‹ Œuvres;Chapitre 233 sur 422 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

BRITANNIGUS, JUNIE.

Retirez-vous , Seigneur, et fuyez un courroux

Que ma persévérance allume contre vous.

Néron est irrité. Je me suis échappée,

Tandis qu'à l'arrêter sa mère est occupée. 960

Adieu : réservez-vous , sans blesser mon amour,

Au plaisir de me voir justifier un jour.

Votre image sans cesse est présente à mon âme :

Rien ne l'en peut bannir.

BRITANNIGUS.

Je vous entends , Madame :

Vous voulez que ma fuite assure vos désirs , 965 Que je laisse un champ libre à vos nouveaux soupirs. Sans doute , en me voyant, une pudeur secrète Ne vous laisse goûter qu'une joie inquiète. Hé bien l il faut partir.

JUNIE

Seigneur, sans m'imputer....

BRITANNIGUS.

Ah ! vous deviez du moins plus longtemps disputer. 970 Je ne murmure point qu'une amitié commune Se range du parti que flatte la fortune , Que l'éclat d'un empire ait pu vous éblouir. Qu'aux dépens de ma sœur vous en vouliez jouir; Mais que de ces grandeurs comme une autre occupée , Vous m'en ayez paru si longtemps détrompée : Non, je l'avoue encor, mon cœur désespéré Contre ce seul malheur n'étoit point préparé.

J'ai vu sur ma ruine élever l'injustice* ; De mes persécuteurs j'ai vu le ciel complice. 980 Tant d'horreurs n'avoicnt point épuisé son courroux, Madame : il me restoit d'être oublié de vous.

JUNIE

Dans un temps plus heureux ma juste impatience Vous feroit repentir de votre défiance.

Mais Néron vous menace : en ce pressant danger, 985 Seigneur, j'ai d'autres soins que de vous affliger. Allez, rassurez-vous, et cessez de vous plaindre : Néron nous écoutoit, et m'ordonnoit de feindre.

BRITANNICUS

Quoi? le cruel....

JUNIE

Témoin de tout notre entretien , D'un visage sévère examinoit le mien, 990 Prêt à faire sur vous éclater la vengeance D'un geste confident de notre intelligence.

BRITANNICUS

Néron nous écoutoit, Madame! Mais, hélas!

Vos yeux auroient pu feindre, et ne m'abuser pas.

Ils pouvoient me nommer l'auteur de cet outrage. 995

L'amour est-il muet , ou n'a-t-il qu'un langage ?

De quel trouble un regard pouvoit me préserver !

Ilfalloit....

JUNIE

Il falloit me taire et vous sauver. Combien de fois, hélas! puisqu'il faut vous le dire, Mon cœur de son désordre alloit-il vous instruire ! 1000 De combien de soupirs interrompant le cours Ai-je évité vos yeux que je cherchois toujours ! Quel tourment de se taire en voyant ce qu'on aime !

I. Voyez sur ce tour la note du vers 1410 d'Andromaque et la note du vers 145 des Plaideurs,

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