‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 181 sur 306 · D. Clémencet, au même endroit de son Histoire générale de · texte numérisé non relu

D. Clémencet, au même endroit de son Histoire générale de

Port-Roial^ nomme ce confesseur D. Sabbathier.

4. Les éditeurs de 1807 ont dit ici par erreur : « Ceci se passa en septembre i(>i8. » Mme d'Estrées « s'écbappa des Filles ))énitentes, et revint à Maubuisson le 10 septembre (i h 19),... escortée par le comte de Sauzé (son heau-frùrc) et quelques autres gentilshommes accoutumés à y venir passer leur temps. » (Histoire générale de Port- Roinl, tome I, p. 99.) Voyez aussi les Relations sur la vie de la Révérende Mère Angélique, p. l'i^.

passion, leur offrirent de leur donner retraite chez eux. Mais elles n'y furent pas long^temps; car, au bout de deux ou trois jours, le Parlement, à la requête de l'abbé de Cîteaux, ayant donné un arrêt* pour renfermer de nouveau Mme d'Estrées, le prévôt de l'Isle^ fut envoyé avec main-forte pour se saisir de l'Abbesse, du confesseur, et de la Religieuse ancienne qui étoit de leur cabale. L'Abbesse s'enfuit de bonne heure par une porte du jardin; la Religieuse fut trouvée dans une grande armoire pleine de hardes, où elle s'étoit cachée ; et le confesseur, ayant sauté par-dessus les murs, s'alla réfugier chez les jésuites de Pontoise. Ainsi la Mère Angélique demeura paisible dans Maubuisson, et y continua sa sainte mission pendant cinq années.

Ce fut là qu'elle vit poui- la première fois* saint Fran-

1. Cet arrêt fut obtenu par M. de Trie (Henri Arnauld , alors avocat. Il était le second fils d'Antoine Arnauld, et le frère du grand Arnauld et de la Mère Angélique. « M. de Trie.... obtint un arrêt pour enlever de nouveau Mme d'Estrées et rétablir la Mère Angélique. En même temps on eut un ordre qui commandoit à M. de Fontis, prévôt de Tlsle, de se transporter incontinent a Maubuisson avec ses arcliers. Il arriva le ii septembre (1619), à cinq heures, avec deux cent cinquante hommes, et investit la maison de Maubuisson. J (Histoire générale de Port-Roîal, tome I, p. io3.)

2. Le prévôt de l'Ile de France, qu'on nommait par abréviation le prévôt de Clsle, était le prévôt des maréchaux, qui avait pour district le pays appelé Pile de France. Dans le Recueil des ordonnances et édits sur la Maréchaussée de France (i vol. in-4°, Paris, 1697), nous trouvons des Lettres patentts{Au 20 février 1 54^) pour rétablissement d'un Prévost général en tlsle de France, qui est dit « prévost de nos amés et féaux les maréchaux de France en notre dite Ville, Cité, Prévosté, Vicomte et Élection de Paris, et Élections de Senlis, Beauvais, Clermont-eu- IJeauvaisis, Mantes, Montfort-l'Amaury, et Estampes, s

3. Les éditions de 1742 et de 17^7 ont ici une note qui place cette prennère entrevue en 1618. Mais D. Clémencet îliistoire générale de Port-l oial, tome 1, p. gS) donne la date exacte, qui est le 5 avril 1619. Il avait déjà dit plus haut(p. 82) que l'évèquc de Genève était à Paris au commencement de 1619, que M. de Bonneuil, l'introducteur des

cois de Sales, et qu'il se lia entre eux une amitié qui a duré toute la vie du saint évèque, qui voulut même que la Mère de Cliantail* fût associée à cette union. L'on voit dans les lettres de F un et de l'autre la grande idée qu'ils avoient de cette merveilleuse fille. De son côté, la Mère Angélique procura aussi à M. Arnauld, son père', et à toute sa famille, la connoissance de ce saint prélat. Il fit un voyage à Port-Royal, pour y voir la Mère Agnès de Saint-Paul, sœur de cette abbesse ; il alloit voir trèssouvent M. Arnauld, son père, et M. d'Andilly% son frère, et à Paris et à une maison qu'ils avoient à la campagne, charmé de se trouver dans une famille si pleine

ambassadeurs, l'amena à Maubuisson au mois d'avril, et que saint François de Sales v revint plusieurs fois cette même année. Il avait tiré ces détails des Relntions écrites parla Mère Angélique Arnauld dans les Mémoires et relations sur ce qui s'' est passé à Port-Roral depuis le. commencement de la réforme de rabhaye (ï vol. in-l2, MDCCX\ I), p. 52.

1. La Mère de Chantai (Chantail dans P édition de i~^i, et plus loin dans le manuscrit même de Racine) vit plusieurs fois la Mère Angélique, entre autres à son premier et à son dernier voyage à Paris. « Ce fut au premier voyage que la Mère de Chantai fit à Paris l'an 1620 pour l'établissement du premier monastère de Sainte- Marie, qu'elle vint à 3Iaubuisson voir la Mère Angélique, qu'elle n'avoit encore vue qu'en esprit. » {Histoire générale de Port-Roial, tome I, p. 97 et 98.) — « La Mère de Chantai.... étant revenue pour la quatrième fois à Paris l'an 1641, ne manqua pas de voir la Mère Angélique, comme elle avoit fait dès son premier voyage; et même peu de temps avant son départ de P;iris, elle alla à Port-Roial, et y demeura deux jours. Ce fut alors que pour la dernière fois ces deux grandes âmes s'entretinrent. » [Ibidem, p. 272.] 3Ime de Chantai mourut cette année 1641, le i3 décembre.

2. Voyez ci-dessus la note i de la page 889. L'illustre avocat Antoine Arnauld, père de la Mère Angélique, était né en i56o. Il mourut le 26 décembre 16 19. Le Nécrologe (p. 493) dit qu'il avait alors cent trois ans, ce qui le ferait naître en i5i6. Le plus célèbre de ses plaidoyers est celui qu'il prononça eu 1694 pour défendre l'Université de Paris contre les Jésuites.

3. Robert Arnauld d'Andilly, né en i588, était l'aîné des fils d'Antoine Arnauld.

de vertu et de piété. La dernière fois qu'il les vit, il donna sa bénédiction à tous leurs enfants, et entre antres au célèbre M. Arnauld, docteur de Sorbonne, qui n'avoit alors que six ans'. La bienheureuse Mère de Chantai! vécut encore vingt ans depuis qu elle eut connu la ]\lère Angélique. Elle ne faisoit point de voyage à Paris qu'elle ne vînt passer plusieurs jours de suite avec elle, versant dans son sein ses plus secrètes pensées, et désirant avec ardeur que les Filles de la Visitation et celles de Port- Royal fussent unies du même lien d'amitié qui avoit si étroitement uni leurs deux Mères.

Après cinq ans de travail à Maubuisson , la Mère Angélique se trouvant déchargée du soin de cette abbaye par la nomination que le Roi avoit faite d'une autre abbesse ^ en la place de Mme d'Estrées, elle se résolut d'aller trouver sa chère communauté de Port-Royal. Elle ne l'avoit pas laissée néanmoins orpheline , l'avant mise, en partant, sous la conduite de la Mère Agnès dont j'ai parlé : elle étoit plus jeune de deux ans que la Mère Angélique, et avoit été faite abbesse aussi jeune qu'elle ^ ; mais Dieu l'ayant aussi éclairée de fort bonne heure, elle avoit remis au Roi l'abbaye de Saint-Cyr, dont elle étoit pourvue, pour venir vivre simple Religieuse dans

r. Il était né le (i février 1612; il avait donc alors sept ans.

•2. Charlotte de Bourbon Soissons, fille {naturelle) de Charles de Bourbon, comte de Soissons et rie Dreux, pair et grand maître de France, ûls puîné de Louis I«'"^ prince de Condé. {Note des éditions de 1742 et de i-6-.) Elle était Religieuse à Fontevrault lorsqu'elle fut nommée, en i6î',3, abbesse de Muubuisson.

3. Sur leanne-Catherine-Agnès de Saint-Paul Arnauld, voyez la noter delà page 892.— a M. Marion, avocat général, ayant obtenu, l'an 1399, du roi Henri IV, par un abus qui n'étoit que trop commun alors, les abbayes de Port-Royal et de Saint-(^yr pour Jacqueline (/« iJère yin^elifjiie) et Jeanne (/« ii/èic y^^/iti^ ses petites-fil les a

{Histoire oéncialc dt Port-Rvial, tome I, p. 14.)

le couvent de sa sœur. Mais la Mère Angélique , pleine d'admiration de sa vertu, avoit obtenu qu ou la fît sa coadjutrice ' . C'est cette Mère Agnès qui a depuis dresse les Constitutions de Port-Royal, qui furent approuvées par M. de Gondy, archevêque de Paris. Ou a aussi d'elle plusieurs traités très-édifiants^, et qui font connoître tout ensemble l'élévation et la solidité de son esprit.

Lorsque la Mèi-e Angélique se préparoit à paitir de Maubuisson, trente Religieuses qui y avoient fait profession entre ses mains se jetèrent à ses pieds, et la conjurèrent de les emmener avec elle. L'abbaye de Port-Royal étoit fort pauvre, n'ayant été fondée, comme j'ai dit, que pour douze Religieuses. Le nombre en étoit alors considérablement augmenté; et ces trente Filles de Maubuisson n'avoient à elles toutes que cinq cents livres de pension viagère. Cependant la Mère Angélique ne balança pas un moment à leur accorder leur demande. Elle se contenta d en écrire à la Mère Agnès; et sur sa réponse, elle les fit même partir quelques jours devant elle^. Ces j^auvres filles n'abordoieiit qu'en tremblant une maison qu'elles venoient, pour ainsi dire, affamer; mais elles y furent reçues avec une joie qui leur fit bien voir que la charité de la Mère s'étoit aussi communiquée à toute la communauté.

11 étoit resté à Maubuisson quelques esprits qui n'avoient pu entièrement s'assujettir à la réforme. Dail-

I. 1620. {JVote des éditions de 1742 <^( de lyGy.) — Les bulles en furent expédiées au mois de septembre 1620. Voye^ V Histoire générale de Port-Roïal, tome I, p. 106.

3. Le Chapelet du Saint-Sacrement {i vol. in-12, i633), dont il sera parlé plus loin ; l'Image d'une Religieuse parfaite et d'une imparfaite (i vol. in-12, Paris, S.ivreux, i6fi5).

3. Elles arrivèrent h Port-Royal le 3 mars 1623. La Mère Angélique ne s'y lendlt que le 11 ou le 12 du même mois, ^^o^ez V Histoire générale de Porl-Roial^ tome I, p. m et 112.

leui-s Mme de Soissons, qui avoit succédé à Mme d'Estrées, n'avoit pas pris un fort grand soin d'y entretenir la régularité que la Mère Angélique y avoit établie : si bien que cette sainte fille ne cessoit de demander à Dieu qu'il regardât cette maison avec des veux de miséricorde. Sa prière fut exaucée. Cette abbaye étant venue encore à vaquer au bout de quatre ans, par la mort de Mme de Soissons ^ , le roi Louis XIll fit demander à la Mère Angélique une de ses Religieuses pour l'en faire abbesse. Elle lui en proposa une qu'on appeloit sœur Marie des Anges^, à qui le Roi donna aussitôt son brevet. La plupart des personnes qui connoissoient cette fille lui trouvoient, à la vérité, une grande douceur et une profonde humilité ; mais elles doutoient qu'elle eût toute la fermeté nécessaire pour remplir une place de cette importance. Le succès fit voir combien la Mère Angélique avoii. de-xliscemementj car cette fille si liumblg„jËJL.si douce sut

1. Morte en octobre 1626. [Note des éditions de 1742 et de 1767.) — D'après l'Histoire générale de Port-Roïal, tome I, p. i33, Mme de Soissons mourut le 28 décembre 1626.

2. 1627. [Note des éditions de 1742 et de 1767.) — Ce fut en effet le 7 janvier 1627 que la Mère des Anges j.artit pour Maubuisson, accompagnée de la Mère Catherme-AguèsArnauld, alors coadjutrice de Port-Royal, et de huit autres Religieuses que la Mère Angélique avait amenées de ce monastère lorsqu'elle en sortit pour revenir à Port- Roval. Voyez V Histoire générale de Port-Boial , tome I, p. i34- Marie des Anges Suireau avait été trois ans maîtresse des novices de l'abaye du Lys. Mme de Longueville, première femme de Henri II duc de Longueville, ayant demandé à la Mère Angélique une de ses Religieuses pour être coadjutrice de sa sœur naturelle Mme de Soissons, la Mère Angélique lui donna Marie des Anges, qui venait de quitter l'abbaye du Lys pour rentrer à Port-Royal, vers la fin de 1626. Mme de Soissons mourut avant que la bulle de coadjutorerie fût arrivée. Mme de Longueville obtint alors de Louis XIII le brevet d'abbesse pour la Coadjutrice. Voyez ibidem, p. i3r et i33. Marie Suireau était destinée à devenir plus tard abbesse de Port-Royal. Elle fut élue le 26 novembre i654) et continuée par une seconde élection le i" décembre 1637. Elle mourut le 10 décembre i658.

réduire en très -peu de temps les esprits qui étoieut demeurés les plus rebelles > jrangea les- anciennes sous Jje ^^iiE^-j2.R§ -*lHsJlÊS4ÊlH3£â,,Ja£-S"étonna point des persécutions de certains moines, et rnême de.çertains visiteurs de r Ordre, accoutumés au faste et à la dépense, ,e t, qui ne pouvoient soufFrir le saint usage qu'elle faispitjdes roveinis de celte abbaye.

Ce tut de son temps que deux fameuses Religieuses de Montdidier furent introduites a Maubuisson par un de ces visiteurs, pour y enseigner, disoit-il , les secrets de la plus sublime oraison. La Mère des Anges et la Mère Angélique n'étoient point assez intérieures au gré de ces Pères, et ils leur reprochoient souvent de ne connoître d'autre perfection que celle qui s'acquiert par la mortification des sens et par la pratique des bonnes œuvres. La Mère des Anges, qui avoit appris à Port-Royal à se défier de toute nouveauté, fit observer de près ces deux filles ; et il se trouva que, sous un jargon de pur amour, d'anéantissement, et de parfaite nudité*, elles cachoient toutes les illusions et toutes les horreurs que l'Eglise a condamnées de nos jours dans Molinos^. Elles étoient en effet de la secte de ces illuminés de Roye, qu on nommoit les Guerinets^, dont le cardinal de Richelieu fit

1. Dans ce passage, que D. Clémencet a copié à peu près textirellement, ainsi que beaucoup d'autres, nous l'avons dit, de l'Histoire abrégée de Racine, il a substitué à ces mots : a et de parfaite nudité, » omis dans l'édition de 1767, ceux-ci : otet de parfait dépouillement.» Voyez VHistoire générale de Port-Roial, torae III, p. 38.

2. Michel Molinos, prêtre et docteur espagnol, qui s'était fixé en Italie, y publia en 1676 la Guide spirituelle. Le pape Innocent XI en condamna soixante-huit propositions par sa bulle du 20 novembre 1687. Molinos mourut en prison le 29 décembre 1696.

3. Le Dictionnaire de Théologie par l'abbé Bergier (Lille, 1844) parle ainsi des Illuminés et des Guérinets au mot Illuminés (tome II, p. 544) : « Illuminés., nom d'une secte d'hérétiques qui parurent en Espagne vers l'an i575.... Cette secte fut renouvelée en France en

4oo ABRÈGE DE L'HISTOIRE

faire uue si exacte perquisition. La Mère des Auges ayaut donné avis du péril où étoit son monastère, ces deux Religieuses furent renfermées très-étroitement par ordre de la cour; et le visiteur qui les protcgeoit eut bien de la peine lui-même à se tirer d'affaire. En un mot, la Mère des Anges, malgré toutes les traverses qu'on lui suscitoit, rétablit entièrement dans Maubuisson le véritable esprit de saint Bernard, qui s'y maintient encore aujourd'hui par les soins de Tdlustre princesse que la Providence en a faite * abbesse * ; et après avoir gouverné pendant vingtdeux ans ce célèbre monastère avec une sainteté dont la mémoire s'y conservera éternellement, elle en donna sa démission au Roi', et vint reprendre à Port-Royal son rang de simple Religieuse. Elle demandoit même à y recommencer son noviciat, de peur, disoit-elle, qu'ayant si longtemps commandé, elle n'eût appris à désobéir.

Cependant la communauté de Port- Royal s'étant

i634, et les Gucr'mets, disciples de Pierre Guérin, se joignirent à eux ; mais Louis XIII les fit poursuivre si vivement qu'ils furent détruits en peu de temps. Ils prétendaient que Dieu avait révélé à l'un d'entre eux, nommé frère Antoine Bocquet, une pratique de foi et de vie suréminente, inconnue jusqu'alors dans toute la chrétienté.... »

I. Il y a fuit, sans accord, dans les éditions de 1742 et de 1767.

a. Madame Louise-Marie-Hollandine, princesse palatine de Bavière, qui fut nommée abbesse de Maubuisson en 1664, et qui mourut en 1709. Voyez l'abrégé de sa vie à la fin àes T tes des sainis àe^\ .^lonAeX . [Aote des éditions de 1742 et de 1767.) — L'ouvrage cité dans ctttenotc a pour titre ; les fies des sai:its pour chaque jour de Cannée. ... à Paris, chez Guillaume Dcsprez.... et Jean Desessartz. M.DCC.XXH (i vol. in-folio). La vie de la Vénérable princesse électorale Loui-^e, palatine de Bavière, s'y trouve aux ])agcs 747-758. Louise-Marie-Hollandinc, née le 28 avril ifiaa, morte le 1 1 février 1709, était fille de l'électeur palatin Frédéric V et d'fjlisabelh Stuart, fille de Jacques \", roi d'Angleterre. Elle avait embrassé la religion catholique et fait son abjuration le 25 janvier ifi58. Elle fit profession à Maubuisson le 19 septembre 1660, et prit possession de l'abbaye le i4 novembre i6ri4.

3. La Mère des Anges donna sa démission le 3 mai 1648, et retourna à Port-Roval au mois d'octobre de celte même année.

DE PORT-ROYAL. 4oi

accrue jusqu'au nombre de quatre-vingts Religieuses, elles étoient fort serrées dans ce monastère, situé dans un lieu fort humide, et dont les bâtiments étoient extrêmement bas et enfoncés. Ainsi les maladies y devinrent fort fréquentes, et le couvent ne fut bientôt plus qu'une infirmerie. Mais la Providence n'abandonna point la Mère Angélique dans ce besoin; elle lui fit trouver des ressources dans sa propre famille. Mme Arnauld, sa mère, qui étoit fille du célèbre M. Marion, avocat général, étoit demeurée veuve depuis quelques années, et avoit conçu la résolution non-seulement de se retirer du monde, mais même, ce qui est assez particulier, de se faire Religieuse sous la conduite de sa fille. Comme elle sut l'extrémité où la communauté étoit réduite, elle acheta de son argent, au faubourg Saint-Jacques, une maison*, et la donna pour en faire comme un hospice. On ne vouloit y transporter d'abord qu'une partie des Rehgieuses ; mais le monastère des champs devenant plus malsain de jour en jour, on fut obligé de l'abandonner entièrement % et de transférer à Paris toute la communauté, après en avoir obtenu le consentement du Roi et de l'Archevêque. On se logea comme on put dans

1. Cette maison se trouvait dans un canton qu'on nommait Clagni, à l'extrémité du faubourg Saint- Jacques. Elle appartenait à un conseiller clerc. Mme Arnauld la paya vingt-quatre mille livres. Elle y lit exécuter des travaux qui durèrent jusqu'au 28 mai 1623, veille du Saint-Sacrement. Ce jour-là on transféra quinze Religieuses. La clôture fut établie le 16 juin. Voyez V Histoire générale de Port-Roial, tome 1, p. 128, et V Histoire de T abbaye de Port-Rojal, tome I, p. i33.

2. 1626. (Note des éditions de 1742 et de 1767.) Mais la translation ne fut achevée qu'en 1626. Les lettres patentes pour transférer toute la communauté à Paris furent données au mois de décembre 1625. La Mère Angélique se rendit à Port-Royal des Champs au mois de mai 1626 pour amener les Religieuses qui y étaient restées dans la nouvelle maison du faubourg Saint-Jacques. Voyez V Histoire générale de Port-Roial^ tome I, p. 129,

J. Raciae. IV a6

4o2 ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE

cette nouvelle maison. L'on fit un dortoir d'une galerie; on lambrissa les greniers pour y pratiquer des cellules, et la salle fut changée en une chapelle.

La réputation de la Mère Angélique, et les merveilles qu'on racontoit de la vie toute sainte de ses Religieuses, lui attirèrent bientôt Tamitié de beaucoup de personnes de piété. La reine Marie de Médicis les honora d'une bienveillance particulière ; et par des lettres patentes enregistrées au Parlement, prit le titre de fondatrice et de bienfaitrice de ce nouveau monastère. Elle ne fut pas vraisemblablement en état de leur donner des marques de sa libéralité , mais elle leur procura un bien qu'elles n'eussent jamais osé espérer sans une protection si puissante.

Plus la Mère Angélique avoit sujet de louer Dieu des bénédictions qu'il avoit répandues sur sa communauté, plus elle avoit lieu de craindre qu'après sa mort, et après celle de la Mère Agnès, sa coadjutrice, ou n'introduisît en leur place quelque abbesse qui, n'ayant point été élevée dans la maison, détruiroit peut-être en six mois tout le bon ordre qu'elle avoit tant travaillé à y établir. La reine Marie de Médicis entra avec bonté dans ses sentiments; elle parla au Roi son fils, dans le temps qu'il revenoit triomphant après la prise de la Rochelle*, et lui représentant tout ce qu'elle connoissoit de la sainteté de ces filles, elle toucha tellement sa piété, qu'il crut luimême rendre un giand service à Dieu", en consentant que cette abbaye fut élective et triennale. La chose fut

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