‹ Œuvres;Chapitre 243 sur 422 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Que vous marchiez au camp, conduit sous mes auspices,

Dans Rome les autels fumoient de sacrifices ;

Par mes ordres trompeurs tout le peuple excité

Du prince déjà mort demandoit la santé*. 1 190

Enfin des légions l'entière obéissance

Ayant de votre empire affermi la puissance.

On vit Claude; et le peuple, étonné de son sort,

Apprit en même temps votre règne et sa mort.

C'est le sincère aveu que je voulois vous faire : 1 1 9 5 Voilà tous mes forfaits. En voici le salaire.

Du fruit de tant de soins à peine jouissant En avez-vous six mois paru reconnoissant. Que lassé d'un respect qui vous gênoit peut-être. Vous avez affecté de ne me plus connoîre^. 1200 J'ai vu Burrhus, Sénèque, aigrissant vos soupçons, De l'infidélité vous tracer des leçons.

Ravis d'être vaincus dans leur propre science. J'ai vu favoriser de votre confiance^ Othon, Sénécion, jeunes voluptueux*, i2o5

1 . Tout ce récit est conforme à celui de Tacite : « Vota pro incolumitate

« principis consules et sacerdotes nuncupabant, quum jam exanimis vestibus

« et fomentis obtegeretur Cunctos aditus custodiis clauserat [Agrippina),

« crebroque vulgabat ire in melius valetudinem principis Comitante Burro,

a Nero egreditur ad cohortem quae more militiae excubiis adest. Ibi, monente a praefecto, festis vocibus exceptus — » [Annales, livre XII, chapitres lxviii et Lxix.)

2. Il y a connaître [connaistre) dans les éditions de 1670 et de 1676.

3. Malgré l'accord de toutes les éditions imprimées du vivant de l'auteur, Louis Racine est d'avis que favoriser doit être une faute d'impression, et qu'il faut lire favorisés. Les éditions de la Harpe, de Geoffroy et de M. Aimé-Martin ont adopté cette correction. Nous maintenons l'ancien texte, que nous croyons fort bon. Après vofr, entendre, cet emploi de l'infinitif est très-régulier. Pour ne pas chercher loin un exemple, un peu plus bas au vers 1242 : « De s'ouïr par ma voix dicter vos volontés, t> dicter n'équivaut-il pas aussi à un infinitif passif dont a vos volontés » serait le sujet ?

4. M. Salvius Othon est celui même qui devint empereur. Claudius Sénécion était fils d'un affranchi de Claude. Quelques-uns pensent qu'il ne fait qu'un avec TuUius Sénécion compromis dans la conjuration de Pison. Voici le passage de Tacite que Racine a eu en vue : « Infracta paulatim potentia matris,

BRITANNICUS

Et de tous vos plaisirs flatteurs respectueux ;

Et lorsque vos mépris excitant mes murmures,

Je vous ai demandé raison de tant d'injures,

(Seul recours d'un ingrat qui se voit confondu)

Par de nouveaux affronts vous m'avez répondu. 121c

Aujourd'hui je promets Junie à votre frère;

Ils se flattent tous deux du choix de votre mère :

Que faites-vous? Junie, enlevée à la cour,

Devient en une nuit l'objet de votre amour;

Je vois de votre cœur Octavie effacée, 1 2 1 5

Prête à sortir du lit où je l'avois placée ;

Je vois Pallas banni, votre frère arrêté ;

Vous attentez enfin jusqu'à ma liberté :

Burrlîus ose sur moi porter ses mains hardies.

Et lorsque convaincu de tant de perfidies, 1220

Vous deviez ne me voir que pour les expier.

C'est vous qui m'ordonnez de me justifier.

NÉRON

Je me souviens toujours que je vous dois l'Empire;

Et sans vous fatiguer du soin de le redire.

Votre bonté, Madame, avec tranquillité 1225

Pouvoit se reposer sur ma fidélité.

Aussi bien ces soupçons, ces plaintes assidues

Ont fait croire à tous ceux qui les ont entendues

Que jadis, j'ose ici vous le dire entre nous,

Vous n'aviez, sous mon nom, travaillé que pour vous.

« Tant d'honneurs, disoient-iîs, et tant de déférences,

Sont-ce de ses bienfaits de foibles récompenses ?

Quel crime a donc commis ce fils tant condamné?

Est-ce pour obéir qu'elle Ta couronné ?

a delapso Nerone in amorem lihcrtae cui vocabulum Acte fuit, simul assumptis H in conscientiam Otlione et Claudio Senecione, adolescentulis decoris, quorum « Otho familia consulari, Scnccio lil)erto Caesaris pâtre genitus, ignara matre, « dein frustra obnitente , penitus irrepserant per luxum et aml>igua sécréta. » [Annales, livre XIII, chapitre xii.)

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