I. Voyez notre tome I, p. aSa, 296 et 3i
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les éditeurs des OEnvrcs de Racine^ avec commentaires de la Harpe (voyez leur tome V, p. 364); ils croyaient cette épigiamme de Jean-Baptiste Rousseau; elle a aussi passé pour être de Faydit.
Est-ce pour se consoler de ne pouvoir admettre cette épigramme sur Abeille, que M. Aimé-lMartin en a donné parmi celles de Racine une autre sur le même académicien :
Ci-gît un auteur peu fêté, etc.?
Si cette épigramme en forme à'épitaphe a été faite après la mort d'Abeille, l'anacbronisme est plus ridicule encore que le précédent, Abeille ayant vécu jusqu'en 17 i8. Si c'est par anticipation qu'il est dit dans cette petite pièce que « sa gloire et son coi-ps n'ont qu'une même bière, » une raillerie de si mauvais goût ne saurait être de Racine. L' épigramme tout entière est aussi peu digne de lui que la précédente. L'auteur de l'article Abeille^ dans la Biographie universelle^ pense qu'elle est de Claude Olivier, de l'Académie de ^Marseille; 31. Aimé-Martin a négligé de nous dire sur la foi de quel témoignage il l'a imputée à Racine.
L' épigramme contre Perrault :
Sur quelque vain discours au hasard avancé, etc.,
aété placée par Luneau de Boisjermain (tome 'S''!, p. 4^4) parmi les vers attribués à Racine. On la rencontre dans les Variétés sérieuses et amusantes de Sablier (Amsterdam, 1769), au tome III, p. 281, avec ce titre : De Racine h Perrault. Mais cette même épigramme a été insérée parmi les OEucres de Bnileau dès l'année 1694, au tome I de l'édition publiée cbez Thierry et chez Barbin. Il faudrait donc la laisser à Boileau, quand même on supposerait que Racine y a eu quelque part; et du reste des autorités assez anciennes nous manquent pour appuyer cette supposition. Nous ne sommes sans doute pas éloigné de croire que Racine et Boileau ont plus souvent qu'on ne l'a dit et qu'on ne l'a su, mis leur bien en commun, surtout dans ces petites productions satiriques qu'on improvisait dans les moments de gais entretiens; mais à cette distance les preuves échappent.
Il n'y a point de doute, il est vrai, pour un de ces badi-
nages dans lesquels Racine et Boileau mêlèrent leur improvisation. Boileau, dans une lettre à Brossette du 10 décembre 1 701 , reconnaît qu'ils avaient eu tous deux quelque part au Chapelain décoiffé ; mais il affirme en même temps que ceux qui avaient répandu cette pièce avaient seulement retenu quelques-unes de leurs pensées et y avaient mêlé « des bassesses insupportables. » Il y reconnaissait pour sa part quatre vers seulement dont il lût l'auteur. Rien ne donne à croire qu'on y puisse en trouver un plus grand nombre de Racine. Furetière, suivant Boileau, avait presque tout fait. ]M. Berriat-Saint- Prix a donc eu raison de ne pas admettre \eC/iapclain décoiffé parmi les Œuvres de Boileau, malgré l'exemple donné par la plupart des précédents éditeurs ; les mêmes motifs existent pour ne pas lui donner place dans une édition de Racine.
Ne quittons pas Boileau sans parler d'une de ses épigrammes que quelques personnes croient de Racine, sur la foi de Fayolle. On lit à la page 5o de V Acanthologie de ce compilateur, c[ue l'épigramme trop connue :
De six amants contents et non jaloux,
a été composée par Racine contre la Champmeslé sa maîtresse, oc Nous tenons, dit-il, cette anecdote de le Brun, c[ui la tenait de Louis Racine. » Mais, nous l'avons dit ailleurs % s'il est très-possible que le bon mot qui a été mis en rime dans l'épigramme soit de Racine, il ne s'ensuit pas que l'épigramme elle-même doive lui être attribuée. Ce que Louis Racine a déclaré, c'est que de tels vers étaient indignes de Boileau; cela suppose, ce semble, qu'il les croyait indignes de son père. A ce qu'il a écrit, on oppose ce qu'il aurait dit en confidence ; mais la critique repousse des témoignages chuchotes à l'oreille, et qu'il est toujours si commode d'alléguer.
Fayolle compilait avec beaucoup de légèreté. Il fallait qu'il se fût fait une singulière idée du cai-actère de Racine pour lui imputer le quatrain contre Mme de Maintenon, qu'il a cité dans V Acanthologie, et qui se trouvait déjà signé du nom de feu Racine père dans V Almanach des Muses de l'an ix (1801),
I. Voyez la Notice biographique , au tome I de notre édition, p. 83 et 84, et la note i de la page 84.
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p. 124. Fayolle, et sans doute aussi VJlmanachdes Muses, l'avaient emprunté au Conservateur, ou Recueil de morceaux inédits.... tiré des Portefeuilles de François de Neufchâteau (Paris, an Tin), tome I, p. '38o. JVous avons encore trouvé dans un recueil manuscrit du dix-huitième siècle, qui appartient à la bibliothèque de l'Arsenal, une autre épigramme contre Mme de Maintenon, en forme de sonnet, avec ce titre : Sonnet de M. Racine. C'est une dégoûtante invective. Nous offenserions la mémoire d'un grand poète, dont l'âme était honnête et noble, si nous insistions sur l'impossibilité de croire ces grossières satires de sa protectrice écrites de la même main qui a écrit Esther.
Nous ne pouvons évidemment mettre sur la même ligne que ces monstrueuses attributions, celle que V Acanthologie fait aussi à Racine (p. 287) d'une Épigramme sur le P. Renaud, prédicateur, à madame L*** qui vouloit que fauteur entendit le P. Renaud. IMais sans qu'il y ait rien d'odieux dans cette épigramme, il faudrait, pour en admettre Tauthenticité, se faire une idée toute nouvelle du goût de Racine , et du genre de plaisanterie c[ui pouvait être dans ses habitudes. Qu'on en juge :
Dans une église froide et sombre
Où les badauds sont coudoyés,
Je poiirrois augmenter le nombre
Des admirateurs ennuyés ;
Non que pour faire un prosélyte
Notre ami n'eût cent dons divers :
11 a sûrement du mérite,
Puisqu'autrefois il fit des vers. ,
Mais quelque ardeur qui le transporte,
Si jamais par ses tons hardis
Son éloquence aimable et forte
Me fait aller en paradis,
Je veux que le diable m'emporte.
Quand on veut mettre sur le compte de Racine une épigramme, où bien peu de personnes croiront trouver son style, il faudrait au moins dire sur quelles autorités on s'appuie. Le compilateur de VJcanthologie a négligé de nous éclairer sur ce point. Quel est d'ailleurs ce P. Renaud ? On croit bien recon-
naître le prédicateur de ce nom, le prêtre de l'Oratoire, dont le Fort de la Morinière a inséré une ode sacrée au tome III, p. 76 , de son Nouveau choix de poésies morales et chrétiennes (■3 volumes in-4'', M.DCC.XLVII). La foule se pressait à ses sermons; il avait fait des vers : l'Académie française lui décerna en 17^7 un prix de poésie; ce que dit l'épigramme lui convient donc parfaitement. Mais s'il s'agit réellement de lui, ce n'est pas Racine qui a pu écrire cette petite pièce contre un lam'éat académique de l'année 17^7, contre un prédicateur qui, en 1753, prêchait encore le carême dans l'église de Notre- Dame'. Après ce P. Renaud, nous n'en trouvons qu'un autre, célèbre également par ses prédications, mais non par ses vers. Il était dominicain ; comme son homonyme, il appartient au dix-huitième siècle.
Nous n'aurions pu placer à meilleur titre, même parmi les Pièces attribuées , une autre épigramme, que cependant 31. Edouard Fournier, dans les notes de son Racine à Uzès, dit être bien certainement de notre poëte. C'est l'épigramme sur Y Aganiemnon de Bover. Elle ne renferme rien qu'il répugne d'attribuer à Racine; mais personne, avant M. Fournier, n'ayant dit qu'elle fût de lui, on ne saurait entrer dans une voie d'attribution aussi arbitraire. On trouve cette épigramme sans nom d'auteur dans le Portefeuille de M. L. D. F*** {de la Faille), imprimé en 169/, à Carpentras, chez Dominique la Barre. Nous avons déjà eu l'occasion de citer ce petit livre, où se trouvent, également anonymes, plusieurs des hymnes de Racine. Il renferme aussi des épigrammes auxquelles nous donnons place parmi les Pièces attribuées : le quatrain sur la Troade, le sonnet sur la même pièce, un autre sonnet sur le Genséric; mais nous n'aurions pas regardé leur insertion au Portefeuille de la Faille comme une présomption en faveur de leur authenticité, si cette présomption n'avait été fortifiée par quelque témoignage d'une date un peu ancienne. Nous avons rencontré celui de Bruzen de la Martiniére pour les épigrammes sur la Troade et sur le Genséric, mais nullement pom' le sonnet sm- VAgamemnon. Le Portefeuille de
I. \oyez le Dictionnaire des prédicateurs français, i vol. În-I3, Lvon, M.DCC.LYII.
la Faille a plusieui's autres petites pièces de vers anonymes qui sont reconnues pour être de divers auteurs; puisque tout n'est pas de Racine dans ce Purtefeuille, quel témoignage reste-t-il en faveur de l'authenticité du sonnet sur Jgamemnon? Nous pouvons toutefois le citer ici :
On dit qu'Agamemiion est mort, Il court un bruit de sûn naufrage, Et Clytemnestre tout d'abord Célèbre un second mariage.
Le Roi revient et n'a pas tort D'enrager de ce beau ménage :
Il aime une nonne bien fort, Et prêche à son fils d'être sage.
De bons morceaux par-ci par-là
Adoucissent un peu cela ;
Rien des gens ont crié merveilles.
J'ai fort crié de mon côté ; Mais comment faire en vérité ?
Les vers m'écorchoient les oreilles.
Un mot plaisant de Racine que son fils rapporte dans ses Mémoires * pourrait donner à penser à quelques personnes qu'il est l'auteui' de Tépigramme sur Dacier et sa femme, souvent rapportée avec quelques variantes dans les anciens recueils, et où il est dit que, dans les productions d'esprit des deux époux, Mme Dacier était le père; mais s'il avait mis luimême en rimes ce trait de plaisanterie, cjue Louis Racine lui attribue, il aurait su lui donner un tour plus élégant, une expression plus délicate. Roileau, dans une lettre du 1 2 mars 1 707, écrivait à Rrossette que cette épigramme (il semble du moins cfue ce soit celle-là qu'il désigne) passait pour être de l'abbé Tallemant.
Rrossette nous a conservé une esquisse, malheureusement peu nette et tracée d'une plume bien lourde, d'une épigramme de Racine qui s'est perdue. Roileau, qui en avait parlé à Rros-