‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 74 sur 306 · EPIGRAMME SUR LA SIGNATURE DU FORMULAIRE DU CLERGÉ DE FRANCE · texte numérisé non relu

EPIGRAMME SUR LA SIGNATURE DU FORMULAIRE DU CLERGÉ DE FRANCE

Les éditeurs de 1807 ont les premiers donné dans les OE livres de Racine (voyez leur tome V, p. 358} cette épigramme, sous ce titre : Impromptu fait dans la chambre de Pabbé Boileau , docteur de Sorbonne. a Nous avons, disent-ils, trouvé dans les notes manuscrites de Jean-Baptiste Racine ce quatrain, qui est de la jeunesse de l'auteur, et qui fut fait à l'époque de la déclaration du Roi, portant injonction à tous les ecclésiastiques de signer le formulaire d'Alexandre VII, sous peine de perdre leurs bénéfices, s Une note à peu près semblable se lit dans un manuscrit dont nous devons la communication à M. de Naurois. Ce manuscrit est la copie d'une pièce de vers très-étendue, dont le quatrain donné par les éditeurs de iSoj n'est que le premier couplet. Voici la note : z Les quatre premiers vers de cette épigramme sont écrits de la main de Jean-Baptiste Racine dans un des cahiers manuscrits que j'ai de lui, avec cet iutitulé : « Autre qu'il fît sur-le-champ dans la chambre de l'abbé

Bolleau, son ami, docteur en Sorboiine. s La longue pièce de vers en tête de laquelle se trouve le quatrain a été imprimée de fort bonne heure, vraisemblablement dès 1664. Nous l'aurions mise ici même sous les yeux du lecteur , si , en matière d'authenticité , une grande circonspection n'était notre loi. Il nous paraît assez probable que, dans toute son étendue, elle est de Racine; mais comme cette probabilité pourrait ne pas être admise par tout le monde, nous avons cru nous mettre plus à l'abri de toute critique en plaçant cette suite du quatrain parmi les Epigrammes attribuées, où on la lira avec la notice qui en fait l'histoire.

Contre Jansénius j'ai la plume à la main, Je suis prêt à signer tout ce qu'on me demande Qu'il soit hérétique ou romain, Je veux conserver ma prébende.

SUR LES CRITIQUES QU ESSUYA LA TRAGÉDIE -D AyDROMAQVE.

Andromaque, comme nous l'avons dit dans la JSoùce sur cette tragédie, fut représentée pour la première fois le 17 novembre 1667. Il est très-vraisemblable que cette épigramme et la suivante, sur le même sujet, sont de 1668. Elles frappaient l'une et l'autre de traits trop sanglants des personnes de qualité, pour avoir pu circuler du vivant de Racine autrement que manuscrites ; et nous ne pensons pas qu'il soit exact de dire, comme le fait delà première une note de l'édition de 1807, (^vie\\e?> parurent dès cette année 1668. Elles n'ont été imprimées que fort tard ; nous croyons que la première l'a été d'abord dans le Bolxana, inséré en 1740 dans les OEuvres de Boileau j^édition in-folio de l'abbé Soucliay). On l'y trouve au tome I, p. xlvii. o M. Despréaux , de qui je tiens cette épigramme , dit l'auteur du Bolxana, en trouvoit la malice digne de son auteur. » Louis Racine n'en parle pas dans ses Mémoires, non plus que de la seconde, ce qu'il faut attribuer à un sentiment de réserve; m;iis ime note de l'édition de la Harpe (1807) nous apprend que la première était citée dans les manuscrits de Tean-Baptiste Racine. De son côté, Brossette en parle dans son Recueil ^manuscrit) des mémoires touchant la vie et les ouvrages de Boileau Despréaux. La première édition des OEuvres de Racine où nous l'ayons vue est celle de 1760 (Amsterdam). Luneau de Boisjermain l'a donnée (1768), ainsi que la seconde, pour laquelle nous ne rencontrons pas d'aussi anciens témoignages que pour la première, mais qui ne nous parait pas toutefois d'une authenticité douteuse : le jugement que Boileau portait de l'une est aussi -sTai de l'autre.

La vraisemblance est choquée en ta pièce*, Si l'on en croit et cVOlonue et Créqui :

I. Notre texte des deux premiers vers est celui que donne le Z?o- J. Racine, iv 12

Créqui dit que Pyrrhus aime trop sa maîtresse ; D'Oloune, qu'Andromaque aime trop son mari*.

keana. Dans l'édition de 1730 (Amsterdam), dans celle de Limeau de Boisjermain et dans les suivantes, on lit ainsi le premier :

Le vraisemblable est peu dans cette pièce.

La main des arrangeurs est visible dans cette leçon, qui n'est pas heureuse. Celle que nous avons adoptée nous paraît mériter plus de confiance. Les éditeurs de 1807 nous apprennent que dans les manuscrits de Jean -Baptiste Racine ils ont ainsi lu les deux premiers vers :

La vraisemblance est choquée en ta pièce, Racine, si l'on croit et d'Olonue et Créqui,

A une légère différence près (^Racine peut bien être une glose), cela est d'accord avec le Bolxana. liC premier vers est beaucoup mieux ainsi ; et certainement Monchesnay ni Jean-Baptiste Racine n'ont inventé que Racine s'était adressé à lui-même cette épigramme. Il est aisé de comprendre qu'il ne voulait pas être reconnu pour l'auteur d'une raillerie si hardie.

I. Louis de la Trémoille, comte d'Olonne, est surtout connu par les aventures galantes de sa femme, que Bussy a racontées dans son Histoire amoureuse des Gr.iiles, L'autre détracteur d'Andromaque, le duc Charles de Créqui, était le frère aîné du maréchal de Créqui, avec lequel Monchesnay l'a confondu. « Le plaisant de l'épigramme, dit-il dans le Bolœana, c'est que le maréchal de Créqui n'avoit pas la réputation d'aimer trop les femmes; et quant à M. d'Olonne, il n'avoit pas lieu de se plaindre d'être trop aimé de la sienne. » A part l'erreur qui lui a fait prendre le maréchal pour le duc, Monchesnay explique très-bien l'épigramme. Brossette, dans son Recueil manuscrit, en donne un commentaire tout semblable, mais dont les termes ont beaucoup plus de crudité : il applique à chacun des deux grands seigneurs une épithète grossière, j)our marquer le vice infâme de l'un, et la ridicule infortune de l'autre. M. Aimé-Martin a donc eu tort de dire que « Créqui avoit la réputation d'être trompé par sa maîtresse. » L'épigramme, avec cette explication, perd beaucoup de son sel.

Page 1