Moi? lui dit-elle. » {Édition de iji^J
5i6 ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE
mais le jour de Dieu viendra , qui découvrira bien des choses. »
Il est incroyable combien ses souffiauces augmentèrent dans les trois derniùres semaines de sa maladie, tant par les douleurs de son enflure que parce que son corps s'écorcba en plusieurs endroits. Ajoutez à cela un si extrême dégoût , que la nourriture lui étoit devenue un supplice. Elle endurcit tous ces maux avec une paix et une douceur étonnante, et ne témoigna jamais d'impatience que du trop grand soin qu'on prenoit de chercher des movens pour la mettre plus à son aise. « Saint Benoît nous ordonne, disoil-elle, de traiter les malades comme Jésus-Christ même-, mais cela s'entend des soulagements nécessaires, et non pas des raffinements pour flatter la sensualité. » Ou la vovoit dans un recueillement continuel, toujours les yeux levés vers le ciel, et n'ouvrant la bouche que pour adresser à Dieu des paroles courtes et enflammées, la plupart tirées des Psaumes et des autres livres de l'Ecriture.
La veille de sa mort, les médecins jugeant quelle ne pouvoit plus aller guère loin, ou lui apporta, pour la troisième fois, comme j'ai dit*, le saint viatique. Bien loin de se plaindre de n'être pas secourue en cette occasion par les ecclésiastiques en qui elle avoit eu tant de confiance, elle remercia Dieu de ce qu'elle mouroit pauvre de tout point, et également privée des secours spirituels et des temporels. Elle reçut le viatique " avec tant de marques de paix, de ferveur' et d'anéantissement, que, longtemps
1. Ci-dessus, p. 5io. — L'édition de 1767 répèle cette phrase incidente : « comme j'ai dit, » une ligne plus bas, après les mots : V Bien loin de se plaindre. »