SCÈNE VIII
NÉRON, BRITANNICUS, JUNÏE.
NÉRON
Prince, continuez des transports si charmants. 1025
1. Far. Ah ! n'en voiià que trop pour me faire comprendre. (1670)
2. Avant ce vers, l'édition de 1736 et celle de M. Aimé-Martin donnent l'indication : a Se jetant aux pieds de Jiinie. »
BRITANNICUS
Je conçois vos bontés par ses renier ciments ,
Madame : à vos genoux je viens de le surprendre.
Mais il auroit aussi quelque grâce à me rendre :
Ce lieu le favorise, et je vous y retiens
Pour lui faciliter de si doux entretiens. îo3o
BRITANNICUS
Je puis mettre à ses pieds ma douleur ou ma joie Partout où sa bonté consent que je la voie; Et l'aspect de ces lieux où vous la retenez N'a rien dont mes regards doivent être étonnés.
Et que vous montrent-ils qui ne vous avertisse t o 3 5 Qu'il faut qu'on me respecte et que l'on m'obéisse ?
BRITANNICUS
Ils ne nous ont pas vu l'un et l'autre élever,
Moi pour vous obéir, et vous pour me braver;
Et ne s'attendoient pas , lorsqu'ils nous virent naître ,
Qu'un jour Domitius me dût parler en maître * . 1040
NÉRON
Ainsi par le destin nos vœux sont traversés : J'obéissois alors, et vous obéissez.
Si vous n'avez appris à vous laisser conduire , Vous êtes jeune encore, et l'on peut vous instruire.
BRITANNICUS
Et qui m'en instruira ?
NÉRON
Tout l'Empire à la fois, 1045
Rome.
BRITANNICUS
Rome met-elle au nombre de vos droits
I. Racine s'est souvenu du passage de Tacite où il est dit qu'un jour (c'était avant la mort de Claude) Néron ayant rencontré Brltannicus, le salua de son nom , et que celui-ci réj)ondit en donnant à Néron le nom de Doraitius : « Obvii inter se , Nero Britannicum nominc , ille Domitium , salutavere, » (Annales, livre XII, chapitre XLi.)