ACTE I, SCÈNE I
Je lui disois parfois : « Monsieur Perrin Dandin, 2 5
Tout franc, vous vous levez tous les jours trop matin :
Qui veut voyager loin ménage sa monture.
Buvez, mangez, dormez, et faisons feu qui dure. »
Il n'en a tenu compte. Il a si bien veillé
Et si bien fait, qu'on dit que son timbre est brouillé*. 3o
Il nous veut tous juger les uns après les autres.
Il marmotte toujours certaines patenôtres^
Où je ne comprends rien. Il veut, bon gré, mal gré,
Ne se coucher qu'en robe et qu'en bonnet carré*.
Il fit couper la tête à son coq, de colère^, 3 5
Pour l'avoir éveillé plus tard qu'à l'ordinaire ;
Il disoit qu'un plaideur dont l'affaire alloit ma.
Avoit graissé la patte à ce pauvre animal*.
Depuis ce bel arrêt, le pauvre homme a beau faire,
Son fils ne souffre plus qu'on lui parle d'afîaire. 40
1 . Son timbre est brouillé, c'est-à-dire sa cervelle est brouillée, dérangée. On dit plus souvent dans ce sens : « son timbre est fêlé. » Des commentateurs ont blâmé l'expression de Racine. La métaphore ne veut pas être ici analysée si exactement, et pourrait d'ailleurs être justifiée.
2. Patenôtres signifie le plus souvent des pater noster, des prières. Petit Jean donne ce nom aux formules inintelligibles , au grimoire que récite son maître.
3. L'esclave Xantliias-, dans les Guêpes d'Aristophane, fait de la folie de son maître Philocléon un tableau à peu près semblable :
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{Guêpes, 89-92.)