BRITANNICUS, AGRIPPINE, NARCISSE, ALBINE
BRITANNICUS
Nos ennemis communs ne sont pas invincibles , 895 Madame : nos malheurs trouvent des cœurs sensibles. Vos amis et les miens, jusqu'alors si secrets,
I . Tacite rapporte que , bien des années avant sa mort, Agrippine avait cru aux prédictions des Chaldéens qui lui annonçaient cette mort, et |les avait méprisées : a Hune sui finem multos ante annos crediderat Agrippina contempse- « ratque ; nam consulenti super Nerone responderunt Chaldsei fore ut impe- « raret, matremque occideret; atque illa : «Occidat, inquit, dum imperet. » {Annales, livre XIV, chapitre ix.)
BRITANNICUS
Tandis que nous perdions le temps en vains regrets ,
Animés du courroux qu'allume l'injustice,
Viennent de confier leur douleur à Narcisse. 900
Nëron n'est pas encor tranquille possesseur
De l'ingrate qu'il aime au mépris de ma sœur.
Si vous êtes toujours sensible à son injure,
On peut dans son devoir ramener le parjure.
La moitié du sénat s'intéresse pour nous : 90 5
Sylla , Pison , Plautus *
AGRIPPINE
Prince, que dites-vous?
Sylla, Pison, Plautus! les chefs de la noblesse!
BRITANNICUS
Madame , je vois bien que ce discours vous blesse,
Et que votre courroux , tremblant , irrésolu ,
Craint déjà d'obtenir tout ce qu'il a voulu. 9 1 o
Non , vous avez trop bien établi ma disgrâce :
D'aucun ami pour moi ne redoutez l'audace.
Il ne m'en reste plus ; et vos soins trop prudents
Les ont tous écartés ou séduits dès longtemps.
AGRIPPINE
Seigneur, à vos soupçons donnez moins de créance : 9 r 5 Notre salut dépend de notre intelligence. J'ai promis, il suffit. Malgré vos ennemis, Je ne révoque rien de ce que j'ai promis. Le coupable Néron fuit en vain ma colère :
I . Cornélius Sylla était suspect à Néron par l'illustration de sa naissance et comme gendre de Claude. Pallas et Burrhus furent accusés d'avoir voulu l'élever à l'Empire. [Annales, livre XIII, chapitre xxm.) Néron le fit tuer après la chute de Séncque. {Ibidem, livre XIV, chapitre lvh) . — C. Pison fut le chef de la grande conjuration formée contre Néron vers la fin de son règne. (Ibidem, livre XV, chapitre xlviii-lix.) — Rul)ellius Plautus descendait d'Auguste par les femmes au même degré que Néron. Tacite dit [ibidem, livreXlllf chapitre xix) qu'après la mort de Britarinicus, Agrippine fut accusée de méditer une révolution en sa faveur. Néron le fit tuer dans le même temps que Cornélius Sylla. [Ibidem, livre XIV, chapitre lix.)