‹ Œuvres;Chapitre 281 sur 422 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ANTIOGHUS, ARSAGE.

ANTIOCHUS

Arrêtons un moment. La pompe de ces lieux,

Je le Yois bien, Arsace, est nouvelle à les yeux.

Souvent ce cabinet superbe et solitaire

Des secrets de Titus est le dépositaire.

C'est ici quelquefois qu'il se cache à sa cour, 5

Lorsqu'il vient à la Reine* expliquer son amour.

I . Les historiens anciens nomment Bérénice regina Bérénice; mais l'abbé du Bos fait remarquer que cette princesse, dont Racine dit que les États furent agrandis par Titus, <f n'eut jamais ni royaume ni priacipauté. On l'appeloit reine ou parce qu'elle avoit épousé des souverains, ou parce qu'elle étoit fille de roi. » [Réflexions critiques, i'"^ partie, section xxix.) Si Bérénice, qui fut aimée de Titus, est la fille d'Agrippa P"", roi de Judée, elle avait été mariée deux fois, et, comme Bayle l'établit très-bien dans son Dictionnaire historique et critique (article Bérénice), a elle avoit quarante- quatre bonnes années sous le quatrième consulat de Vespasien, » qui est l'époque où, saivant Xiphilin, Titus la renvoya. Elle était plus âgée encore au temps où Racine a placé l'action de sa pièce. Mais il faut faire attention que le même Xipliilin dit qu'elle était dans tout son éclat lorsqu'elle vint à Rome; et Tacite, dans le livre II des Histoires, chapitre Lxxxi, parlant d'elle au temps où Vespasien fut en Orient proclamé empereur, se sert de ces expressions, plus précises encore

BÉRÉNICE

De son appartement cette porte est prochaine ,

Et cette autre conduit dans celui de la Reine * .

Va chez elle : dis-lui qu'importun à regret

J'ose lui demander un entretien secret. lo

ARSACE

Vous, Seigneur, importun? vous, cet ami fidèle

Qu'un soin si généreux intéresse pour elle?

Vous, cet Antiochus son amant autrefois?

Vous, que l'Orient compte entre ses plus grands rois?

Quoi? déjà de Titus épouse en espérance^, 1 5

Ce rang entre elle et vous met-il tant de distance ?

Va, dis-je; et sans vouloir te charger d'autres soins, Vois si je puis bientôt lui parler sans témoins.

et moins contestables : Jlorens œtate formaque, « elle étoitdans la fleur del'âge et de la beauté. «Clavier, dans la Biographie universelle [avticle Bérénice), conjecture donc avec assez de vraisemblance que la Bérénice dont Titus fut amoureux n'était point la fille d'Agrippa P'", mais une fille de Marianne, sœur de l'autre Bérénice; « elle avait environ vingt-cinq ans lorsque Titus vint dans la Judée. Elle avait également un frère nommé Agrippinus ou Agrippa. » Quoi qu'il en soit, il serait puéril de chicaner Racine à ce sujet. Bérénice était jeune, elle était reine, puisqu'il a voulu qu'elle le fut. L'abbé de Villars, beaucoup plus violent dans ses critiques que du Bos, appelle aussi l'histoire à son aide pour railler l'héroïne de Racine, qu'il appelle une belle surannée : <c Le poète ingénieux , dit-il , pour faire éclater encore la force tyrannique de cette passion , feint adroitement que cette Bérénice est la Bérénice sœur d'Agrippa, c'est-àdire cette infâme Bérénice que le spectateur sait bien qui étoit une incestueuse et l'horreur de l'univers par son abominable commerce avec son frère dès le commencement du règne de Néron. )> (Critique de Bérénice^ p. i6.)

I. « Antiochus ne pouvoit-il aller chez Bérénice, pour luidii-e adieu incognito, que par le cabinet de Titus ? Le cabinet des empereurs romains étoit-il si peu re^ecté qu'on se servît de sa porte secrète pour aller parler d'amour à leurs maltresses? » (Villars, Critique de Bérénice, p. lo.) — Cette remarque bien rigoureuse pourrait ^'appliquer à beaucoup d'invraisemlilances du même genre, auxquelles notre théâtre classique s'était condamné par une règle trop sévère. <c Je conviens avec ^vous, écrivait J. B. Rousseau dans une de ses lettres à Riccoboni, de la violence que l'unité de lieu, telle que nos poètes l'ont imaginée, fait à la plupart de leurs pièces ; et qu'ils ont bien mal entendu leurs intérêts en s'imposant volontairement une torture aussi générale que de réduire tonte l'étendue locale de leur action à celle d'une chamijrc ou d'un cabinet. »

9../^ar. Quoi ? déjà de Titus l'épouse en espérance. (1671-87)

Page 1