Bolœana^ p
BRITANNICUS
La première préface de Britannicus nous apprend quelles furent quelques-unes des objections qu'on y fit : beaucoup sont assurément ridicules. Il y en a, on Ta vu, de bien impertinentes dans le compte rendu de Boursault, et aussi dans celui de Robinet, qui demeure d'ailleurs dans des termes assez généraux. Nous ne saurions guère trouver plus justes les appréciations d'un critique, dont l'opinion cependant a d'ordinaire tout un autre poids , mais qui dans les éloges donnés à Racine s'arrêtait toujours à temps pour ne pas se compromettre avec Corneille : nous voulons parler de Saint-Évremond. 11 est aisé de voir qu'il aurait bonne envie d'être juste pour l'auteur de Britannicus; mais il faut au moins qu'il l'accuse d'avoir mal choisi son sujet : « J'ai lu Britannicus avec assez d'attention, écrit-il à M. de Lionne pour y remarquer de belles choses. Il passe, à mon sens, \ Alexandre et VAndromaque ; les vers en sont plus magnifiques ; et je ne serois pas étonné qu'on y trouvât du sublime. Cependant je déplore le malheur de cet auteur d'avoir si dignement travaillé sur un sujet qui ne peut souffrir une représentation agréable. En effet, l'idée de Narcisse, d'Agrippine et de Néron , l'idée, dis-je, si noire et si horrible qu'on se fait de leurs crimes, ne sauroit s'effacer de la mémoire du spectateur, et quelques efforts qu'il fasse pour se défaire de la pensée de leurs cruautés, l'horreur qu'il s'en forme détruit en quelque manière la pièce. »
Est-il vrai, comme le dit Monchesnay, que Boileau lui-même ait joint à ses louanges d'assez fortes critiques ? Elles furent faites, dit-il, « en présence du fils de Racine. » Comme Louis Racine, dans ses Mémoires ^ les déclare tout à fait invraisemblables, ou Monchesnay parle du fils aîné, ou la mémoire de l'un des deux témoins est en défaut. Quoi qu'il en soit, voici le passage du Bolscana. Il se lit à la suite de la phrase, que nous avons tout à l'heure citée, sur les vers sentencieux àe Britannicus : « Mais il n'étoit pas content du dénouement. 11 disoit qu'il étoittrop puéril; que Junie, voyant son amant mort, se fait tout à coup religieuse, comme si le couvent des Vestales étoit un couvent d'Ursulines, au lieu qu'il falloit des formalités