‹ Œuvres;Chapitre 244 sur 422 · ACTE IV, SCÈNE IL ' 3i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL ' 3i

N'est-il de son pouvoir que le dépositaire? » 1235

Non que si jusque-là j'avois pu vous complaire,

Je n'eusse pris plaisir, Madame, à vous céder

Ce pouvoir que vos cris sembloient redemander»

Mais Rome veut un maître, et non une maîtresse.

Vous entendiez les bruits qu'excitoit ma foiblesse : 1240

Le sénat chaque jour et le peuple, irrités

De s'ouïr par ma voix dicter vos volontés

Publioient qu'en mourant Claude avec sa puissance

M'avoit encor laissé sa simple obéissance.

Vous avez vu cent fois nos soldats en courroux 1245

Porter en murmurant leurs aigles devant vous.

Honteux de rabaisser par cet indigne usage

Les héros dont encore elles portent l'image.

Toute autre se seroit rendue à leurs discours ;

Mais si vous ne régnez, vous vous plaignez toujours^.

Avec Britannicus contre moi réunie,

Vous le fortifiez du parti de Junie ;

Et la main de Pallas trame tous ces complots ;

Et lorsque, malgré moi, j'assure mon repos,

On vous voit de colère et de haine animée. 1 2 5 5

Vous voulez présenter mon rival à l'armée :

Déjà jusques au camp le bruit en a couru.

AGRIPPINE

Moi, le faire empereur, ingrat? L'avez- vous cru? Quel seroit mon dessein ? qu'aurois-je pu prétendre ? Quels honneurs dans sa cour, quel rang pourrois-je at- Ah ! si sous votre empire on ne m'épargne pas, [tendre?

1 . Nous ne citerons pas comme une variante, mais comme une faute d'impression, la leçon de 1670 :

De s'ouïr par ma voix dicter leurs volontés.

2. Tacite rapporte un reproche semblable que Tibère adressa à la première Agrippine, veuve de Germanicus. Il lui représenta qu'on ne faisait pas tort à

ses droits parce qu'elle ne régnait pas : <c Correptam grseco versu admonuit

a non ideo lœdi, quia non regnaret. » [Annales^ livre IV, chapitre lu.)

BRITANNICUS

Si mes accusateurs observent tous mes pas,

Si de leur empereur ils poursuivent la mère,

Que ferois-je au milieu d'une cour étrangère?

Ils me reprocheroient, non des cris impuissants, 1265

Des desseins étouffés aussitôt que naissants,

Mais des crimes pour vous commis à votre vue,

Et dont je ne serois que trop tôt convaincue * .

Vous ne me trompez point, je vois tous vos détours :

Vous êtes un ingrat, vous le fûtes toujours. 1270

Dès vos plus jeunes ans, mes soins et mes tendresses

N'ont arraché de vous que de feintes caresses .

Rien ne vous a pu vaincre ; et votre dureté

Auroit dû dans son cours arrêter ma bonté.

Que je suis malheureuse 1 Et par quelle infortune^ 1275

Faut-il que tous mes soins me rendent importune ?

Je n'ai qu'un fils. O ciel, qui m'entends aujourd'hui,

T'ai-je fait quelques vœux qui ne fussent pour lui ?

Remords, crainte, périls, rien ne m'a retenue ;

J'ai vaincu ses mépris ; j'ai détourné ma vue 1280

Des malheurs qui dès lors me furent annoncés ;

J'ai fait ce que j'ai pu : vous régnez, c'est assez.

Avec ma liberté, que vous m'avez ravie.

Si vous le souhaitez, prenez encor ma vie,

Pourvu que par ma mort tout le peuple irrité 1285

Ne vous ravisse pas ce qui m'a tant coûté.

NÉRON

Hé bien donc! prononcez. Que voulez-vous qu'on fasse?

1. «Vivere ego, Brïtannico potiente rerum, poteram? Desunt scilicet

a mihi accusatores, qui non verba, irapatientia caritatis aliquando incauta, « sed ea crimina objiciant quibus , nisi a fdio , absolvi non possim. » (Tacite, Annales, livre XIII, cl)apitre xxi.)

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