‹ Œuvres;Chapitre 282 sur 422 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

ANTIOGHUS, seul.

Hé bien ! Antioclins, es-tu toujours le même ?

Pourrai-je, sans trembler, lui dire : « Je vous aime? »

Mais quoi? déjà je tremble, et mon cœur agité

Craint autant ce moment que je l'ai souhaité.

Bérénice autrefois m'ôta toute espérance ;

Elle m'imposa même un éternel silence.

Je me suis tu cinq ans, et jusques à ce jour a 5

D'un voile d'amitié j'ai couvert mon amour.

Dois-je croire qu'au rang où Titus la destine

Elle m'écoute mieux que dans la Palestine ?

Il l'épouse. A.i-je donc attendu ce moment

Pour me venir encor déclarer son amant? 3a

Que] fruit me reviendra d'un aveu téméraire * ?

Ah ! puisqu'il faut partir, partons sans lui déplaire.

Retirons-nous, sortons ; et sans nous découvrir,

Allons loin de ses yeux l'oublier, ou mourir.

Hé quoi ? souffrir toujours un tourment qu'elle ignore?

Toujours verser des pleurs qu'il faut que je dévore?

Quoi? même en la perdant redouter son courroux ?

Belle reine, et pourquoi vous offenseriez-vous ?

Yiens-je vous demander que vous quittiez l'Empire ?

Que vous m'aimiez? Hélas! je ne viens que vous dire 40

Qu'après m' être longtemps flatté que mon rival

Trouveront à ses vœux quelque obstacle fatal.

Aujourd'hui qu'il peut tout, que votre hymen s'avance.

Exemple infortuné d'une longue constance,

I. J^ar. [Pour me venir encor déclarer son amant?] Ah ! puisqu'il faut partir, partons sans lui déplaire : Je me suis tu longtemps, je puis encor me taire. (1671-87)

BÉRÉNICE

Après cinq ans d'amour et d'espoir superflus, 45

Je pars, fidèle encor quand je n'espère plus.

Au lieu de s'ofFenser, elle pourra me plaindre*.

Quoi qu'il en soit, parlons : c'est assez nous contraindre.

Et que peut craindre, hélas ! un amant sans espoir

Qui peut bien se résoudre à ne la jamais voir? 5 o

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