De famille, » dans l'édition de
y avoient reçue; et il y en a encore qui conservent, au milieu du monde et de la cour, pour les restes de cette maison affligée, le même amour que les anciens Juifs conscrvoient, dans leur captivité, pour les ruines de Jérusalem. Cependant, quelque sainte que fût cette maison, une prospérité plus longue y auroit peut-être à la fin introduit le relâchement ; et Dieu , qui vouloit nonseulement l'afFermir dans le bien, mais la porter encore à un plus haut degré de sainteté, a pciniis qu'elle fût exercée par les plus grandes tiibulalions qui aient jamais exercé aucune maison religieuse. En voici Forigine.
Tout le monde sait cette espèce de guerre qu'il y a toujours eu entre l'Université de Paris et les jésuites. Dès la naissance de leur Compagnie, la Sorbonnc condamna leur institut par une censure, où elle déclaroit, entre autres choses, que cette Société étoit bien plus née pour la destruction que pour l'édification. L'Université s'opposa de tout son pouvoir à son établissement en France; et n'ayant pu l'empêcher, elle tint toujours ferme à ne pas souffrir qu'ils fussent admis dans son corps. Il y eut même diverses occasions, dont on ne veut point rappeler ici la mémoire, où elle demanda avec instance au Parlement qu'ils fussent chassés du royaume; et ce fut dans une de ces occasions qu'elle prit pour son avocat Antoine Arnauld', père de la Mère AngéHque,
I. « Le 12 juillet i594, ce célèbre avocat fît contre la Société un plaidové plein de force, qui a été imprimé plusieurs fois. » (Ao/e des éditions de 174?. et de 1767.) — Ce plaidoyer a pour titre : Plaidoyé de M. Antoine Arnauld, ad^ocat en Parlement, et cr-devant conseiller et procureur gênerai de la défunte Borne mère des Boys , pour rUniversité de Paris, demanderesse, contre les Jésuites, défendeurs. Des 12 et i3 Juillet 1594. Paris, par .M. Pâtisson, Hl.DC.XCIV (in- S"). 11 a été aussi imprimé la même année à Lyon, par T. Ancelin, dans le format in-12. — 0 La dernière édition, disent les éditeurs de 1807, eat de 1717. »
l'un des plus éloquents hommes de son siècle. Il étoit d'une famille d'Auvergne, très-distinguée par le zèle ardent qu'elle avoit toujours montré pour la royauté pendant toutes les fmeurs de la Ligue. Antoine Arnauld passoit aussi pour un des plus zélés royalistes qu'il y eût dans le Parlement; et ce fut principalement pour cette raison que l'Université remit sa cause entre ses mains. Il plaida cette cause avec une véhémence et un éclat que les jésuites ne lui ont jamais pardonné. Quoiqu'il eût toujours été très-bon catholique, né de parents très-catholiques, leurs écrivains n'ont pas laissé de le traiter de huguenot, descendu de huguenots.
Mais cette querelle ne fut que le prélude des grands démêlés que le célèbre Antoine Arnauld, son fils, docteur de Sorbonne ^ , a eus ^ depuis avec cette puissante Compagnie. N'étant encore que bachelier, il témoignoit un fort grand zèle contre les nouveautés que leurs auteurs avoient introduites dans la doctrine de la grâce et dans la morale. Mais la querelle ne commença proprement qu'au sujet du livre de la Fréquente communion, que ce docteur avoit composé*.
Le but de ce livre étoit d'établir par la tradition et par l'autorité des Pères et des conciles les dispositions que l'on doit apporter en approchant du sacrement de l'Eucharistie, et de combattre les absolutions précipitées, qu'on ne donne que trop souvent à des pécheurs en-
I. Il prit le bonnet de docteur le 19 décembre i64i' 1. Il y a eu, sans accord, dans les deux éditions (1742 et 1767). 3. De la Fréquente communion, ou les sentiments des Percs, des Papes e/ des Conciles, touchant V usage des sacrements de Pénitence et d^ Eucharistie, sont fidèlement exposés. Paris, Antoine Vitré, i643 (in-4°)- «Cet ouvrage parut au mois d'août 1643.... Il paroît, par une lettre de M. de Saint-C\ranj que l'ouvrage de la Fréquente communion étoit déjà fait au mois de septembre 1641. » (Histoire générale de Port- Roialf tome II, p. 38l.)
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vieillis* dans le crime, sans les obliger à quitter leurs mauvaises habitudes, et sans les éprouver par une sérieuse pénitence. M. Arnauld n'étoit point l'agresseur dans cette dispute, et il ne faisoit que répondre à un écrit qu'on avoit fait pour décrier la conduite de quelques ecclésiastiques de ses amis, attachés aux véritables maximes de l'Eglise sur la pénitence;
Quoique les jésuites ne fussent point nommés dans ce livre, non pas même le jésuite" dont l'écrit y étoit réfuté, on n'ose presque dire avec quel emportement ils s'élevèrent et contre l'ouvrage et contre l'auteur. Ils n'eurent aucun égard au jugement de seize tant archevêques qu'évéques, et de vingt-quatre des plus célèbres docteurs de la Faculté, dont les approbations étoient imprimées à la tête du livre : ils engagèrent leurs plus fameux écrivains à prendre la plume pour le réfuter, et ordonnèrent à leurs prédicateurs de le décrier dans tous leurs ser-
1. D. Clémencet, qui a copié tout ce passage ou Racine parle du Vivre de la Fréquente communion, a remplacé emieillis dans le crime par qui ont vieilli dans le crime.
2. Ce jésuite était le P. deSesmaisons. ce Mme la princesse de Guémené.... fut une fois sollicitée d'aller au bal le propre jour qu'elle avoit communié. En témoignant l'éloignement où elle étoit d'une telle conduite, elle fit connoître que cet éloigiiemeat avoit sa source dans les principes que M. de Saint-Gyran lui avoit inspirés. L'amie refusée [Mme de Sablé) rapporta cette conversation au P. Sesmaisons, qui en parla aux PP. Bauni et Rabardeau ses confrères, et ces trois jésuites de concert dressèrent un f)etit écrit pour rendre suspecte à Mme la jirincesse deGuémené la conduite de l'abbé de Saint-Cyran. On soutenoit dans cet écrit que plus on est d^nué de ^rdce, plus on doit hardiment approcher de Jcsus-Christ dans ^Eucharistie, et aue ceux (jui sont remplis de V amour d' eux-mêmes et si attachés au monde que de merveille font très-bien de communier très-souvent . M. l'abbé de Saint- Cyran engagea M. Arnauld à faire paroître en ifijS le livre de
la Fréquente communion, qui répond à cet écrit, r '^Catéchisme iiistorique et dogmatique sur les contestations qui divisent maintenant l'Eglise, tome II, p. 56 et 5y.)
DE PORT-ROYAL. 43i
mons. Les uns et les autres parloient du livre comme d'un ouvrage abominable, qui tendoit à renverser la Pénitence et lEucharistie ; et de l'auteur, comme d'un monstre qu'on ne pouvoit trop tôt étouffer, et dont ils demandoient le sang aux grands de la terre. Il y fut un de ces prédicateurs qui, en pleine chaire, osa même prendre à partie les prélats approbateurs. Il s'emporta contre eux à de tels excès, qu'd fut condamné par une assemblée d'évêques à leur en faire satisfaction à genoux; et il fallut qu'il subît cette pénitence * .
Les jésuites n'eurent pas sujet d'être plus contents de la démarche où ils avoient engagé la Reine mère, en obtenant de cette princesse un commandement à M. Arnauld d'aller à Rome pour y rendre compte de sa doctrine " . Un pareil ordre souleva contre eux tous les corps, pour ainsi dire, du royaume. Le Clergé, le Parlement, l'Université, la Faculté de théologie, et la Sorbonne en particulier, allèrent les uns après les autres trouver la Reine, pour lui faire là-dessus leurs très-humbles remontrances, et pour la supplier de révoquer ce commandement, non moins préjudiciable aux intérêts du Roi, qu'injurieux à la Sorbonne et à toute la nation.
Mais ce fut surtout à Rome où ces Pères se signalè-