SCÈNE PREMIÈRE
BRITANNIGUS, JUNIE.
BRITANNICUS
Oui, Madame , Néron , qui l'auroit pu penser?
Dans son appartement m'attend pour m' embrasser.
Il y fait de sa cour inviter la jeunesse ;
Il veut que d'un festin la pompe et l'allégresse
Confirment à leurs yeux la foi de nos serments , 14^5
Et récliauCfent l'ardeur de nos embrassements ;
Il éteint cet amour, source de tant de haine ;
Il vous fait de mon sort arbitre souveraine.
Pour moi, quoique banni du rang de mes aïeux,
Quoique de leur dépouille il se pare à mes yeux, 1490
Depuis qu'à mon amour cessant d'être contraire
Il semble me céder la gloire de vous plaire ,
Mon cœur, je l'avoùrai, lui pardonne en secret,
Et lui laisse le reste avec moins de regret.
Quoi ? je ne serai plus séparé de vos charmes ? 1495
Quoi? même en ce moment je puis voir sans alarmes
Ces yeux que n'ont émus ni soupirs ni terreur,
Qui m'ont sacrifié l'Empire et l'Empereur * ?
Ah ! Madame. Mais quoi? Quelle nouvelle crainte
Tient parmi mes transports votre joie en contrainte?
D'où vient qu'en m'écoutant , vos yeux, vos tristes yeux
I . Louis Racine, dans ses Notes sur la langue de Britannicus, dit que, suiyant la remarque du P. Bouliours, saci ijier en ce sens était alors nouveau.