‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 205 sur 306 · L'édition de 1767 a pernicieuses, au lieu de me'chantes · texte numérisé non relu

L'édition de 1767 a pernicieuses, au lieu de me'chantes

doient, ni sur le tait, ni sur le droit, aux censures des papes et des évêques, ils n'en poursuivoient pas' avec moins d'audace la condamnation de leurs adversaires. Ce ne fut pas assez pour le P. Annat d'avoir fait juger dans l'assemblée du Louvre que les Propositions étoient dans Jansénius, et d'avoir ensuite fait ordonner, dans l'assemblée des quinze évêques, que la Constitution et le bref seroient signés par tout le rovaume : il entreprit encore d'établir un formulaire ou profession de foi, qui comprît également la créance du fait et du droit, et d'en faire ordonner la souscription sous les peines portées contre les hérétiques. C'est ce fameux Formulaire qui a tant causé de troubles dans l'Eglise, et dont les jésuites ont tiré un si grand usage pour se venger de toutes les personnes qu'ils haïssoient. Tout le monde convient que ce fut M. de Marca qui dressa ce formulaire avec le P. Annat, et qui le fit recevoir dans rassemblée générale de i655^ Ce prélat étoit un homme de beaucoup d'esprit, trèshabile dans le droit canon, et dans tout ce qui s'appelle la police extérieure de 1 Eglise, sur laquelle il avoit même fait des livres très-savants et fort opposés aux prétentions de la cour de Rome'. Mais il savoit fort peu de théologie, ne s'étant destiné que fort tard à l'état ecclésiastique, et ayant passé plus de la moitié de sa vie dans des emplois séculiers, d'abord président au parlement de

I. Dans le texte de 17(17 et dans celui de M. Aimé-Martin : d Ils ne poursuivoient pas. 1

3. Ceci encore est une erreur de date des éditions de 174 a et de I7()7. Ce fut dans l'assemblée dr i656 que ce formulaire fut décrété, ainsi qu'il sera dit un peu plus bas, dans cette Histoire niéiue. M. de Marca l'avait dressé eu i655.

3. Racine, dans ses notes, qu'on a publiées sous le nom de Fragments historiques, dit que plusieurs endroits du livre de M. de Marca de Concordia sncerdotii et imperil . publié en ifi.'Ji, avaient clioqjié la cour de Rome.

Pau, puis intendant en Catalogne, d'où il avoit été élevé à l'évêché de Couserans', et ensuite à l'archevêché de Toulouse ". Sa grande habileté, jointe à l'extrême passion qu'il témoignoit contre les jansénistes, lui donnoit un grand crédit dans les assemblées du clergé : il en dressoit tous les actes, et en formoit, pour ainsi dire, toutes les décisions.

M. de Marca et le P. Annat convenoient dans le dessein de faire déclarer hérétiques les défenseurs de Jansénius, mais ils ne convenoient pas dans la manière de tourner la chose. Le P. Annat prétendoit que les papes étant infaillibles aussi bien sur le fait que sur le droit, on ne pouvoit nier sans hérésie un fait que le Pape avoit décidé. Mais cela n'accommodoit pas Monsieur de Toulouse, qui avoit soutenu très-fortement l'opinion contraire dans ses livres, et cela, fondé sur l'autorité de tout ce qu'il y a de plus habiles écrivains, de ceux mêmes qui sont le plus attachés à la cour de Rome, tels que les cardinaux Baronius, Bellarmin, Palavicin, le P. Petau, et plusieurs autres savants jésuites, qui tous ont enseigné que lEglise n'exige point la créance des faits non révélés, et qui n'ont point fait difficulté de contester des fiiits très-importants, décidés dans des conciles généraux. Les censeurs mêmes de la seconde lettre de M. Arnauld, quelque animés qu'ils fussent contre sa personne, n'avoient qualifié que de téméraire la proposition de ce docteur, où il disoit qu'il n'avoit point trouvé dans Jansénius les Propositions condamnées. Les jansénistes donc ne pouvoient, même selon leurs ennemis, être traités tout au plus que de téméraires; et le P. Annat vouloit qu'ils fussent déclarés hérétiques.

Dans cet embarras, M. de Marca s'avisa d'un expé-

1. Saint-Lizler de Couseraiis ou Conserans, aujourd'liui dan.-» le département de l'Ariége.

Page 1