chapitre xlii
LES PLAIDEURS
DANDIN
Du repos ? Ah ! sur toi tu veux régler ton père.
Crois-tu qu'un juge n'ait qu'à faire bonne chère,
Qu'à battre le pavé comme un tas de galants, 8 5
Courir le bal la nuit, et le jour les brelans?
L'argent ne nous vient pas si vite que l'on pense.
Chacun de tes rubans me coûte une sentence*.
Ma robe vous fait honte : un fils de juge ! Ah, fi!
Tu fais le gentilhomme. Hé! Dandin, mon ami, 90
Regarde dans ma chambre et dans ma garderobe
Les portraits des Dandins : tous ont porté la robe;
Et c'est le bon parti. Compare prix pour prix
Les étrennes d'un juge à celles d'un marquis:
Attends que nous soyons à la fin de décembre. 95
Qu'est-ce qu'un gentilhomme? Un pilier d'antichambre.
Combien en as- tu vu, je dis des plus hupés ^,
A souffler dans leurs doigts dans ma cour occupés,
Le manteau sur le nez, ou la main dans la poche;
Enfin, pour se chauffer, venir tourner ma broche^ ! 100
Voilà comme on les traite. Hé ! mon pauvre garçon,
I>e ta défunte mère est-ce là la leçon ?
La pauvre Babonnette ! Hélas ! lorsque j'y pense,
Elle ne manquoit pas une seule audience.
Jamais, au grand jamais, elle ne me quitta, 10 5
Et Dieu sait bien souvent ce qu'elle en rapporta :
1. « On portait encore des rubans au temps de Racine. C'était un reste de l'ancien habillement déchiqueté. Aujourd'liui les comédiens su])stituent au mot de rubans celui de hnutons. » [Note de l'édition de 1768.) On pourrait croire que les comédiens se permettaient encore ce changement ridicule au temps où la Harpe écrivait son commentaire, puisqu'il a reproduit cette note, sans en citer la source, et semble se l'approprier.
2. Tiyv.p e6'(?ai//.dv /, fJLor.xc/.pi<STOv /jlk)).o:> vùv èart «Tixac-TOu; ... *0v Trpwra fièv ëpnovr' sùvyjç zinpoùa' sTît roï'ai SpofâxTOis "Avo/iïç /j.e/àloL y.v.i rsTpix7rô)(siç. [Guêpes, vers 563-566.)
— Il y a bien liupésj et non huppés, dans les anciennes éditions. IS.Fur. Enfin, pour se chauffer, venir tourner la broche. (1676)