‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 47 sur 306 · Voyez ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, p

2. En tout cas Racine n^i jamais pu songer à se l'approprier dans le \Tdii sens du mot. Il est superflu de dire qu'il était trop au-dessus d'un pareil larcin. Qui d'ailleurs, au dix-septième siècle, ne connaissait cette hymne pour l'œuvre de M. de Saci? Dans son Abrégé de r histoire de Port-Rojal, Racine dit que les Heures de cette maison sont « encore {au moment oii il écrivait) le livre que presque toutes

loa POÉSIES DIVERSES.

semble qu'il faudrait quelque complaisance pour se trouver satisfait de cette supposition.

Nous avons promis de donner quelques explications sur la condamnation du Bréviaire de le Tourneux, que Louis Racine a rappelée dans ses 31émoires. Elles ne sont pas inutiles ici ; car dans le passage que nous avons cité au commencement de la notice des hymnes , Louis Racine a commis une grave inexactitude , qu'il est difficile de ne pas croire un peu volontaire. Et puis il est piquant d'apprendre que quelques vers des hymnes traduites par Racine ont été particulièrement visés dans les motifs de la condamnation.

Nous avons rapporté cette phrase de Louis Racine : oc La traduction du Bréviaire romain fut condamnée par l'archevêque de Paris T)our des raisons qui n'avaient aucun rapport à la traduction de ces hymnes. » II ajoute dans une note sur ce passage : c Elle fut condamnée imiquement comme version en langue vulgaire, a Rien n'est plus loin de lu vérité. Nous avons entre les mains la Sentence rendue en VofRcialité de Paris, portant condamnation de la traduction du Bréviaire romain en langue française. C'est une pièce in-4° imprimée à Paris, en 1688, chez François Muguet, premier imprimeur du Roi et de Monseigneur l'Archevêque. Elle porte à la fin ces mots : c Fait à Paris, en l'officialité, le dixième d'avril mil six cens quatrevingthuit. Signé Chekon'. a On y lit d'abord que le promoteur a remontré que de l'impression aussi bien que de la version de ce livre il est «obligé, pour l'intérêt public , de se plaindre, tant parce qu'elles sont faites contre les saints décrets et les ordonnances du Roi , que parce qu'elle contient {sic) plusieurs choses très-préjudiciables au salut des âmes, se trouvant dans celte version plusieurs propositions erronées et contraires à la foi. »

Les divers moyens, ou chefs d'accusation, sont ensuite exposés. Le premier et le second nous intéressent peu. On reproche dans le premier au livre d'être anonyme, l'auteur n'étant pas sérieusement désigné par ce seul titre de Prieur de Saint-Georges qui le désigne dans le privilège. Le troisième a quelque rapport avec ce que dit Louis

les personnes de jjiété portent à l'église , n'y en ayant point dont il se soit fait tant d'éditions. » Arnauld écrivait en 1688 qu'il s'en était vendu plus de soixante mille exemplaires.

I. M. Cheron était officiai de Paris, abbé de la Chalade, prieur de Saint- Jean de Brou.

HYAiNES DU BRÉVIAIRE ROMAIN. loi

Racine, toutefois avec une notable différence. Il se fonde sur ce que e toutes les versions en langue vulgaire de l'Écriture sainte , aussi bien que celles des ouvrages des saints Pères et des offices divins , qui ne sont pas approuvées parles évêques, ont été réprouvées. » La suite nous regarde davantage, a Enfin, dit la sentence, le quatrième et dernier moyen est que cette traduction non-seulement n'est pas fidèle , mais qu'elle contient des erreurs et des hérésies particulièrement celles qui out été condamnées de nos jours et dans le dernier siècle; qu'elle est extraite de plusieurs livres composés par des personnes suspectes, dont les ouvrages ont été condamnés, ou n'ont pas été approuvés par l'Eglise ; que dans l'hymne de Tierce le traducteur a rendu ces paroles : Dîgiiare promptus ingeri. Règne au fond de nos cœurs par la force invincible de tes charmes si doux ce qui n'est pas conforme au texte , et qui n'étant pas bien expliqué, peut avoir im mauvais sens; qu'a l'hymne de la férié troisième [hymne de Racine) il tourne ces paroles : Aufer tenehras mentium. Répands sur nous l'attrait^ de ta grâce invincible^ dans le même esprit et contre le texte; qu'à l'hyame du samedi [encore une hymne de Racine) , il traduit ces paroles : Quo corde puro sordibus Te perfruamur largius, Et que puisse ta grâce oîi brillent tes doux charmes Te préparer un temple en nos cœurs épurés, ce que le texte ne dit pas. » La Sentence allègue encore divers passages de la traduction des oraisons, qui nous sont étrangers ; puis revenant aux hynmes, fait observer « que dans tous les endroits l'auteur marque une affectation continuelle à faire entrer partout la seule grâce efficace par des traductions fausses ou forcées, comme il paroît particulièrement dans l'hymne du dimanche à Matines, dans celles de la férié seconde et de la férié quatrième à Laudes, dans celle de la férié sixième à Vêpres [toutes ces hymnes des fériés sont de Racine), dans celle du temps pascal, dans celle du jour de la Trinité à Matines et dans plusieurs autres. » Les vers de Racine avaient donc aussi peu trouvé grâce que ceux de M. de Saci.

Voilà par quels motifs fut prononcée la sentence qui ordonnait la suppression de ce bréviaire, faisait défense à toutes personnes de le débiter, de le lire, enfin devait être lue et publiée par les curés aux proues de leurs paroisses, et affichée à toutes les portes des églises.

Dans les hymnes de la seconde férié et de la quatrième ferle à

Page 1