‹ Œuvres;Chapitre 198 sur 422 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Que dis-je ? la vertu semble même renaître.

Tout l'Empire n'est pins la dépouille d'un maître.

Le peuple au cbamp de Mars nomme ses magistrats; 205

César nomme les cliefs sur la foi des soldats ;

Thraséas au sénat, Corbulon dans l'armée %

Sont encore innocents , malgré leur renommée ;

Les déserts , autrefois peuplés de sénateurs ,

Ne sont plus habités que par leurs délateurs^. a 10

Qu'importe que César continue à nous croire,

Pourvu que nos conseils ne tendent qu'à sa gloire ;

Pourvu que dans le cours d'un règne florissant

Rome soit toujours libre, et César tout-puissant^?

Mais , Madame , Néron suffit pour se conduire. 2 1 5 J'obéis, sans prétendre à l'honneur de l'instruire. Sur ses aïeux sans^oute il n'a qu'à se régler; Pour bien faire, Néron n'a qu'à se ressembler : Heureux si ses vertus, l'une à l'autre enchaînées. Ramènent tous les ans ses premières années! 220

AGRIPPINE

Ainsi , sur l'avenir n'osant vous assurer. Vous croyez que sans vous Néron va s'égarer. Mais vous qui jusqu'ici content de votre ouvrage

1 . Le stoïcien Pétus Thraséas se fit toujours remarquer dans le sénat par sa généreuse liberté. Il fut une des dernières victimes de Néron. Tacite [Annales, livre XVI, chapitre xxi) a dit qu'en le faisant mourir, Néron avait voulu exterminer la vertu même. — Cneius Domitius Corbulon fut le plus grand gueri'ier et l'un des hommes les plus vertueux de son siècle. Ses exploits avaient commencé sous Claude. Sous Néron il avait commandé les légions de Syrie et fait glorieusement la guerre d'Arménie. Néron le fit aussi périr.

2. Racine s'est souvenu de ce passage du Panégyrique de Trajan (chapitre xxxv) : oc Quantum diversitas temporum posset, tum maxime cognitum « est, — quum — insulas omnes, quas modo senatorum, jam delatorum turba « compleret. »

3. Comparez ce beau passage de la Fie d'Agricola (chapitre m) , où Tacite félicite Nerva d'avoir réuni deux choses autrefois incompatibles, la liberté et la monarchie : <( Res olim dissociabiles.... principatum ac liberta- « tem. »

BRlTANPsICUS.

Venez de ses vertus nous rendre témoignage ,

Expliquez-nous pourquoi, devenu ravisseur, izi

Néron de Silanus fait enlever la sœur*.

Ne tient-il qu'à marquer de cette ignominie

Le sang de mes aïeux qui brille dans Junie ^ ?

De quoi Faccuse-t-il? et par quel attentat

Devient-elle en un jour criminelle d'État : 2 3»>

Elle qui sans orgueil jusqu'alors élevée,

N'auroit point vu Néron , s'il ne l'eût enlevée,

Et qui même auroit mis au rang de ses bienfaits

L'heureuse liberté de ne le voir jamais ?

BURRHUS

Je sais que d'aucun crime elle n'est soupçonnée ; 235 Mais jusqu'ici César ne l'a point condamnée , Madame. Aucun objet ne blesse ici ses yeux : Elle est dans un palais tout plein de ses aïeux. Vous savez que les droits qu'elle porte avec elle Peuvent de son époux faire un prince rebelle; 240 Que le sang de César ne se doit allier Qu'à ceux à qui César le veut bien confier; Et vous-même avoiirez qu'il ne seroit pas juste Qu'on disposât sans lui de la nièce d'Auguste* .

AGRIPPINE

Je vous entends : Néron m'apprend par votre voix 245 Qu'en vain Britannicus s'assure sur mon choix. En vain , pour détourner ses yeux de sa misère ,

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