première qui ait été introduite dans Tordre de Cîteaux : aussi y fit-elle un fort grand bruit, et elle eut la destinée que les plus saintes choses ont toujours eue, c'est-à-dire qu'elle fut occasion de scandale aux uns, et d'édification aux autres. Elle fut extrêmement désapprouvée par un fort grand nombre de moines et d'abbés même, qui regardoient la bonne chère, l'oisiveté, la mollesse, et, en un mot, le libertinage, comme d'anciennes coutumes de l'ordre, où il n'étoit pas permis de toucher. Toutes ces sortes de gens déclamèrent avec beaucoup d'emportements contre les Religieuses de Port-Royal, les traitant de folles, d'embéguinées, de novatrices, de schismatiques même, et ils parloient de les faire excommunier. Us avoient pour eux l'assistant du Général, grand chasseur, et d'une si profonde ignorance, qu'il n'entendoit pas même le latin de son Pater. Mais heureusement le Général, nommé dom Boucherat, se trouva un homme très-sage et très-équitable, et ne se laissa point entraîner à leurs sentiments.

Plusieurs maisons non -seulement admirèrent cette réforme, mais résolurent même de l'embrasser. Mais on crut partout qu'on ne pouvoit réussir dans une si sainte entreprise sans le secours de l'abbesse de Port-Royal. Elle eut ordre du Général de se transporter dans la plupart de ces maisons, et d'envoyer de ses Rehgieuses dans tous les couvents où elle ne pourroit aller elle-même. Elle alla à Maubuisson^ au Lys^, à Saint-Aubin^, pen-

1. Abbaye de Bernardines, fondée en iu4o, près du village de Saint-Ouen (arrondissement de Pontoise), par la reine Blancbe, qui y mourut à la fin de l'année laSa.

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