‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 25 sur 306 · M. Aimé-Martin a imprimé ces, au lieu de les · texte numérisé non relu

M. Aimé-Martin a imprimé ces, au lieu de les

Ainsi je fis d'aimer l'heureux apprentissage; 25

Je m'y suis plu depuis, j'en aime la douceur; J'ai toujours dans l'esprit tes yeux et ton visage, J'ai toujours Parthénice au milieu de mon cœur.

Oui, depuis que tes yeux allumèrent ma flamme.

Je respire bien moins en moi-même qu'en toi: 3o

L'amour semble avoir pris la place de mon àmo,

Et je ne vivrois plus, s'il n'étoit plus en moi.

Vous qui n'avez point vu l'illustre Parthénice ,

Bois, fontaines, rochers, agréable séjour,

Souffrez que jusqu'ici son beau nom retentisse , 3 5

Et n'oubliez jamais sa gloire et mou amour.

LA NYMPHE DE LA SEINE A LA REINE. Ay

ODE

On s'est borné jusqu'ici , dans les diverses éditions des Œuvres de Racine, à imprimer cette ode telle qu'on la trouve dans le Recueil de poésies diverses, dédié à Monseigneur le Prince de Conty, M.DC.LXXI (tome m, p. 217 et suivantes). Ce recueil avait été formé par Loménie de Brienne et par quelques-uns des solitaires de Port-Royal. La nouvelle édition qu'ils y donnèrent de la Nymphe de la Seine diffère beaucoup de deux éditions antérieures de la même ode, dont l'une est de 1660, l'autre de 1666, et qui ont été toutes deux négligées par nos devanciers. Quelques-uns de ceux-ci ont indiqué une variante tirée de la lettre de Racine à l'abbé le Vasseur en date du 5 septembre 1660. Il y en avait un bien plus grand nombre à recueillir dans les deux premières éditions. Dans la Revue des provinces (i5 juillet 1864), M. Edouard Fournier a publié un article intitulé : Histoire de la première ode de Racine, avec six stances inédites. Il avait trouvé ces stances nouvelles dans un manuscrit de Loménie de Brienne, qui appartient à la bibliothèque de l'Arsenal, et qu'après lui nous avons consulté. Loménie de Brienne y a d'abord écrit cette note : 0 Ellle {Tode de Racine) est dans le Recueil de la Fontaine [c'est-

à-dire dans le Recueil de 1671 dont il a été parlé plus haut), de la

nouvelle révision de l'auteur, qui en a retranché les stances que je mettrai ici ; car il ne faut rien perdre des ouvrages d'un si grand homme. » Outre les stances retranchées qu'il rétablit, Loménie de Brienne indique plusieurs variantes, annote quelques passages, et fait à la fin cette remarque: « Cette belle ode avait donc vingt-cinq strophes, qui faisaient deux cent cinquante vers, dans la première édition; et elle n'en a plus que dix-neuf, qui font cent quatre-vingt-dix vers ; c'est soixante vers de moins. M. Racine est très-louable d'en user ainsi. Son ode d'excellente est devenue par ce moyen parfaite, merveilleuse, J. Racike. rv 4

Ço POÉSIES DIVERSES.

accomplie, incomparable. » Loménie de Brieune se trompe eu nommant la première édition ; il paraît ne l'avoir pas connue : fait assez étrange, lorsqu'on voit qu'il s'était mis en rapport avec Racine au sujet de la révision de VOde, dont il fut l'éditeur dans le Recueil de 1671. L'édition dont il a tiré les variantes et les six strophes supprimées , n'est pas la première , mais la seconde , celle que l'on trouve dans le beau volume in-folio connu sous le nom de Recueil de Vitré, et intitulé : Elogia Julii Mazarini cardinalis, Parisiis. Excudebat Aiitoniiis Vitré. M.DC.LXVI.— La Nymphe de la Seine y est imprimée de la page 209 à la page 217. Quant à la première édition, elle est de 1660. Racine en parle dans sa lettre à leVasseur en date du i3 septembre 1660 ; a: UOde étant presque imprimée, vous arriveriez maintenant trop tard. J Voici le titre de cette première édition : a La NiTrtPHE DE LA Sei^tî A LA Reyive *. Ode. A Paris, chez Augustin Courbé, nu Palais^ en la Galerie des 3Ierciers, à la Palme. M.DC.LX. Avec Permission. » C'est une pièce in-4o de quinze pages, imprimée en italique. Elle est sans nom d'auteur. Comparée avec l'édition de 1666, elle offre de notables différences. Les variantes que nous donnons, après avoir coUationné les trois éditions, feront connaître les états successifs par lesquels a passé cet éplthalame, qui n'a jamais été, même après la dernière révision de l'auteur, le chef-d'œuvre parfait et merveilleux dont parle Loménie de Brienne , mais qui fut remarqué parmi les nombreuses œuvres poétiques inspirées par le mariage du Roi, et eut l'approbation des hommes qu'on regardait en ce temps-là comme les juges du Parnasse.

Racine, dans les deux lettres à le Vasseur que nous avons déjà citées, a lui-même laissé quelques détails sur l'histoire de cette ode. Dans la première il écrivait que l'ode était faite, et qu'il l'avait donnée à M. Vitart pour la faire voir à M. Chapelain; dans la seconde, qu'elle avait été reçue avec la plus grande bonté par M. Chapelain, qui avait remarqué quelques changements à faire. Chapelain garda trois jours l'œuvre du jeune poète, fit des remarques par écrit, et prononça ce jugement: « L'ode est fort belle, fort poétique, et il y a beaucoup destances qui ne se peuvent mieux. Si l'on repasse ce

1. Dans une lettre à M. Vitart, du i5 novembre 1661, Racine parle de la Nymphe de la Seine sous le nom d'Ode de la paix. L'éditeur de 1807 dit en note qu'elle avait, en effet, paru sous ce titre; on voit que cela n'est pas exact.

LA NYMPHE DE LA SEINE A LA REINE. 5i

peu d'endroits marqués, on en fera une belle pièce. » Les paroles de Chapelain passaient alors pour des oracles. Racine, dans ses lettres, dit avoir fidèlement suivi ses conseils. Il nous apprend aussi que, parmi les changements qui lui furent indiqués, il y en eut un qui lui donna surtout de la peine. Une stance entière fut à refaire. Le poêle avait logé des Tritons dans la Seine. Nous n'avons plus la stance des Triions.

Vitart avait en même temps porté l'ode à Charles Perrault , qui fit, comme Chapelain, ses critiques, auxquelles Racine eut aussi égard, avec un peu moins de docilité toutefois. Il y en eut une ou deux qu'il n'accepta pas. Perrault, du reste, approuva généralement la pièce qui lui était soumise; et beaucoup plus tard , quand il écrivit dans ses Hommes illustres sa courle notice sur Racine , il ne rétracta pas cette approbation. « Etant venu, dit-il, à Paris à l'âge de dix-sept ou dixhuit ans, il composa une très-belle ode sur le mariage du Roi, où il introduit la Nymphe de la Seine, qui fait une espèce d'épithalame trèsfin et très-ingénieux, s Perrault a eu bonne grâce à juger si favorablement ces vers de Racine : ils auraient pu lui inspirer quelque jalousie; car il avait lui-même pris part au concours poétique sur le même sujet. Après avoir fait une ode Sur la paix des Pjrénées, il en composa aussi une Sur le mariage du Roi, que Lefort de laMorinière a insérée dans le tome III (p. 4^) de sa Bibliothèque poétique. Elle est très-inférieure à celle de Racine. Notre poète, lorsqu'il composa la Nymphe de la Seine, était un peu plus âgé que ne le dit Perrault; il avait près de vingt et un ans. On lit dans les Mémoires de Louis Racine (voyez notre tome I, p. 216 et 217) que Colbert, à qui Chapelain avait parlé avantageusement de l'ode et de son auteur , envoya à celui-ci cent louis de la part du Roi.

Le 3 juin 1660, don Louis de Haro avait épousé l'infante Marie- Thérèse, au nom du roi de France , dans l'église de Fontarahie. Le 9 du même mois, les noces royales furent célébrées dans l'église de Saint-Jean-de-Luz. Le 26 août suivant, le Roi et la nouvelle reine firent leur entrée dans Paris.

Le texte que nous donnons est celui du Recueil de poésies diverses (1671). Nous y joignons, comme nous l'avons dit, les variantes de 1660 et de 1666.

Grande Reine , de qui les charmes S'assujettissent tous les cœurs,

Et de nos discordes vainqueurs,

Pour jamais ont tari nos larmes; Princesse , qui voyez soupirer dans vos fers 5

Un roi qui de son nom remplit tout l'univers*, Et faisant son destin , faites celui du monde , Régnez , belle Terèse , en ces aimables lieux

Qu'arrose le cours de mon onde , Et que doit éclairer le feu de vos beaux yeux. i o

Je suis la Nymphe de la Seine :

C'est moi dont les illustres bords

Doivent posséder les trésors

Qui rendoient l'Espagne si vaine.

Ils sont des plus grands rois l'agréable séjour, i 5

Ils le sont des Plaisirs, ils le sont de l'Amour ; n n'est rien de si doux que l'air qu'on y respire. Je reçois les tributs de cent fleuves divers ;

Mais de couler sous votre empire*, C'est plus que de régner sur l'empire des mers'. 20

Oh! que bientôt sur mon rivage On verra luire de beaux jours !

Oh ! combien de nouveaux Amours Me viennent des rives du Tage !

Que de nouvelles fleurs vont naître sous vos pas* ! 2 5

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