‹ Œuvres;Chapitre 230 sur 422 · BRITANNICUS, AGRIPPINE, NARCISSE, ALBINE · texte numérisé non relu

BRITANNICUS, AGRIPPINE, NARCISSE, ALBINE

BRITANNICUS

Nos ennemis communs ne sont pas invincibles , 895 Madame : nos malheurs trouvent des cœurs sensibles. Vos amis et les miens, jusqu'alors si secrets,

I . Tacite rapporte que , bien des années avant sa mort, Agrippine avait cru aux prédictions des Chaldéens qui lui annonçaient cette mort, et |les avait méprisées : a Hune sui finem multos ante annos crediderat Agrippina contempse- « ratque ; nam consulenti super Nerone responderunt Chaldsei fore ut impe- « raret, matremque occideret; atque illa : «Occidat, inquit, dum imperet. » {Annales, livre XIV, chapitre ix.)

BRITANNICUS

Tandis que nous perdions le temps en vains regrets ,

Animés du courroux qu'allume l'injustice,

Viennent de confier leur douleur à Narcisse. 900

Nëron n'est pas encor tranquille possesseur

De l'ingrate qu'il aime au mépris de ma sœur.

Si vous êtes toujours sensible à son injure,

On peut dans son devoir ramener le parjure.

La moitié du sénat s'intéresse pour nous : 90 5

Sylla , Pison , Plautus *

AGRIPPINE

Prince, que dites-vous?

Sylla, Pison, Plautus! les chefs de la noblesse!

BRITANNICUS

Madame , je vois bien que ce discours vous blesse,

Et que votre courroux , tremblant , irrésolu ,

Craint déjà d'obtenir tout ce qu'il a voulu. 9 1 o

Non , vous avez trop bien établi ma disgrâce :

D'aucun ami pour moi ne redoutez l'audace.

Il ne m'en reste plus ; et vos soins trop prudents

Les ont tous écartés ou séduits dès longtemps.

AGRIPPINE

Seigneur, à vos soupçons donnez moins de créance : 9 r 5 Notre salut dépend de notre intelligence. J'ai promis, il suffit. Malgré vos ennemis, Je ne révoque rien de ce que j'ai promis. Le coupable Néron fuit en vain ma colère :

I . Cornélius Sylla était suspect à Néron par l'illustration de sa naissance et comme gendre de Claude. Pallas et Burrhus furent accusés d'avoir voulu l'élever à l'Empire. [Annales, livre XIII, chapitre xxm.) Néron le fit tuer après la chute de Séncque. {Ibidem, livre XIV, chapitre lvh) . — C. Pison fut le chef de la grande conjuration formée contre Néron vers la fin de son règne. (Ibidem, livre XV, chapitre xlviii-lix.) — Rul)ellius Plautus descendait d'Auguste par les femmes au même degré que Néron. Tacite dit [ibidem, livreXlllf chapitre xix) qu'après la mort de Britarinicus, Agrippine fut accusée de méditer une révolution en sa faveur. Néron le fit tuer dans le même temps que Cornélius Sylla. [Ibidem, livre XIV, chapitre lix.)

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