‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 182 sur 306 · Au mois de novembre · texte numérisé non relu

Au mois de novembre

2. D. Clémeiicet, en s'appropriant ce passage {Ustoire générale de Poit-Roial, tome I, p. 170", a changé le membre de phrase « qu'il crut lui-même rendre un grand service à Dieu » en celui-ci : c qu'il rrut lui-même servir Dieu. > Il ajoute au récit de Raciae que le Roi £it expédier ses lettres patentes au mois de janvier 1629.

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confirmée par le pape Urbain YIII. Aussitôt la Mère Angélique et la Mère Agnès se démirent, l'une de sa qualité d'abbesse, et l'autre de celle de coadjutrice; et la communauté élut pour trois ans une des Religieuses de la maison ^ .

La Mère Angélique venoit d'obtenir du même pape une autre grâce qui ne lui parut pas moins considérable. Elle avoit toujours eu au fond de son cœur un fort grand amour pour la hiérarchie ecclésiastique , et souhaitoit aussi ardemment d'être soumise à l'autorité épiscopale, que les autres abbesses désirent d'en être soustraites. Son souhait sur cela étoit d'autant plus raisonnable, que l'abbaye de Port-Royal, fondée par un évêque de Paris, avoit longtemps dépendu immédiatement de lui et de ses successeurs-, mais dans la suite un de ces évêques avoit consenti qu'elle reconnût la jurisdiction de l'abbé de Cîteaux. Elle avoit donc fait représenter ces raisons au Pape, qui, les ayant approuvées, remit en effet cette abbaye sous la jurisdiction de l'ordinaire^, et Taffranchit entièrement de la dépendance de Cîteaux, en y conservant néanmoins tous les privilèges attachés aux maisons de cet ordre. M. de Gondy en prit donc en main le gouvernement, en examina et approuva les constitutions, et en fit faire la visite par M.***% qui fut le premier supérieur qu'il donna à ce monastère.

1. i63o. {Note des éd'iùcns de 1742 et de 1767. ") — La Mère Angélique douiia sa démission en juillet i63o. Le aS de ce même mois la Mère Marie-Geneviève de Saint- Augustin le Tardif fut élue comme première abbesse triennale. Elle fut confirmée pour un second triennal le 10 septembre i633 ; elle mourut simple-Religieuse le 28 mars 1646. Voyez \e. Nécrologe de Port-Royal, p. 127.

2. 1627. {Note des éditions de 1742 et de 1767. j — Le bref est du mois de juin 1627, et les lettres patentes du mois de juillet suivant. {Note de F édition de 1807.)

3. Au lieu de par M.**', qui eit le texte des éditions de 1742 et

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Ce fut vers ce temps-là que Louise de Bourbon, première femme du duc de Longueville, princesse d'une éminente vertu, forma avec M. Zamet, évèque de LangresS le dessein d'instituer un ordre de Religieuses pariiculièrement consacrées à l'adoration du mystère de l'Eucharistie, et qui, par leur assistance continuelle devant le Saint-Sacrement, réparassent en quelque sorte les outrages que lui font tous les jours et les blasphèmes des protestants et les communions sacrilèges des mauvais catholiques. Ils communiquèrent tous deux leur pensée à la Mère Angélique, et la prièrent non-seulement de les aider à former cet institut, mais d'en vouloir même accepter la direction, et de donner quelques-unes de ses Religieuses pour en commencer avec elle rétablissement. Cette proposition fut d'autant plus de son goût, qu'il y avoit déjà plus de quinze ans ^ que cette même assistance continuelle devant le Saint-Sacrement avoit été établie à Port-Royal, d'abord pendant le jour seulement, et ensuite pendant la nuit même. Toutes les Religieuses de ce monastère, ayant appris un si louable dessein, furent touchées d'une sainte jalousie de ce qu'on fondoit pour

de 1767, on lit dans des éditions plus récentes : « par M. Maugier. » Sur Etienne Maugier, abbé delà Cliarnioie, qui mourut le 24 août i')37, voyez le Xccrologe de Port-Rojal^ p. 347- L'abbé Racine, en copiant ce passage, a remplacé rinitiale M.*** par le nom de M. le Clerc.

1. Sébastien Zamet, qui avait été aumônier de la reine Marie de Médicis, était fils du financier lucquois Zamet, qui, venu en France avec les Médicis, avait gagné par de honteuses coinplaisauces la faveur de Wenri IV. L'évéque de Langres mourut en i655.

2. D. Clémencet, qui a copié ce passage (^Histoire générale de Port- Roïal, tome I, p. 14^), substitue deujc ans à plus de quinze ans, et avertit le lecteur par cette note : a M. Racine dit quinze ans, mais il se trompe, a Besoigne, au tome I, p. 147, de V Histoire de Cahlaye de Port-Royal, est, à peu de chose près, d'accord avec D. Clémencet : « D('s if)24, dit-il, l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement étoit établie à Port-Royal. » Le projet du nouvel institut est de l'année 1627.

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cela nn nouvel ordre, au Heu de rétablir dans Port-Royal même Elles demandèrent avec instance que, sans chercher d'autre maison que la leur, on leur permit d'ajouter les pratiques de cet institut aux autres pratiques ce leur rè/e et de joindre en elles le nom glorieux des filles du SaW-Sacrement à celui de filles de Saint-Bernard. La princesse étoit d'avis de leur accorder leur demande; mais l'Évêque persista à vouloir un ordre et un habit par-

ticulier. ^ , . .

Ce prélat étoit un homme plein de bonnes intentions, et fort zélé, mais d'un esprit fort variable et fort borné ' . 11 avoit plusieurs fois changé le dessein de son mstitut. Il vouloit d'abord en faire un ordre de Rehgieux plus retirés et encore plus austères que les chartreux-, puis il iu^ea plus à propos que ce fût un ordre de filles. Sa première vue pour ces filles étoit qu'eUes fussent extrêmement pauvres, et que, pour mieux honorer le profond abaissement de Jésus-Christ dans lEucharistie, elles portassent sur leur habit toutes les marques d'une extrême pauvreté. Ensuite il imagina qu'il falloit attirer la vénération du peuple par un habit qui eût quelque chose d'auguste et de magnifique; mais la Mère Angélique désira que tout se ressentît de la simplicité religieuse. Tl avoit fait divers autres règlements, dont la plupart eurent besoin d'être rectifiés. La Mère Angéhque, voyant ces incertitudes, eut un secret pressentiment que cet ordre ne seroit pas de longue durée. Mais la bulle étant arrivée, où elle étoit nommée supérieure, et où il etoit ordonné que ce seroit des Rehgieuses tirées de Port-Royal qui en commenceroient l'établissement, elle se mit en

I Ce iugement sur l'évéque de Langres a été copié à peu près texellemenl par D. Clémencet (tome ï, p. t44) « t par Beso.gne tome I,

tuellemenl par P- 149)

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devoir crobéir. La bulle nommoit aussi trois supérieurs, savoir : M. deGondy, archevêque de Paris; M. de Bellegarde,- archevêque de Sens; et lévèque de Langres. Mais ce dernier, comme fondateur, et d'ailleurs étant grand directeur de Religieuses, eut la principale conduite de ce monastère. La Mère Angélique entra donc avec trois de ses Religieuses et quatre postulantes, dans la maison destinée pour cet institut*. Cette maison étoit dans la rue Coquillière, qui est delà paroisse de Saint-Eustache ; et le Saint- Sacrement y fut mis avec beaucoup de solennité. Bientôt après on v reçut des novices; et ce fut l'archevêque de Paris qui leur donna le voile.

La nouveauté de cet institut donna beaucoup occasion au monde de parler; et, dans ces commencements, la Mère Angélique eut à essuyer bien des peines et des contradictions. Son principal chagrin étoit de voir l'évêque de Langres presque toujours en différend avec l'archevêque de Sens, qui ne pouvoit compatir avec lui. Leur

I. « Cette année (i63o) on obtint, après trois ans de sollicitations, les lettres patentes pour l'institut du Saint-Sacrement M. de

Gondi, archevêque de Paris,... refusa pendant trois ans son agrément. Enfin.... il consentit à l'achat d'une maison.... Cette maison étoit située dans la rue Coquillière, quartier du Louvre, au plus grand bruit de Paris, environnée de rues et de grandes maisons, sans aucun

moyen de s'étendre Maisonvouloit le voisinage de la cour pour y

attirer des filles de condition. » (Histoire générale de Port-Roial, torael, p. 175 et 176.) Ce fut en i633 que la Mère Angélique entra dans cette maison : « La Mère Angélique étoit entrée la veille, 8 du mois ''/nai i633), dans le monastère duSaint-Sacrement avec trois Religieuses de Port-Roïal: la sœur Marguerite de la Sainte-Trinité de Mauroy, sœur Agnès de la Mère de Dieu de Cliouy, sœur Anne de Saint-Paul Arnauld ; et quatre postulantes: sœur Catherine de Sainte-Agnès Arnauld, jMafleleine de Sainte-Agues de Ligny, Anne de la Nativité Saisé, Anne de Jésus de Foissy, dite de Chamesson. et une sœur converse du Tard. » (Ibidem, p. 179.) Voyez aussi au tome 111 des Mémoires pour servir à PHistoire du Port-Roral , VEtahlissement du nouvel institut du Saint-Sacrement, écrit par la Mire Magdelaine de Ligny.

désunion éclata surtout à l'occasion du Chapelet secret du Saint-Sacrement. Gomme cette affaire fit alors un fort grand bruit, et que les ennemis de Port-Royal s'en sont voulu prévaloir dans la suite contre ce monastère, il est bon d'expliquer en peu de mots ce que c'étoit que cette querelle.

Ce Chapelet secret étoit un petit écrit de trois ou quatre pagres, contenant des pensées affectueuses sur le mystère de l'Eucharistie^, ou, pour mieux dire, c'étoient comme des élans d'une âme toute pénétrée de l'amour de Dieu dans la contemplation de sa charité infinie pour les hommes dans ce mystère. La Mère Agnès, de qui étoient ces pensées, n'avoit guère songé à les rendre pubhques ; elle en avoit simplement rendu compte au P. de Condren, son confesseur, depuis Général de l'Oratoire*, qui, pour sa propre édification, lui avoit ordonné de les mettre par écrit. Il en tomba une copie entre les mains d'une sainte carmélite, nommée la Mère Marie de Jésus. Cette Mère étant morte un mois après, on fit courir sous son nom cet écrit, qui avoit été trouvé sur elle; mais on sut bientôt qu'il étoit de la Mère Agnès ^. L'évêque de Langres le trouva merveilleux, et en parla avec de grands ser.timents d'admiration. L'archevêque de Sens, qui en

I. « Ce Chapelet secret était une méditation en seize points, que la Mère Agnès avait imaginés en l'honneur des seize siècles écoulés depuis l'institution du Saint-Sacrement. Chaque point formait un attribut mystique : Sainteté, Vérité, Suffisance^ Satiété, Règne, Possession, Illimitation, etc.; à chaque article, elle cherchait à approfondir l'une des vertus de Jésus-Christ dans le Sacrement. » (Port- Rojal, par M. Sainte-Beuve, tome I, p. SSj.)

1. Charles de Condren, né en i588,mort le 7 janvier 1641- Après la mort du cardinal de Bérulle en 1629, il fut élu Général de l'Oratoire. — Son nom est écrit de Gondren dans les éditions de 174^ et de 1767, ainsi que dans les éditions plus récentes.

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