‹ Œuvres;Chapitre 193 sur 422 · ACTE ï, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE ï, SCÈNE I

Il faut qu'entre eux et lui je tienne la balance,

Afin que quelque jour, par une même loi,

Britannicus la tienne entre mon fils et moi. 70

ALBÏNE.

Quel dessein!

AGRIPPINE

Je m'assure un port dans la tempête.

Néron m'échappera , si ce frein ne l'arrête.

ALBINE

Mais prendre contre un fils tant de soins superflus ?

AGRIPPINE

Je le craindrois bientôt, s'il ne me craignoit plus.

ALBINE

Une injuste frayeur* vous alarme peut-être. 7 5

Pflais si Néron pour vous n'est plus ce qu'il doit être ,

Du moins son changement ne vient pas jusqu'à nous ,

Et ce sont des secrets entre César et vous.

Quelques titres nouveaux que Rome lui défère ,

Néron n'en reçoit point qu'il ne donne à sa mère. 80

Sa prodigue amitié ne se réserve rien.

Votre nom est dans Rome aussi saint que le sien.

A peine parle-t-on de la triste Octavie.

Auguste votre aïeul honora moins Livie,

Néron devant sa mère a permis le premier ^ 8 5

Qu'on portât les faisceaux couronnés de laurier ^.

Quels efî'ets voulez-vous de sa reconnoissance ?

1. A ces mots: « Une injuste frayeur, » rédition de 1741 a substitué : a Une juste frayeur, n faute reproduite daus l'édition de M. Aimé-Martin.

2. Néron avait fait décerner par le sénat deux licteurs à sa mère : « Omnes « in eam honores cumulabantur ; signumque more militise petenti tribune dece dit, optimse matris. Decreti et a senatu duo lictores. » (Tacite, Annales, livre XIII, chapitre 11.)

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