Le P. Nouet , préchant dans leur église de Saint-Louis
(TégUse des Jésuites, rue Saint-Antoine), déclama d'une manière surjjrenante contre ce livre {la Fréquente communion),... Ayant traité indignement les prélats approbateurs du livre, il fut obligé d'en demander pardon à genoux, accompagné de quatre de ses confrères, en présence de Messeigneurs les prélats qui tenoient pour lors leur assemblée à Paris. » {Histoire générale de Port-Roial, tome II, p. 383, 385 et 386.) Le sermon avait été prêché le dernier dimanche d'août 1643. Le P. Nouet fit amende honorable le 28 novembre.
2. Cet ordre fut donné au carême de l'an i644- Racine omet de dire qu'Arnauld, suivant l'exemple donné par le neveu de Saint- Cyran, M. de Barcos, qui était aussi envoyé à Rome, n'obéit pas au commandement de la Reine, et se tint caché.
A3a ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE
rent contre le livre de la Fréquente communion , et remuèrent toute sorte de machines pour Ty faire condamner. Ils y firent grand bruit d'un endroit de la préface^ qui n'avoit aucun rapport avec le reste du livre, et où, eu parlant de saint Pierre et de saint Paul, il est dit que ce sont deux chefs de FEglise qui n'en font quun. Ils songèrent à profiter de l'alarme où l'on étoit encore en ce pays-là des prétendus desseins du cardinal de Richelieu, qu'on avoit accusé de vouloir établir un patriarche en France. Ils faisoient donc entendre que par cette proposition M. Arnauld vouloit attaquer la primauté du Saint-Siège, et admettre dans l'Église deux papes avec une autorité égale. Mais malgré tous leurs efforts, la proposition ne fut point censurée en ellemême, ni telle qu'elle est dans la préface de M. Arnauld. L'Inquisition censura seulement la proposition générale qui ègaleroit de telle sorte ces deux apôtres, qu'il n'y eût aucune subordination de saint Paul à l'égard de saint Pierre dans le gouvernement de l'Egflise uni^erselle ^. Pour ce qui est du livre, d sortit de l'examen sans la moindre flétrissure; et tout le crédit des jésuites ne put même le faire mettre à l'index. Un grand nombre d'évêques en France confirma par des approbations publiques le jugement qu'en a voient porté leurs confrères. Il fut reçu avec les mêmes èlogres dans les rovaumes les plus éloignés. On voit aussi, par des lettres du pape Alexandre VII, combien il en approuvoit la doc-
1. Cet endroit de la préface y avait été Introduit parM. de Barcos.
2. Voici les termes du décret, qui est du aS janvier 1647 ■ " Pro- " positioneni liane... ita explicatani ut ponat omnimodani aequalita- (( tcni inter S. Petrum et S. Paulum sine subordinatione et subjectione a S. Pauli ad S. Petrum in potestatc suprema et regimiue universalis « Eeclesiae liaeretiram censuit et declaravit. i Voyez l'avertissenient qui est à la têle de la Relation de M. Bourgeois, p. viii, ix et suivantes. (^Note des éditions de 1742 et de iy6y.)
trine^; et on peut dire, eu un mot, qu'elle tut dès lors regardée, et qu'elle Test encore aujourd'hui, comme la doctrine de l'Eglise même.
Les Religieuses de Port-Royal n'avoient eu aucune part à toutes ces contestations. Quand même le livre de la Fréquente communion auroit été aussi plein de blasphèmes contre l'Eucharistie que les jésuites le publioient, elles n'en étoient pas moins prosternées jour et nuit devant le Saint-Sacrement. Mais M. Arnauld étoit frère de la Mère Angélique ; il avoit sa mère, six de ses sœurs, et six de ses nièces. Religieuses àPort-RovaP ", lui-même, lorsqu'il fut fait prêtre, avoit donné tout son bien à ce monastère, ayant jugé qu'il de voit entrer
I. a Le pape Alexandre VII l'approuva positivement, avant que d'être élu pape, dans deux lettres écrites à M. d'Acquin. b {Histoire générale de Port-RoiaL tome II, p. 4^90
3. Besoigne dit également {Histoire de l'abbaye de Port-Royal, tome I, p. 271), dans un passage à peu près semblable à celui-ci : « Mme Arnauld la mère, Religieuse à Port-Royal ; douze tant sœurs que nièces de M. Arnauld, aussi Religieuses à Port-Royal. » Mais D. Clémencet (tome II, p. 894) n'est pas d'accord avec Racine ni avec Besoigne sur le nombre des Religieuses, sœurs ou nièces d'Arnauld. a Madame sa mère, dit-il, étoit morte religieuse dans ce monastère, où il avoit encore cinq sœurs Religieuses, et autant de nièces, s Arnauld eut réellement six sœurs à Port-Royal : Catherine Arnauld (Mme le Maître), qui fit profession le aS janvier i644> ^^ Mère Angélique Arnauld; la Mère Agnès Arnauld ; Anne-Eugénie de l'Incarnation Arnauld, qui se fit Religieuse en 1618 ; Marie-Claire Arnauld, Religieuse en 16 16 ; Madeleine-Sain te-CLristine Arnauld, Religieuse en 1625. Mais sans doute D. Clémencet parle des cinq sœurs seulement qu'Arnauld avait encore à Port-Royal dans le temps des contestations sur le livre de la Fréquente communion, parce que Marie-Claire Arnauld était morte avant cette date, le i5 juin 1642. Quant aux nièces d'Arnauld, nous n'en trouvons que cinq Religieuses à Port-Royal; elles étaient filles d'Arnauld d'Andilly. C'étaient : Catherine de Sainte- Agnès , Angélique de Saint-Jean , Marie-Charlotte de Sainte-Claire , Marie- Angélique de Sainte-Thérèse , et Anne-Marie. Une sixième fille d'Arnauld d'Andilly, Elisabeth, mourut pensionnaire à Port- Royal de Paris, âgée de treize ans.
J. Racike. IV a8
pauvre dans l'état ecclésiastique ; il avoit aussi choisi sa retraite dans la solitude de Port-Royal des Champs, avec M. d'Andilly, son frère aîné, et avec ses deux neveux, M. le Maître et M. de Saci, C'est de là que sortoient tous ces excellents ouvrages, si édifiants pour l'Eglise, et qui faisoieut tant de peine aux jésuites. C'en fut assez pour rendre cette maison horrible à leurs yeux. Ils s'accoutumèrent à confondre dans leur idée les noms d'Arnauld et de Port-Royal, et conçurent pour toutes les Religieuses de ce monastère la même haine qu'ils avoient pour la personne de ce docteur.
Ceux qui ne savent pas toute la suite de cette querelle, sont peut-être en peine de ce qu on pouvoit objecter à ces filles dans ces commencements : car il ne s'agissoit point alors de formulaire ni de signature ; et la fameuse distinction du fait et du droit n'avoit point encore donné de prétexte aux jésuites pour les traiter de rebelles à 1 Eglise. Cela n'embarrassa point le P. Brisacier, l'un de leurs plus emportés écrivains. C'est lui qu'ils avoient choisi pour aller solHciter à Rome la censure du livre de la Fréquente communion. Le mauvais succès de son voyage excitant vraisemblablement sa mauvaise humeur, il en vint jusqu'à cet excès d'impudence et de folie, que d'accuser ces Religieuses dans un livre public de ne point croire au Saint-Sacrement; de ne jamais communier, non pas même à l'article de la mort; de n'avoir ni eau bénite ni images dans leur église ; de ne prier ni la Vierge ni les Saints ; de ne point dire leur chapelet ; les appelant asacrementaires^ ., des vierges folles, et passant
I. Dans l'édition de Geoffroy (1808 , et dans celle de M. Aimé.« Martin, on ai'ixa'ÇTÏia.é sacramentaires, au Wenà^asacrementaires, qui est la leçon des éditions de 1742 et de 1767; c'est d'ailleurs la seule bonne, D, Clémencet (tome III, p, 176 et 177) parle ainsi du P. Brisacier : « Il publia vers la fin de i65i un livre intitulé : le Jansénisme
même jusqu'à cet excès de vouloir insinuer des choses très-injurieuses à la pureté de ces filles.
Il ne falloit, pour connoîlre d'abord la fausseté de toutes ces exécrables calomnies, qu'entrer seulement dans l'église de Port-Royal. Elle portoit, comme j'ai dit, par excellence le nom déglise du Saint-Sacrement. Le monastère, les Religieuses, tout étoit consacré à l'adoration perpétuelle du sacré mystère de l'Eucharistie. On n'y pouvoit entendre de messe conventuelle qu'oii n'y vît communier un fort grand nombre de Religieuses. On y trouvoit de l'eau bénite à toutes les portes. Elles ne peuvent chanter leur office sans invoquer la Vierge et les Saints. Elles font tous les samedis une procession en l'honneur de la Vierge, et ont pour elle une dévotion toute particulière, dignes filles en cela de leur père saint Bernard. Elles portent toutes un chapelet, et le récitent très-souvent; et ce qui surprendra les ennemis de ces Religieuses, c'est que M. Arnauld lui-même, qu'ils accusoient de leur en avoir inspiré le mépris, a toujours eu
confondu^ qui fut affiché dans Paris, se vendant, selon le titre, dans le cloître des Jésuites.,.. Il portoit dans ce libelle diffamatoire la calomnie et la folie jusqu'à traiter les Religieuses de Port- Royal de vierges folles, d'impénitentes, à'asacramentaires {sic}, sans religion et sans mœurs; et il osoit assurer qu'une des règles de leurs constitutions portoit qu'il étoit bon de mourir sans sacrements, pour imiter le désespoir de Jésus- Christ. » La Mère Angélique, dans la lettre qu'elle écrivit à la Reine mère le 2 5 mai 1661, rapporte ainsi les paroles du P. Brisacier : « Suivant les règles prescrites aux fdles du Saint- Sacrement, qu'elles seront tenues d'observer, l'on fera une nouvelle religion, où l'on appellera les filles impénitentes, les désespérées, les asacramentaires, les incommuniantes, les phantastiques, les vierges folles, et tout ce qu'il vous plaira, dont l'original en sera au Port-Royal. » Voyez VHistoire générale de Port-Roial, tome IV, p. 76. Pascal aussi a cité ce passage dans la Onzième Provinciale. Le libelle publié en i65r par le P. Brisacier a pour titre ; le Jansénisme confondu dans Vavocat du S^. Callaghan, par le P. Brisacier y de la Compagnie de Jésus. Avec la défense de son sermon fait à Blois le 39 mars i65i.
un chapelet sur lui, el qu'il n'a guère passé de jours eu sa vie sans le réciter.
Le livre du P. Brisacier excita une grande indignation dans le public. M. de Gondy, archevêque de Paris, lança aussitôt contre ce livre une censure foudroyante ' , qu il fit publier au prône dans toutes les paroisses. Il y prenoit hautement la défense des Religieuses de Port- Royal, et rendoit un témoignage authentique et de Tintégi'ité de leur foi et de la pureté de leurs mœurs. Tous les gens de bien s'attendoient que le P. Brisacier seroit désavoué par sa Compagnie, et que, pour ne pas adopter par son silence de si horribles calomnies, elle lui en feroit faire une rétractation publique, puis Tenvoyeroit " dans quelque maison éloignée pour y faire pénitence. Mais bien loin de prendre ce parti, le P. Paulin, alors confesseur du Roi, à qui on parla de ce livre, dit qu'il l'avoit lu, et qu'il le trouvoit un livre très-modéré. On voit dans le catalogue qu'ils ont fait imprimer des ouvrages de leurs écrivains, ce même livre du P. Brisacier cité avec éloge. Pour lui, il fut fait alors recteur de leur collège de Rouen, et, à quelque temps de là, supérieur de leur maison professe de Paris. Ainsi, sans avoir fait aucune réparation de tant d nnpostures si atroces, il continua le reste de sa vie à dire ponctuellement la messe tous les jours, confessant et donnant des absolutions, et ayant sous sa direction les directeurs mêmes delà plus grande partie des consciences de Paris et de la cour. On n'ose pousser plus loin ces réflexions, et on laisse aux Révérends Pères jésuites à les faire sérieusement devant Dieu.
Le mauvais succès de ces calomnies n'empêcha pas
I. Cette censure est datée du 29 décembre i65i. Elle se trouve à la liu des Mémoires de M. du Fosié, p. 5 18. [Note des éditions de ly 42 et de 1767.) D. Clémencet (tome III, p. 180-184) la rapporte également.
■1. £//(o/ero/ftlans l'édition de 1743; cnvo'uroit dans celle de I7fi7.
d'autres jésuites de les répéter en mille rencontres. Il y en eut un, appelé le P. Meynier, qui publia un livre avec ce titre : Le P. R. cl' intelligence avec Genève contre le Saint-Sacrement de rautel, par le R. P. Meynier, fie la Compagnie de Jésus ^. Le livre ctoit aussi impudent que le titre, et enchérissoit encore sur les excès du P. Brisacier : on y renouveloit l'extravag^ante histoire du prétendu complot formé, en 1621, par M. Arnauld, par Tabbé de Saint-Cyran, et par trois autres, pour anéantir la religion de Jésus-Christ et pour établir le déisme, quoique M. Arnauld eût déjà invmciblement prouvé qu'il n'avoit que neuf ans Tannée où Ton disoit qu'il avoit formé cette horrible conjuration. Le P. Meynier faisoit même entrer dans ce complot la Mère Agnès et les autres Religieuses de Port-Royal,
Quelque absurdes que fussent ces calomnies, à force néanmoins de les répéter, et toujours avec la même assurance, les jésuites les persuadoient à beaucoup de petits esprits, et surtout à leurs pénitents et à leurs pénitentes, la plupart personnes foibles, et qui ne pouvoient s'imaginer que leurs directeurs fussent capables d'avancer sans fondement de si effroyables impostures. Ils les firent croire principalement dans les couvents qui étoient sous leur conduite : jusque-là qu'il s'en trouve encore aujourd'hui dans Paris, où les Religieuses, quoique d'une dévotion d'ailleurs très-édi fiante, soutiennent aux personnes qui les vont voir qu'on ne communie point à Port-Royal, et qu'on n'y invoque ni la Vierge ni les
I. Voyez la Seizième Provinciale^ où Pascal parle aussi avec indignation de ce livre, qui a plus exactement pour titre : Le Port-fiojal et Genève d'intelligence contre te trcs-saint Sacrement de l'autel dans leurs livres, et particulièrement dans les équivoques de f article X y de ta seconde lettre de M. Arnauld.... Par le R. P. Bernard Meynier (Poitiers et Paris, .T. Henault, i656, in-4''\
Saints. Non-seulement on trouve des maisons de Religieuses, mais des communautés entières d'ecclésiastiques, qui, pleines de cette erreur, seffarouclient encore au nom de Port-Royal, et qui regardent cette maison comme un séminaire de toute sorte d'hérésies.
On aura peut-être de la peine à comprendre comment une Société aussi sainte dans son institution^ et aussi pleine de gens de piété que l'est celle des jésuites, a pu avancer et soutenir de si étranges calomnies. Est-ce, dira-t-on, que l'esprit de religion s'est tout à coup éteint en eux? Non, sans doute; et c'est même par principe de religion que la plupart les ont avancées. Voici comment : la plus grande partie d'entre eux est convaincue que leur Société ne peut être attaquée que par des hérétiques. Ils n'ont lu que les écrits de leurs Pères ; ceux de leurs adversaires sont chez eux des livres défendus. Ainsi, pour savoir si un fait est vrai, le jésuite s'en rapporte au jésuite. De là vient que leurs écrivains ne font presque autre chose dans ces occasions que se copier les uns les autres, et qu'on leur voit avancer comme certains et incontestahles des faits dont il y a trente ans qu'on a démontré la fausseté. Combien y en a-t-il qui sont entrés tout jeunes dans la Compagnie, et qui sont passés d'abord du collège au noviciat ! Ils ont ouï dire à leurs régents que le Port-Royal est un lieu abominable; ils le disent ensuite à leurs écoHers. D'ailleurs c'est le vice de la plupart des gens de communauté de croire qu'ils ne peuvent
I. D. Clémencet, qui cite (tome III, p. igS) cepnssage de Racine, dit ici en note : o La Faculté de théologie de Paris ne crovoit pas que la Société fût aussi sainte dans son institution, lorsqu'elle dit qu'elle étoit plus propre à détruire qu'à édifier, magis ad deslructionem quant ad sdificationem. » "N'oyez ci-dessus, p. 428. — L'abbé Racine (tome X, p. 5o5) a remplacé les expressions que D. Clémencet jugeait trop indulgentes par celles-ci : oc une Société de prêtres et de Religieux. »
faire de mal en défendant Thonneur de leur corps. Cet honneur est une espèce d'idole, à qui ils se croient permis de sacrifier tout, justice, raison, vérité. On peut dire constamment des jésuites que ce défaut est plus commun parmi eux que dans aucun corps : jusque-là que quelquesuns de leurs casuistes ont avancé cette maxime horrible, qu'un Religieux peut en conscience calomnier et tuer même les personnes qu'il croit faire tort à sa Compagnie '.
Ajoutez qu'à toutes ces querelles de religion il se joignoit encore entre les jésuites et les écrivains de Port- Royal une pique de gens de lettres. Les jésuites s'étoient vus longtemps en possession du premier rang dans les lettres, et on ne lisoit presque d'autres livres de dévotion que les leurs. Il leur étoit donc très-sensible de se voir déposséder de ce premier rang et de cette vogue par de nouveaux venus, devant lesquels il sembloit, pour ainsi dire, que tout leur génie et tout leur savoir se fussent évanouis. En effet, il est assez surprenant que depuis le commencement de ces disputes il ne soit sorti de chez eux aucun ouvrage digne de la réputation que leur Compagnie s'étoit acquise, comme si Dieu, pour me servir des termes de l'Ecriture, leur avoit tout à coup ôté leurs prophètes : leur P. Petau même, si célèbre par son savoir, ayant échoué contre le livre de la Fréquente communion, et son livre ^ étant demeuré chez leur libraire avec tous leurs autres ouvrages, pendant que les oavrages de Port-
I. Cette rloctrine a été enseignée en propres termes par une multitude d'auteurs de la Compagnie, tels que le P. Lamy, Cours de théologie, tome I, disp. 36, n. ii8 (édition d'Anvers, 1649); Escobar, Somme de la théologie morale, traité I, exam. 7, chap. ht, n. 45 ; et elle a été défendue par leur P. Pirot, auteur de l'infâme Avologïe des casuistes. [A'ote des éditions de 1742 et de 1767.)
a. Ce livre du P. Petau a pour titre : De la Pénitence publique et de la préparation à la communion (1644» iri-4°).
44o ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE
Royal étoient tout ensemble l'admiiation des savants el la consolation de toutes les personnes de piété.
Les jésuites, au lieu d'attribuer cet heureux succès des livres de leurs adversaires à la bonté de la cause qu'ils soutenoient, et à la pureté de la doctrine qui y étoit enseignée, s'en prenoient à une certaine politesse de langage qu'ils leur ont reprochée longtemps comme une affectation contraire à l'austérité des vérités chrétiennes. Ils ont fait depuis une étude particulière de cette même politesse; mais leurs livres, manquant d'onction et de solidité, n'en ont pas été mieux reçus du public pour être écrits avec une justesse grammaticale qui va jusqu'à l'affectation.
Us eurent même peur, pendant quelque temps, que le Port-Royal ne leur enlevât l'éducation de la jeunesse, c'est-à-dire ne tarit leur crédit dans sa source; car quelques personnes de qualité, craignant pour leurs enfants la corruption qui n'est que trop ordinaire dans la plupart des collèges, et appréhendant aussi que, s'ils faisoient étudier ces enfants seuls, ils ne manquassent de cette émulation qui est souvent le principal aiguillon pour faire avancer les jeunes gens dans Fétude, avoient résolu de les mettre plusieurs ensemble sous la conduite de gens choisis. Ils avoient pris là- dessus conseil de M. Arnauld et de quelques ecclésiastiques de ses amis; et on leur avoit donné des maîtres tels qu'ils les pouvoient souhaiter. Ces piaîtres n'étoient pas des hommes ordinaires. Il suffit de dire que l'un d'entre eux étoit le célèbre M. Nicole. Un autre étoit ce même M. Lancelot, à qui l'on doit les Nouvelles Méthodes grecques et latines^ si connues sous le nom de Méthodes de Port-Royal . M. Arnauld ne dédaignoit pas de travailler lui-même à l'instruction de cette jeunesse par des ouvrages très-utiles, et c'est ce qui a flonné naissance aux excellents livres de
DE PORT-ROYAL. /i/^I
In Logique^ de la Géométrie^ et de la Grammaire générale^. On peut juger de Tutilité de ces écoles par les liommes de mérite qui s'y sont formés. De ce nombre ont été MM. Bignon, l'un conseiller d'Etat, et l'autre premier président du grand conseiP; M. de Harlay' et M, de Bagnols*, aussi conseillers d'Etat; et le célèbre M. le Nain de Tillemont*, qui a tant édifié l'Eglise et par la sainteté de sa vie et par son grand travail sur l'histoire ecclésiastique " .
Cette instruction de la jeunesse fut, comme j'ai dit, une des principales raisons qui animèrent les jésuites à la destruction de Port-Royal ; et ils crurent devoir tenter toutes sortes de moyens pour y parvenir. Leurs entreprises contre le livre de la Fréquente communion ne leur ayant pas réussi, ils dressèrent contre leurs adversaires une autre batterie, et crurent que les disputes qu'ils avoient avec eux sur la grâce leur fourniroient un prétexte
1, La Logique ou Fart de penser.... (i vol, iii-12, Paris, Savreux, 1664). La première édition de ce livre fut publiée sous le nom du sieur le Bon, On verra ci-après, à la lin des Diverses particularités concernant Port-Royal, quelle fut suivant Racine la part qu'eut Nicole à cette Logique, et celle qu'y eut Arnauld . — Les Nouveaux éléments de Géométrie (i vol. in-4°, Paris, Savreux , 1667). — Grammaire générale et raisonne'e, contenant les fondements de l'art de jiarler..., (i vol. in-i2, Paris, le Petit, 1660^. Elle est de Lancelot et d'Antoine Arnauld ; on croit que Nicole y a eu quelque part.
2, Jérôme Bignon, 11^ du nom, mort le i5 janvier 1^197, et ThierrI Bignon, mort le 19 janvier 1^97. Us étaient tous deux fils de Jérôme Bignon I, avocat général et conseiller d'État.
3, Harlay fut conseiller d'Etat, et premier ambassadeur plénipotentiaire à la paix deRyswick. Il mourut en 1704,
4. Fils de ce Guillaume du Gué de Bagnols, de Lyon, qui fut un des amis les plus dévoués de Port-Royal, Voyez plus bas, p. 4^2, note 2.
5. Sébastien-Louis le Nain de Tillemont, né le 3o novembre ir)3~, mort le 10 janvier 1698.
6. Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles^ 16 vol. in-4°. Le premier tome avait paru en 1693,
plus favorable pour les accabler. Ces disputes avoient commencé vers le temps même que la Fréquente cornmunion parut, et ce fut au sujet de V Augustinus de Jansénius, évèque d'Ypres. Dans ce livre, imprimé depuis sa mort*, cet évèque, en voulant établir la doctrine de saint Augustin sur la grâce, y combattoit fortement T opinion de Molina, jésuite, homme fort audacieux, et qui avoit parlé de ce grand docteur de l'Église avec un fort grand mépris. Les jésuites, intéressés à soutenir leur confrère sur une doctrine que toute leur école s'étoit avisée d'embrasser, s'étoient fort déchaînés contre l'ouvrage et contre la personne même de Jansénius, qu'ils traitoient de calviniste et d'hérétique, comme ils traitent ordinairement tous leurs adversaires. Ils étoient d'autant plus mal fondés à le traiter d'hérétique, que lui-même par son testament, et dans plusieurs endroits de son livre, déclare qu'il soumet entièrement sa doctrine au jugement du Saint-Siège. Ainsi, quand même il auroit avancé quelque hérésie, on ne seroit pas en droit pour cela de dire qu'il fût hérétique. M. Arnauld donc, persuadé que le livre de ce prélat ne contenoit que la doctrine de saint Augustin, pour laquelle il s'étoit hautement déclaré lui-même plusieurs années avant l'impression de ce livre ^, avoit pris la plume pour le défendre, et avoit composé ensuite plusieurs ouvrages sur la grâce, qui avoient eu un prodigieux succès. Gela avoit fort alarmé non-seulement les jésuites, mais même quelques professeurs de théologie et quelques autres
ï. Jansénius mourut le 6 mai i638. Ce fut en 1640 que parut le livre intitulé : Cornelii Jaiisenii , Episcopi Iprensis^ Augustinus; seu doctrîna S. Aiigustini de htimanœ natuiœ sanitate, œgritudine, medicina, adversus Pelag'tanos et MassUienses, Lovanii, Jac. Zegerus (i vol. infolio, divisé en trois tomes). Cet ouvrage fut réimprimé l'année suivante, ifi/ii, à Paris, chez Michel Soly.
2. Dans son acte de Tentative, thèse qu'il soutint en novembre ir)35 pour devenir bachelier.
vieux docteurs de la Faculté, qui étoient d'opinion contraire à saint Augustin, et qui craignoient que la doctrine de la grâce efficace par elle-même ne gagnât le dessus dans les écoles. Ils se réunirent donc tous ensemble pour la décrier, et pour eu empêcher le progrès. M. Cornet*, l'un d'entre eux, qui avoit été jésuite, et qui étoit alors (en 1649) syndic de la Faculté, s'avisa pour cela d'un moyen tout particulier. Il apporta à la Faculté^ cinq propositions sur la grâce pour y être examinées. Ces propositions étoient embarrassées de mots si captieux et si équivoques, que, bien qu'elles fussent en effet très-liéréliques, elles semblaient néanmoins ne dire sur la grâce que presque les mêmes choses que disoient les défenseurs de saint Augustin.
M. Cornet nosa pas avancer qu'elles fussent extraites de Jansénius; et il déclara même dans l'assemblée de la Faculté quil n'étoit pas question de Jansénius en cette occasion. Mais les docteurs attachés à la doctrine de saint Augustin, ayant reconnu l'artifice, se récrièrent que ce n'étoit point la coutume de la Faculté d'examiner des propositions vagues et sans nom d'auteur; que celles-ci étoient des propositions captieuses, et fabriquées exprès pour en faire retomber la condamnation sur la grâce efficace. Et voyant qu'on ne laissoit pas de nommer des commissaires, soixante-dix d'entre eux appelèrent comme d'abus de tout ce qu'avoit fait le syndic. Le Parlement reçut leur appel, et imposa silence aux deux partis.
I. Nicolas Cornet, né en iSga, mort le 12 avril i663. Après avoir passé quelques années chez les jésuites, il prit le honnet de docteur en 1626, devint grand maître du collège de Navarre, et svndic de la Faculté de théologie. D. Clémencet dit (tome III, p. 245) qu'en sortant de la Société de Jésus, (c il n'en avoit quitté que l'habit, m Bossuet a prononcé son oraison funèbre,
a. T.e I" juillet 1649.
Mais les jésuites et leurs partisans ne s'en tinrent pas là : ils écrivirent (en i65o) une lettre au pape Innocent X, pour le prier de prononcer sur ces mêmes propositions. Ils ne disoient pas qu'elles eussent été tirées de Jansénius, mais seulement qu'elles étoient soutenues en France par plusieurs docteurs, et insinuoient que le livre de cet évêque y avoit excité de fort grands troubles parmi les théologiens. Cette lettre * fut composée par M. Habert, évêque de Vabres, qui s'étoit des premiers signalé contre Jansénius, et contre lequel M. Arnauld avoit écrit avec beaucoup de force. Quoique l'assemblée générale du clergé se tînt alors à Paris, ils n'osèrent pas y parler de cette affaire, de peur que, la lettre venant à être examinée publiquement et avec un peu d'attention, elle ne révoltât tout ce qu'il y avoit de prélats jaloux de l'honneur de leur caractère, lesquels ti'ouveroient étrange que cette dispute étant née dans le rovaume, elle ne fût pas jugée au moins en première instance par les évêques du royaume même. La chose fut donc conduite avec plus de secret, et cette lettre fut portée séparément par un jésuite , nommé le P. Dinet, à un fort grand nombre de prélats, tant à Paris que dans les provinces". La plupart d'entre eux ont même depuis avoué qu'ils Tavoient signée sans savoir de quoi il s'agissoit, et par pure déférence pour la signature de leurs confrères.
Les défenseurs de saint Augustin, ayant appris cette démarche, se trouvèrent fort embarrassés. Les uns voiiloient qu'on ne prît point d'intérêt dans Taffaire, et que sans se donner aucun mouvement, on laissât condamner à Rome des propositions en effet très-condamnables, et
1. Le texte en est cité parD. Clémencet (tome III, p. a47-25o).
2. t Cette lettre, dictée par l'esprit de vengeance, fut signée, dit D. Clémencet (tome III, p. aSi), par quatre-vingt-cinq évéques séparément et non assemblés. »
qui, comme elles n'étoient d'aucun auteur, n'étoieut aussi soutenues de personne. Les autres au contraire appréhendèrent assez mal à propos, comme la suite l'a justifié, que la véritable doctrine de la grâce ne se trouvât enveloppée dans cette condamnation*, et furent d'avis d'envoyer au Pape pour lui représenter les artifices et les mauvaises intentions de leurs adversaires. Cet avis l'ayant emporté, M. de Gondrin, archevêque de Sens, Messieurs de Chàlons', d'Orléans*, de Cominges*, de Beauvais^, d'Angers*, et huit ou dix autres prélats, zélés défenseurs de la doctrine de la grâce efficace, députèrent à Rome trois ou quatre des plus habiles théologiens attachés à cette doctrine. Ils les chargèrent d'une lettre^ pour le Pape, où, après s'être plaints à Sa Sainteté qu'on eût voulu l'engager à décider sur des propositions faites à plaisir, et qui, étant énoncées en des termes ambigus, ne pouvoient produire d'elles-mêmes que des disputes pleines de chaleur dans la diversité des interprétations qu'on leur peut donner, ils la supplioient de vouloir examiner à fond cette affaire, de bien distinguer les différents sens des Propositions, et d'observer, dans le jugement qu'elle en feroit, la forme légitime des jugements ecclésiastiques, qui consistoit principalement à entendre les défenses et les raisons des parties. Ils ne dissimuloient pas même que dans les règles cette affaire avoit dû être discutée par les évêques de France avant que d'être portée à Sa Sainteté. On s'imaginera
1. Les événements qui ont suivi cette première attaque livrée à la mérité, en manifestant les desseins des jésuites contre la doctrine de la grâce efficace, n'ont que trop justifié les alarmes de Messieurs de Port-Royal. (Note des éditions de 1742 et de 1767.)
2. Félix. — 3. A. d'Elbène. — 4- Gilbert de Choiseul. 5, Nicolas de Buzanval. — 6. Henri Arnauld.
7. D. Clémencet (tome III, p. 253-259) cite le texte de oette lettre.
/i',6 ABREGF DE LHISTOIUE
aisément que cette lettre ne fut pas fort au goût de la cour de Rome, aussi éloignée de vouloir entrer dans les discussions qu'on lui demandoit , que prévenue qu'il n'appartient point aux évèques de faire des décisions sur la doctrine. En effet, leurs députés, pendant près de deux ans qu'ils demeurèrent à Rome, demandèrent inutilement d'être entendus en présence de leurs parties; ils demandèrent, avec aussi peu de succès, que les différents sens que pouvoient avoir les Propositions fussent distingués dans la censure qu'on en feroit. Le Pape donna sa Constitution \ où il condamnoit les cinq Propositions sans aucune distinction de sens hérétique ni catholique, et se contenta d'assurer publiquement ces députés, lorsqu'ils prirent congé de lui, que cette condamnation ne regardoit ni la grâce efficace par ellemême, ni la doctrine de saint Augustin, « qui étoit, « dit-il, et qui seroit toujours la doctrine de l'Eglise. » Si M. Arnauld et ses amis avoient eu un mauvais dessein en demandant l'éclaircissement de ces propositions, et s'ils avoient eu cet orgueil, qui est proprement le caractère des hérétiques, ils auroient pu appeler sur-lechamp de cette décision au concile, puisque cette décision ne s'étoit faite que dans une congrégation particulière, et que le Pape, selon la doctrine de France, n'est infaillible qu'à la tête d'un concile*. Mais comme ils n' avoient eu en vue que la vérité, et que jamais per-
1. 3i mal i653. [Note des éditions de 1742 et de 1767.) C'est la bulle Cum occasione^ imprimée sous ce titre « : S™' in Christo Patris 0 ac D. N. D. lunocentii, divina Providentia Papœ X, Constitutio « qua declarantur et definiuntur quinque proposltiones in materia 0 fidei (Pridie kal. junii i653). »
a. Il serait plus exact de dire, d'après le clergé de France, que les décisions du Pape ne deviennent infaillibles que quand elles sont confirmées par le consentement de toute l'Église. {Note des éditions de i-^i et de ij^ij.)
sonne n'a eu plus d'horreur du schisme que M. Arnauld, lui et ses amis reçurent avec un profond respect la Constitution, et reconnurent sincèrement, comme ils avoient toujours fait, que ces Propositions étoient hérétiques. A la vérité, ils répétèrent ce qu'ils avoient dit plusieurs fois avant la Constitution, qu'il ne leur paroissoit pas que ces Propositions fussent dans le livre de Jansénius, où ils s'oJGFroient même d'en faire voir de toutes contraires.
Une conduite si sage et si humble auroit dû faire un fort grand plaisir aux jésuites, si les jésuites avoient été des enfants de paix, et qu'ils n'eussent cherché que la vérité. En effet, les cinq Propositions étant si généralement condamnées, il n'y avoit plus de nouvelle hérésie à craindre. C'est ce qu'on peut voir clairement dans la lettre circulaire qui fut écrite alors par l'assemblée des évêques où la Constitution fut reçue ^ « Nous voyons, disent- ils, par la grâce de Dieu, qu'en cette rencontre tous disent la même chose, et glorifient le Père céleste d'une même bouche aussi bien que d'un même cœur. » Du reste , il importoit peu pour l'Eglise que ces Propositions fussent ou ne fussent pas dans le livre d'un évêque qui, comme j'ai dit, avoit vécu très-attaché à l'Eglise, et qui étoit mort dans une grande réputation de sainteté. Mais il parut bien, par le soin que les jésuites prirent de perpétuer la querelle, et de troubler toute l'Eglise pour une question aussi frivole que celle-là , que c'étoit eu effet aux personnes qu'ils en vouloient, et que leur vengeance ne seroit jamais satisfaite qu'ils n'eussent perdu M. Arnauld, et détruit une sainte maison contre laquelle
I. « Une trentaine [(ï évêques) , qui faisoient leur résidence à Paris, tinrent, le 11 juillet i653, une assemblée chez le cardinal Mazarin, dans laquelle ils résolurent de recevoir la bulle, s {^Histoire générais de Port' Roial^ tome III, p. 273 et 274O
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ils avoieut prononcé cet arrêt dans leur colère : Exiîianite, exinanite usque ad fundamentum in ea ' .
Ils publièrent donc que la soumission de leurs adversaires étoit une soumission forcée, et qu'ils étoient toujours hérétiques dans le cœur. Ils ne se contentoieut pas de les traiter comme tels dans leurs écrits et dans leurs sermons : il n'y eut sorte d'inventions dont ils ne s'avisassent pour le persuader au peuple, et pour l'accoutumer à les regarder comme des gens frappés d'anathème. Ils firent graver une planche d'almanach, où l'on voyoit Jansénius en habit d'évêque avec des ailes de démon au dos, et le Pape qui le foudroyoit lui et tous ses sectateurs ■; ils firent jouer dans leur collège de Paris une farce, où ce même Jansénius étoit emporté par les diables; et dans une procession publique qu'ils firent faire aux écoliers de leur collège de Mâcon, ils le représentèrent encore chargé de fers, et traîné en triomphe par un de ces écoliers, qui représentoit la grâce suffisante ^. Peu s'en falloit que saint Augustin ne fût traité lui-même comme cet évêque ; du moins le P. Adam et plusieurs autres de leurs auteurs, à l'exemple de Molina, le dégradoient de sa qualité de docteur de la grâce, l'accusant d'être tombé en plusieurs excès dans ses écrits contre les pélagiens , et soutenant qu'il eût mieux valu qu'il n'eût jamais écrit sur ces matières.
Il arriva même, au sujet de ce saint, un assez grand
t. a Anéautissez jusquà ses fondements. » (Ps. cxxxvi, verset 7.}
2. Cet aliuanach a pour litre : La Déroute et la confusion des Jansénistes (pièce in-4", s. 1. n. d.). M. de Saci composa à cette occasiou les Enluminures du fameux Almanach des PP. jcsuistes 'sic), intitulé : a. La Déroute et la confusion des jansénistes , ou Triomphe de Molina, jésuite, sur S. Augustin > (i vol. in-8°, s. 1. n. d.). Elles ont été publiées en i654-
3. Cette mascarade d'écoliers avait eu lieu deux ans avant la bulie, au carnaval de ifiSi.
scandale dans un acte de théologie qui se soutenoit chez eux à Caen), et où plusieurs évêques assistoient ; car un bachelier, dans la dispute, ayant opposé à leur répondant Tautorité de ce Père sur la doctrine de la grâce , le répondant eut rinsolence de dire : Transeat Augustinus^ ^ comme si, depuis la Constitution, l'autorité de saint x\ugustin devoit être comptée pour rien. Ils faisoient par une horrible impiété des vœux publics à la Vierge, pour lui demander que si les jansénistes continuoient à nier la grâce suffisante accordée à tous les hommes, elle obtînt par ses prières qu'ils fussent exclus eux seuls de la rédemption que Jésus-Christ avoit méritée par sa mort à tous les hommes.
Ils commettoient impunément tous ces excès, et en tiroient un grand avantage, qui étoit de rendre odieux tous ceux qu'ils appeloient jansénistes à toutes les personnes qui n'étoientpas instruites à fond sur ces matières. Les mots même de grâce efficace et de prédestination faisoient peur à toutes ces personnes. Ils regardoient comme suspects de l'hérésie des cinq Propositions tous les livres et tous les sermons où ces mots étoient employés : jusque-là qu'on raconte d'un prélat, ami des jésuites, homme fort peu éclairé, qu'étant entré dans le réfectoire d'une abbaye de son diocèse, et y ayant entendu lire ces paroles qui renfermoient en elles tout le sens de la grâce efficace : C'est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire' ^ il imposa silence au lecteur, et se fit apporter le livre pour l'examiner; mais il fut assez surpris lorsqu'il trouva que c'étoient les Epitres de saint Paul.