‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 73 sur 306 · I. Yovez notre tome I, p. 33 1, note i · texte numérisé non relu

I. Yovez notre tome I, p. 33 1, note i

sette, n'avait qu'un souvenir assez vague, paraît-il, de cette épigramme, où son frère aîné était cruelleineut raillé. Ses indications peu précises n'ont peut-être été recueillies par son commentateur qu'avec une fidélité imparfaite, ce qui n'en aura pas éclairci l'obscurité. Voici le passage de Brossette, tiré des pages 64 et G5 de son Manuscrit sur la vie et les ouvrages de Boileau, qui est à la Bibliothèque impériale : « Il {M. Despréaux) m'a dit.... que son frère l'académicien, Gilles Boileau, s'étoit déclaré hautement contre VJndromaqae de IM. Racine. Celui-ci, pour se venger, railla Gilles Boileau par une épigramme sanglante qu'il fit sur ce que ]M. Boileau avoit coutume de s'arracher les poils de la barbe avec des pincettes, afin d'avoir le teint plus vif, parce qu'il vouloit plaire à jMme la présidente de Torri, dont il étoit aimé. Ce jM. Boileau l'aîné avoit pris un goître à la gorge, ce qui le défiguroit beaucoup ; et pour faire passer cette tumeur, il se fit ouvrir la gorge; mais cette opération ne lui réussit pas, car il en mourut quelque temps après. C'est ce qui donna occasion à l'épigramme dont ]M. Despréaux ne s'est pas souvenu; mais il m'a dit que la pensée étoit que Boileau, les pincettes en main, se va placer sur le théâtre, où il enrage de voir réussir la pièce, et que de dépit il s'en arrache la barbe; et si la pièce n'eût fini, il se servit arraché la gorge. » Autant qu'on peut juger encore de cette épigramme, dont tout le sel s'est évaporé, elle en avait un d'une certaine âcreté. Le dernier trait sur le goître arraché paraît même avoir quelque chose d'odieux, lorsqu'on pense cà l'opération et aux suites qu'elle eut; mais Gilles Boileau ne mourut qu'en 1669 (le 22 octobre); l'épigramme doit être de 1667 ou du commencement de 1668. Il reste cependant ceci, qu'à l'époque à^Andromaque, où Racine tira aussi vengeance des critiques du comte d'Olonne et du duc de Créqui, il était en veine d'épigrammes cruelles.

Parmi les vers attribués à Racine, Luneau de Boisjermain a admis dans le tome VI de son édition la traduction du Santolius pœnitens; nous n'avons pas dû l'imiter, la fausseté de cette attribution ne faisant l'objet d'aucun doute. Racine, qu'on avait voulu faire passer pour l'auteur de cette pièce, en désavoue formellement la paternité dans une lettre à Boileau du 4 avril 1 696 ; et quand on a lu ces faibles vers, on n'est nullement tente de

contester la sincérité du désaveu de notre poëte. Ils ont d'ailleurs été reconnus pour être de Boivin.

Nous n'avons pas hésité non plus à exclure, même des Pièces attribuées , la chanson que M. Aimé-Martin a donnée le premier dans son édition, et qui commence ainsi :

Vous faites des solrlats au Roi, Iris, est-ce là votre emploi?

L'éditeur a, dans une note, expliqué le sujet de cette petite pièce, et indiqué à quelle source il l'avait puisée. « Louis XIV, dit-il, ayant rendu une ordonnance par laquelle il conférait le grade de capitaine à tous ceux qui équiperaient une compagnie à leurs frais, Mme de Fougères se mit dans la tête de faire de son mari un capitaine. A cet effet, elle se rendit à Moulins, où elle réunit dans des fêtes brillantes tout ce qu'il y avait d'aimable et de galant. Racine, retenu alors à Moulins par sa charge de trésorier de France, chanta dans une de ces réunions les couplets suivants, qu'il improvisa. Cette pièce, conservée dans la mémoire de quelques personnes à Moulins, fut publiée dans le Journal de C Allier en mars 1826. » ]Nous avons pu, grâce à l'obligeance de M. l'archiviste de l'Allier, nous procurer l'article du Journal de F J Hier. Il est en date du 29 mars 1826, et sous la forme d'une lettre adressée le 12 du même mois au rédacteur. Il y est parlé d'une Mme de P***, et non pas de Mme de Fougères, dont M. Aimé-Martin a pris le nom nous ne pouvons deviner où. Le correspondant parle d'abord de l'ordonnance de Louis XIV dans les mêmes termes que IM. Aimé-Martin, puis il continue ainsi : « Mme de P"*, ennuyée du triste séjour de son château du C***, se mit dans la tête de faire de son mari un capitaine. A cet effet, elle se rend à Moulins, où elle réunit dans des fêtes brillantes et des soupers délicieux tout ce que l'on comptait alors d'aimable et de galant; et une femme jeune et belle pouvait-elle manquer ainsi de composer en peu de temps une compagnie à son mari ? L'enthousiasme qu'elle inspira fut si grand, que Racine, retenu alors à Moulins par sa charge de trésorier de France, chanta dans une réunion les couplets suivants.... Vous dire comment cela est parvenu à ma connaissance serait trop long ; j'ajou-

terai seulement que la fortune de M. de P*** ne se borna pas au grade de capitaine, qu'il devint lieutenant général, amassa de grandes richesses, rebâtit son modeste château du C***, tant les femmes ont d'influence sur la destinée des hommes ! » Et c'est sur la foi d'une si ingénieuse narration que M. Aimé- Martin a accepté comme une improvisation de Racine des vers tel s que ceux-ci :

J'y veux rester, mais que l'argent Ne soit pas mon engagement.

.... Cet avantage A la valeur ne fait en rien.

On peut remarquer aussi le troisième vers de la chanson : Pour vous en éditer la peine.

Il y a là une locution, généralement regardée comme vicieuse, contre laquelle, il est vrai, n'ont pas été en garde quelques bons écrivains du dix-huitième siècle; mais nous ne croyons pas qu'au temps de Racine ceux qui savaient leur langue s'en permissent l'usage.

Les faits allégués dans le petit roman du correspondant anonyme ont-ils du moins quelque vraisemblance? Qu'est-ce que cette prétendue ordonnance de Louis XIV ? Non-seulemeut on a le droit de la trouver bien étonnante, mais nous tenons des personnes les plus compétentes qu'on n'en trouve nulle trace dans les recueils d'ordonnances militaires que possède la bibliothèque du Dépôt de la guerre. Et à quelle date placeraiton l'ordonnance et les petites anecdotes de Moulins ? Dans les années sans doute où les ressources militaires et financières de la France commençaient à s'épuiser, c'est-à-dire dans un temps où. Racine, père de famille et devenu très-austère, ne s'amusait pas à ces galantes fadaises. Si l'on objecte que Racine était déjà trésorier de France à Moulins quelques années avant son mariage, comme le prouve le privilège de son Iphigénic^ veut-on que l'ordonnance soit du temps de la guerre de 1672 à 1678? Mais rien alors ne pouvait la justifier ; et c'est sous l'administration de Louvois surtout que l'on peut affirmer qu'il n'en a pas été rendu de semblable. Il est au reste bien douteux que

Racine ait jamais été à Moulins. Le i3 août 1687, Boileau, qui y était de passage, écrivait à Racine une lettre où il lui en parlait comme d'une ville qui était inconnue de son trésorier, mais où tout le monde connoissoit fort son nom.

Peut-être avons-nous insisté plus qu'il n'était nécessaire sur les preuves trop faciles de cette fausse attribution. Mais il importe de débari'asser les éditions des OEuvres de Racine de I

pièces qui ne sont pas dignes de lui.

SECONDE PARTIE

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