‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 196 sur 306 · Il y assista à partir du 30 décembre i · texte numérisé non relu

Il y assista à partir du 30 décembre i

Près de quatre-vingts des plus célèbres docteurs, voyant une procédure si irrégulière, résolurent de sabsenter, et aimèrent mieux sortir de la Faculté que de souscrire à la censure. M. de Launoy ' même, si fameux par sa grande érudition, quoiqu'il fît profession publique d'être sur la grâce d'autre sentiment que saint Augustin, sortit aussi comme les autres, et écrivit contre la censure une lettre^ où il se plaignoit, avec beaucoup de force, du renversement de tous les privilèges de la Faculté.

Le jour que cette censure fut signée (en février i656^) parut aux jésuites un grand jour pour leur Compagnie. Non-seulement ils s'imagiuoient triompher par là de M. Arnauld et de tous les docteurs attachés à la grâce efficace, mais ils croyoient triompher de la Sorbonne même, et s'être vengés de toutes les censures dont elle avoit flétri les Garasses, les Santarels, les Baunis, et plusieurs autres de leurs Pères, puisqu'ils l'avoient obligée

1. Jean de Launoy, prêtre du diocèse de Coutances, docteur de Sorbonne depuis l'an i634. H avait appartenu à la maison de Na- Tarre. Bossuet disait de lui « qu'il avoit trouvé le moyen d'être tout ensemble semi-pélagien et janséniste, » Son refus de souscrire à la censure d' Arnauld fît rayer son nom du catalogue des docteurs. La sévérité avec laquelle il examina les erreurs qui avaient pu se glisser dans le Martyrologe l'avait fait surnommer le dénicheur de saints. Il mourut le lo mars 1678, âgé de soixante-quatorze ans.

2. Cette Lettre du docteur de Launoy à un de ses amis est analysée par D. Clémencet, tome III, p. 33o-332. De Launoy combattit la censure d'Arnauld par des remarques intitulées : Notationes in censuram duarum Arnaldi propositionitm.

3. a Le 14 de janvier {i656) on compta les suffrages, et il s'en

trouva cent vingt qui furent d'avis de déclarer la proposition de

M. Arnauld, qui regardoit le fait, téméraire, scandaleuse, injurieuse au Pape.... Le 29 du même mois.... la seconde proposition fut déclarée impie, blasphématoire, frappée d'anathème et hérétique par trois évèques et cent vingt-sept docteurs. La censure fut lue et confirmée dans l'assemblée du i^r février, et signée !c 18. » [Histoire générale de Port- Roial, tome III, p. 324 et 3 26.}

de censurer, en censurant M. Arnauld, deux Pères de rÉglise dont sa seconde proposition étoit tirée, et de se faire à elle-même une plaie incurable par la nécessité où ils la mirent de retrancher de son corps ses plus illustres membres. D'ailleurs ils donnoieut aussi par là une grande idée de leur pouvoir et du crédit qu'ils avoient à la cour. Ils confirmoient le Roi et la Reine mère dans toutes les préventions qu'ils leur avoient inspirées contre leurs adversaires.

Mais ils songèrent à tirer des fruits plus solides de leur victoire. Ils obtinrent un ordre pour casser ces petits établissements que j'ai dit qu'on a voit faits pour l'instruction de la jeunesse, et qu'ils appeloient des écoles de jansénisme. Le lieutenant civil * alla à Port-Roval des Champs pour en faire sortir les écoliers et les précepteurs, avec tous les solitaires qui s'y étoient retirés. M. Arnauld fut obligé de se cacher; et il y avoit même déjà un ordre signé pour ôter aux Religieuses des deux maisons leurs novices et leurs pensionnaires. En un mot, le Port-Royal^ étoit dans la consternation, et les jésuites au comble de leur joie, lorsque le miracle de la sainte épine arriva.

On a donné au public plusieurs relations de ce miracle; entre autres, feu Monsieur l'évêque de Tournay, non moins illustre par sa piété et par sa doctrine que par sa naissance, l'a raconté fort au long dans un livre qu'il a composé contre les athées \ et s'en est servi comme d'une

1. Le lieutenant civil d'Aubral se rendit à Port-Royal des Champs le 3o mars i656.

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