Voyez \<\.Gaze.tte du 20 décembre
NOTICE
d'août de cette année, ont remis au théâtre la tragédie de Bérénice, qui a été extrêmement goûtée du public, soit par Texcellence de l'ouvrage, soit par l'exécution admirable des acteurs. Les principaux rôles de Bérénice, de Titus et d'Antiochus sont remplis parla demoiselle Lecouvreur, par le sieur Quinault l'aîné et par le sieur Quinault du Fresne. » Mlle Lecouvreur avait été surtout très-admirée. On dit cependant qu'en 1729, année où elle joua encore le même rôle, la pièce fut reçue plus froidement. Une Bérénice qui lui fut peut-être supérieure, et dont tous les témoignages contemporains s'accordent à célébrer le triomphe, fut Mlle Gaussin. La Champmeslé n'avait pas un son de voix plus touchant. Les représentations de Bérénice (]^ eWe donna au mois de novembre 1752 firent une impression profonde. Ce fut évidemment alors que Rousseau vit sur la scène l'attendrissante tragédie*; et l'actrice qu'il vante est Mlle Gaussin. Il nous a conservé un souvenir de son jeu dans les dernières scènes : « Au cinquième acte, dit-il, où cessant de pleurer, l'air morne, l'œil sec et la voix éteinte , elle faisoit parler une douleur froide approchante du désespoir, Tart de l'actrice ajoutoit au pathétique du rôle, et les spectateurs commençoient à pleurer, quand Bérénice ne pleuroit plus. » Des vers qu'on trouve cités dans plusieurs recueils du dix-huitième siècle sont un témoignage contemporain de la vérité d'une petite anecdote, qu'on pourrait cependant prendre pour une légende. A Tune de ces brillantes représentations de Bérénice, la sentinelle, de garde au théâtre, entendant Mlle Gaussin, fondit en larmes, et laissa tomber son arme. En 1788, une jeune actrice avait débuté, en qui semblait revivre Gaussin; sa voix faisait couler les larmes, sa sensibilité était profonde. C'était Mlle des Garcins. Bérénice fut un de ses meilleurs rôles. Les éditeurs du Racine de 1807, dans leurs remarques sur Bérénice qui ont pour titre Additions ^, parlent de ce grand succès de Mlle des Garcins, comme en ayant été eux-mêmes nouvellement témoins. Ce fut sans doute dans les dernières années de la courte carrière théâtrale de cette actrice, qui mourut
1. La Lettre de Rousseau est de lyÔS. Il y dit avoir assisté à une représentation de Bérénice, « il y a quelques années. »