a Panis vivus et vitalis Hodie proponitur
Ecce panis angelorum. » (Prose hâuda, Sion.)
CANTIQUES SPIRITUELS. iSg
De la fleur de son froment.
C'est ce pain si délectable 2 5
Que ne sert point à sa table
Le monde que vous suivez.
Je l'offre à qui me veut suivre * .
Approchez. Voulez-vous vivre?
Prenez, mangez, et vivez ^. » 3o
O Sagesse, ta parole
Fit éclore l'univers.
Posa sur un double pôle
La terre au milieu des mers* -
Tu dis, et les cieux parurent*, 35
Et tous les astres coururent
1. Ce vers a été ainsi donné par Luneau de Boisjermain, qu'ont suivi les éditions de la Harpe, de Geoffroy et de M. Aimé-Martin :
Je l'offre à qui veut me suivre.
2. « Si quis manducaverit ex hoc pane, vivet in seternum. i [Évangile de saint Jean, chap. vi, verset 62.) — « Accipite et comedite. ï {^Evangile de saint Matthieu, chap. xxvi, verset 26.)
3. Luneau de Boisjermain et les éditeurs qui sont venus après lui ont ainsi altéré ce vers :
La terre au milieu des airs.
— Of Je chantais devant Mme de Maiutenon, dit Mlle d'Aumale, un cantique de Racine. Quand je fus à ces vers :
O Sagesse, ta parole Fit éclore l'univers,
elle parut dans l'admiration, jeta quelques larmes et me les fît répéter, s (La Beaumelle, Mémoires pour servir à l'histoire de Mme de Maintenon, tome IV, p. 260.)
4. « Quis niensus est pugillo aquas, et cœlos palmo ponderavit? o Quis appendit tribus digitis molem terrae, et libravit in pondère « montes et colles in statera? » (Jsaïe, chap. xl, verset 12.) Voyez aussi Isaie, chap. xliv, verset 24, fet chap. xLviir, verset i3; et, au chapitre viii des Proverbes, la fia du discours de la Sagesse mentionné plus haut (p. i58, note 3).
i6o POÉSIES DIVERSES.
Dans leur ordre se placer.
Avant les siècles tu règnes * ;
Et qui suis-je, que tu daignes
Jusqu'à moi te rabaisser? 40
Le Verbe, image du Père,
Laissa son trône éternel ,
Et d'une mortelle mère
Voulut naître homme et mortel.
Comme l'orgueil fut le crime 4 5
Dont il naissoit la victime,
Il dépouilla sa splendeur,
Et vint pauvre et misérable,
Apprendre à l'homme coupable
Sa véritable grandeur. 5o
L'âme heureusement captive
Sous ton joug trouve la paix,
Et s'abreuve d'une eau vive
Qui ne s'épuise jamais.
Chacun peut boire en cette onde^ : 5 5
Elle invite tout le monde ' ;
Mais nous courons follement
Chercher des sources bourbeuses
Ou des citernes trompeuses
D'où l'eau fuit à tout moment*. 60
1. a Deus autem rex noster ante ssecula. » [Psaume lxxiii, verset 12.)
2. 8 Haurletis aquas In gaudio de fontibus salvatoris. » [Isaie, chap. XII, verset 3.)
3. « Omnes sitientes venite ad aquas. » (Isaïe, chap. lv, verset i.)
4. 0 .... Me dereliquerunt fontem aquse vivae, et foderunt sibi cis- « ternas, cisternas dissipatas, qiiœ contiiiere non valeut aquas. » [Jérdmie, chap. 11, verset i3.)
SECONDE PARTIE
ÉPIGRAMMES ET AUTRES PETEfES PIÈCES
J. Raciae. IV
Cette seconde partie des Poésies diverses ne renferme que des épigrammes et de petites pièces auxquelles on aurait autrefois, comme nous l'avons déjà fait remarquer, donné le même nom.
Racine a excellé dans l'épigramme; et son fils n'a fait que lui rendre justice, lorsque rappelant son « heureuse disposition à écrire dans tous les genres différents, >' il a dit : œ Fait-il des épigrammes ? il les assaisonne du meilleur sel^. »
On croit qu'il en avait composé un assez grand nombre ; car il avait l'esprit très-porté à la raillerie. Mais nous ne savons où l'abbé Irailh avait pris qu'il en avait fait près de trois cents, outre celles qu'on avait publiées. Des épigrammes, qu'on ne doit pas supposer tout à fait indignes de celles qui sont reconnues avec certitude pour être de Racine, se seraient-elles perdues si facilement et en si grand nombre? Ce malheur a pu sans doute arriver à quelques-unes, que l'auteur aura pris plus de précautions pour tenir dans le secret; mais c'est tout ce qu'il est raisonnable d'admettre. En général, celles que les contemporains n'ont pas ignorées ont dû évidemment être recueillies. Ce qui est à craindre en pareil cas, ce n'est pas ((u'on en ait laissé échapper beaucoup, mais plutôt que le nombre n'en ait été grossi par de fausses attributions.
L'authenticité des épigrammes de Racine est souvent difficile à établir. L'auteur ne les a jamais avouées publiquement, quelques-unes étaient trop hardies pour que la main de qui par-
I. Mémoires sur la vie et li;s ouvrages de Jean Racine, tome I, p. 286.
i64 POÉSIES DIVERSES.
taient leui's traits cruels ne se cachât pas plus ou moins; plusieurs ont échappé à Racine dans un temps où sa piété sévère les lui aurait interdites, s'il n'était si difficile de retenir un bon mot; il ne put donc mettre qu'un petit nombre d'amis dans la confidence de ces amusements peu charitables. De son vivant aucune de ses épigrammes n'a été publiée dans ses OEmr es imprimées en France; une édition d'Amsterdam (1690- 1692) en a donné deux. En 1722, une autre édition d'Amsterdam en a recueilli deux aussi , avec un quatrain à la louange de l'abbé de Villiers ; elle a laissé de côté une des épigrammes de l'édition de 1690- 1692 et l'a remplacée par une autre. C'est seulement en 1728 que, dans les OEuvres de Racine imprimées à Paris, les épigrammes paraissent. Cette édition de 1728 en a cinq, auxquelles on a joint les vers sur le portrait d'Arnauld. Sur ces cinq épigrammes deux avaient été données soit par l'édition de 1690-1692, soit par celle de 1722; il y en a donc trois nouvelles. L'édition de 1786 s'est bornée à reproduire les épigrammes de celle de 1728. Dans l'édition de 1730 (Amsterdam), nous trouvons également avec les vers sur le portrait d'Arnauld, cinq épigrammes ; deux d'entre elles n'avaient pas encore eu place dans les OEuvres de Racine ; deux des plus anciennement connues avaient été négligées. On arrive ainsi à l'édition de 1768, publiée par Luneau de Roisjermain; c'est à ce moment qu'éloignées des secours plus ou moins dignes de confiance de la tradition vivante, des éditions qui cherchaient à être complètes auraient dû être en même temps des éditions critiques. Mais Luneau de Boisjermain et ceux qui sont venus après lui ont trop négligé d'indiquer à quelles sources ils avaient puisé les épigrammes de Racine, quelle avait été la règle de leur choix.
On éprouve, nous devons l'avouer, quelque embarras pour s'en faire une bien assurée. Les deux éditions de Hollande que nous avons nommées, et dont l'une a été imprimée assez longtemps après la mort de l'auteur, et des éditions françaises publiées fort tard, ne font pas absolument foi. Ceux qui ont donné, comme le Moréri , quelques indications bibliographiques sur les OEuvres de Racine y renvoient pour les épigrammes aux M recueils du temps ; » mais à quels recueils.' Nous avons pu remonter rarement à des sources contemporaines. Louis Racine,
ÉPIGRAMMES, ETC. i65
dans ses Mémoires^ , ne nomme que trois épigrammes de son père, tout en reconnaissant qu'il y en avait d'autres; ces trois épigrammes sont celles sur VJspar, sur Y Iphigénie de le Clerc, et sur la Judith de Boyer, Après celles-là, qui, indépendamment du témoignage de son fils, portent avec évidence la marque de son talent, il n'y en a pas beaucoup dont une critique sérieuse puisse affirmer l'authenticité. Avec celles qui ne peuvent être contestées, nous n'en avons admis que d'au moins très-probables; et toujours nous faisons connaître sur quelles autorités nous nous appuyons ; le lecteur reste ainsi juge des preuves.
Comme notre choix a été sévère, on aurait regretté de ne pas trouvei' dans notre édition quelques-unes des épigrammes ou petites pièces qu'on n'a point de motifs pour rejeter absolument et qui ne sont que douteuses. Nous les avons réservées pour un Appendice dans lequel nous donnons les Pièces attribuées. Mais il est clair que nous n'avions pas à emprunter soit aux précédentes éditions, soit aux divers recueils, les épigrammes dont l'attribution fausse peut être démontrée.
Il y en a une conti-e l'abbé Abeille que Petitot a donnée dans son édition (1807) :
Abeille, arrivant à Paris, etc.
On la trouve aussi dans X Almanach des Muses de 1806, p. 112, signée du nom de Jean Racine. Mais cette fausse attribution remonte plus haut; car d'Alembert, dans une des Notes sur V article de Vahhé Abeille {Histoire des membres de t Académie française ^ tome III, p. 41^)5 en parlait déjà pour la repousser : a Cette épigramme, dit-il, ne sauroit être de Racine, à qui des faiseurs de brochures l'ont attribuée, puisque ce grand poëte étoit mort quand l'abbé Abeille fut reçu à l'Académie françoise. {V épi^amme parle en effet de sa réception^ qui ri' eut lieu qu^en 1704.) Mais on a cru rendre l'épigramme meilleure en la décorant d'un si beau nom , sans avoir même le bon sens de voir que Racine, membre de l'Académie, n'auroit pas eu la sottise de se qualifier lui-même d'ennuyeux écrivain. » L'évidence de l'anachronisme a été remarquée également par