‹ Œuvres;Chapitre 272 sur 422 · Voyez tome I, p 246, note · texte numérisé non relu

Voyez tome I, p 246, note

2. Tite et Titus ^ ou Critique sur les Bérénices^ à Utrecht, chez. Jean Ribbuis, M.DC.LXXIII. Cette comédie est en trois actes et en prose. On la trouve dans le Recueil àe Granet, tome II, p. 257-812.

J. Racine, it 28

BÉRÉNICE

comme dans les autres critiques du même temps, dans celles de Villars et de Saint-Evremond, qu'on ne se dissimulait pas l'infériorité de la tragédie de Corneille , à qui l'on reprochait, en maint endroit, un galimatias inintelligible. Ce que la co- ^ médie de Tite et Titus paraît surtout vouloir censurer dans la : Bérénice de Racine, c'est la cruauté et la perfidie de Titus, iqui, de même que le Pyrrhus Andromaque ^ n'est pas assez, honnête homme ; c'est la complaisance ridicule du pauvre confident Paulin; c'est la faiblesse honteuse de Bérénice, à qui l'amour fait oublier toute dignité : « Cet honnête homme que vous voyez là [il s'agit de Titus) est un grand fourbe..., puisqu'il ne peut s'empêcher de fourber, et déjouer de la manière la plus impudente une coureuse qui se dit reine et qui est folle de lui.... Il n'est rien de si touchant ni de si tendre que les choses qu'il dit à sa Bérénice..., lors même qu'il l'abandonne, qu'il la quitte, qu'il la chasse, quoiqu'elle veuille bien l'épouser, qu'il ne tienne qu'à lui seul qu'il soit maître de ses actions.... Il va s'aviser que le sénat, qui n'y songeoit pas, pourroit bien lui fournir une couleur, s'il vouloit s'en mêler.... Titus n'a aucune nécessité de chasser sa Bérénice, et rien que sa fantaisie ne l'y obligeoit ; et cela est si vrai que, quelque temps après, étant seuU et ne croyant être entendu de personne, il s'avoue à lui-même que le sénat ni le peuple ne lui demandoient rien Que jugerez-vous d'une femme qui se disant reine et belle, souffre patiemment et sans aucun ressentiment qu'un traître la méprise et la trompe?... Par une foiblesse digne d'une éternelle honte, lors même qu'il la chasse, elle lui avoue qu'elle croit qu'il l'aime véritablement ; sok amour foule galamment aux pieds la gloire et la pudeur. Il n'est point de si sale artifice, point de souvenir si secret qu'elle n'emploie pour le retenir. Tantôt elle lui demande si son amour ne peut agir qu'au sénat; elle le prie qu'il la voye plus souvent, et qu'il ne lui donne plutôt rien, qu'il la garde toujours près de lui, encore qu'il ne l'épousera pas. J'ai honte, Seigneur, de rapporter des choses de cette nature. Jugez si l'on peut donner un sens honnête à ces paroles, et quelles idées elles font dans

i. Acte 11, scène j.

NOTICE

les esprits*. » Nous croyons que ce mélange de plaisanteries beaucoup trop grossières, et de raiffinemenl romanesque, si exigeant sur la perfection des amants et des héroïnes, ne peint pas mal le public avec qui Racine avait à compter. Par là bien des choses peut-être s'expliquent dans son théâtre : qu'on se rappelle par exemple le mot qu'on lui a prêté sur les railleries auxquelles il se fût exposé s'il n'eût pas fait Hippolyte amoureux.

A la fin de la comédie, Apollon, juge de la dispute entre Tite et Titus et entre les deux Bérénices, donne ses conclusions qu'on voit bien avoir été celles de l'auteur lui-même : « Pour Titus, c'a été une grande imprudence à lui de s'être exposé au jugement du vulgaire, qui ne comprend point les forces de l'amour de la gloire; et c'est bien employé s'il a passé pour un fripon. Mais pour la Bérénice..., comme elle paroit tout à fait innocente, et qu'on ne^oit pas qu'il y ait rien de sa faute dans son malheur, la pitié qu'elle excite est trop grande pour donner du plaisir^ et dégénère en horreur et en indignation. Quant au principal, à la vérité il y a plus d'apparence que Titus et Bérénice soient les véritables que non pas que ce soient les autres [Tite et Bérénice de Corneille); mais pourtant.... les uns et les autres auroient bien mieux fait de se tenir au pays d'histoire, dont ils sont originaires, que d'avoir voulu passer dans l'empire de poésie, à quoi ils n'étoient nullement propres, et oii, pour dire la vérité, on les a amenés, à ce qu'il semble, assez mal à propos^. » Voilà encore une fois le choix du sujet responsable de tout le mal. C'est un point sur lequel s'accordent les diverses critiques de la pièce. VoUaire, qui dans son commentaire sur Bérénice en a apprécié les beautés avec tant de goût , n'a pas été le moins excessif dans le blâme du sujet. « Un amant et une maîtresse qui se quittent, dit-il dans la préface de ce commentaire, ne sont pas sans doute un sujet de tragédie. Si on avait proposé un tel plan à Sophocle ou à Euripide, ils l'auraient renvoyé à Aristophane. L'amour qui n'est qu'amour, qui n'est point une passion terrible et funeste, ne semble fait que pour la comédie, pour la pastorale ou pour

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