I. Bolseana^ p
NOTICE
Molière et par Racine, mais il savait donner à quelques parties de son rôle une expression énergique qui frappait de terreur.
Au dix-huitième siècle, la plus admirée des Agrippines fut Mlle Dumesnil. Elle joua ce rôle dans ses débuts en 1737. Grimm le cite^ comme un de ses plus beaux; ainsi que ceux de Sémiramis et de Mérope, il convenait particulièrement à la noblesse imposante de sa physionomie. Mlle Volnais et Mlle Raucourt, avec moins d'éclat sans doute, passent cependant aussi pour avoir mérité beaucoup d'applaudissements dans ce même rôle d'Agrippine. On reprochait à Mlle Raucourt d'y apporter une dignité trop étudiée ; mais elle en rendait supérieurement la fierté; et dans les imprécations de la scène vi du dernier acte, elle produisait une forte impression.
Nous comprenons peu ce que dit Grimm, lorsqu'il prétend que jusqu'à le Kain le rôle de Néron n'avait été regardé que comme un rôle secondaire; il ne l'est certainement point dans la pièce elle-même ; et quant à la manière dont il avait été joué jusque-là, nous avons vu qu'il avait déjà trouvé d'excellents interprètes. Mais il se peut que le Kain les ait surpassés. Quelques mois après la mort du célèbre acteur, en 1778, Grimm écrivait : « Il n'est presque aucune tragédie de Racine que nous ayons vue plus suivie dans ces derniers temps (que Britannicus)j et c'est au rôle de Néron qu'elle dut tout son effet. L'art de le Kain y sut présenter la vive et frappante image de la jeunesse d'un tyran échappant pour la première fois aux liens de la contrainte et de l'habitude ^. »
Un reproche qui ne peut s'accorder a\ec ce témoignage de Grimm est celui que Geoffroy adressait à le Kain en même temps qu'à Talma. A l'en croire, tous deux oubliaient trop que Néron est un jeune prince qui commence seulement à développer des vices longtemps comprimés par une bonne éducation, et lui donnaient trop de profondeur et de politique. C'était d'ailleurs Talma surtout que , suivant son habitude , Geoffroy accablait de ses critiques. Il cherchait à faire ressortir
1. Correspondance littéraire de Grimm et de Diderot (édition de 1829-1830), tome IX, p. 148 (juillet 1776).
2. Correspondance littéraire de Grimm et de Diderot ^ tome IX, p. 488 (février 1778).
BRITANNICUS
en bien des points la supériorité de le Kain, par exemple dans les entretiens de Néron avec Junie, où, suivant lui, il faisait mieux sentir l'ironie et la malignité du personnage. Mais si nous ne pouvons aujourd'hui apprécier le plus ou moins de justesse de ces comparaisons, il est très- certain du moins que Geoffroy, qui s'est efforcé longtemps de décourager Talma dans ce rôle, où il le disait déplacé, s'est trouvé en opposition avec le sentiment de tous ses contemporains. Leur admiration unanime ne laisse point de doute sur les magnifiques inspirations que le grand tragédien puisa dans la pièce de Britannicus,
Nous avons recueilli les variantes de Britannicus dans le texte de 1670, édition séparée et la première de toutes*, et dans les différentes éditions collectives, déjà nommées à l'occasion des pièces précédentes. Notre texte est conforme à celui de l'impression de 1697.