I. Jean le Nain, père du savant le Nain de Tillemont
4a6 ABRÈGE DE L'HISTOIRE
conseiller au Parlement, aussi charmés tous deux du courage et du désintéressement de ces filles, que peu édifiés du procédé vindicatif et intéressé de la fausse bienfaitrice.
Un des plus grands soins de la Mère Angélique, dans les urgentes nécessités où la maison se trouvoit quelquefois, c'étoit de dérober la connoissance de ces nécessités à certaines personnes qui n'auroient pas mieux demandé que de l'assister. « Mes filles, disoit-elle souvent à ses Religieuses, nous avons fait vœu de pauvreté • est-ce être pauvres que d'avoir des amis toujours prêts à vous faire part de leurs richesses? »
Il uest pas croyable combien de pauvres familles, et* à Paris et à la campagne, subsistoient des charités que 1 une et l'autre maison leur fiiisoient. Celle des cliamps a eu longtemps un médecin et un chirurgien, qui n'avoient presque d'autre occupation que de traiter les pauvres malades des erwons, et d'aller dans tous les villages leur porter les remèdes et les autres soulagements nécessaires. Et depuis que ce monastère s'est vu hors d'état d'entretenir ni médecin ni chirurgien, les Religieuses ne laissent pas de fournir les mêmes remèdes. 11 y a au dedans du couvent une espèce d'infirmerie où les pau%Tes femmes du voisinage sont saignées et traitées par des sœurs dressées à cet emploi, et qui s'en acquittent avec une adresse et une clianté incroyables. Au lieu de tous ces ouvrages frivoles, où l'industrie de la plupart des autres Religieuses s'occupe pour amuser la curiosité des personnes du siècle, on seroit surpris de voir avec quelle industrie les Religieuses de Port-Royal savent rassembler jusqu'aux plus petites rognures d'étofTes pour en revêtir des enfants et des femmes qui n'ont pas de quoi se couvrir, et en combien de manières leur charité les rend ingénieuses pour assister les
r. Ce premier et manque dnns l'édition de 17^7-
pauvres, toutes pauATes qu'elles sont elles-mêmes. Dieu, qui les voit agir dans le secret, sait combien de fois elles ont donné, pour ainsi dire, de leur propre substance*, et se sont ôté le pain des mains pour en fournir à ceux qui en manquoient; et il sait aussi les ressources inespérées qu'elles ont plus d'une fois trouvées dans sa miséricorde, et quelles ont eu grand som de tenir secrètes.
Une des choses qui rendoit cette maison plus recommandable, et qui peut-être aussi lui a attné^ plus de jalousie, c'est Icxcelleute éducation qu'on y donnoit à la jeunesse. Il n'y eut jamais d'asile où l'innocence et la pureté fussent plus à couvert de l'air contagieux du siècle, ni décole où les vérités du christianisme fussent plus solidement enseignées. Les leçons de piété qu'on y donnoit aux jeunes fdles faisoient d'autant plus d'impression sur leur esprit, qu'elles les voyoient appuyées, non-seulement de l'exemple de leurs maîtresses, mais encore de l'exemple de toute une grande communauté, uniquement occupée à louer et à servir Dieu. Mais on ne se contentoit pas de les élever à la piété, on prenoit aussi un très-grand soin de leur former l'esprit et la raison; et on travailloit à les rendre également capables d'être un jour ou de parfaites Religieuses, ou d'excellentes mères de familles ^ . On pourroit citer un grand nombre de filles élevées dans ce monastère, qui ont depuis édifié le monde par leur sagesse et par leur veilu. On sait avec quels sentiments d'admiration et de reconnoissance elles ont toujours parlé de l'éducation qu'elles
1. On a, dans les éciitions modernes, depuis celle de Luneau de Boisjermain (1768^ imprimé subsistance; mais substance est la leçon des éditions de 1742 et de 1767.
2. Luneau de Boisjermain et les éditeurs suivants, sauf ceux de 1807, ont mis les deux verhesau pluriel : rendaient, et nnt nttir,-. » Nous suivons le texte de 17.42 et de 17^7.