‹ Œuvres;Chapitre 295 sur 422 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Je sentis le fardeau qui m'étoit imposé ;

Je connus que bientôt, loin d'être à ce que j'aime,

Il falloit, cher Paulin, renoncer à moi-même;

Et que le choix des Dieux , contraire à mes amours ,465

Livroit à l'univers le reste de mes jours.

Rome observe aujourd'hui ma conduite nouvelle.

Quelle honte pour moi , quel présage pour elle ,

Si dès le premier pas , renversant tous ses droits ,

Je fondois mon bonheur sur le débris des lois ! 470

Résolu d'accomplir ce cruel sacrifice ,

J'y voulus préparer la triste Bérénice ;

Mais par où commencer? Vingt fois depuis huit jours

J'ai voulu devant elle en ouvrir le discours;

Et dès le premier mot ma langue embarrassée 475

Dans ma bouche vingt fois a demeuré glacée.

J'espérois que du moins mon trouble et ma douleur

Lui feroit* pressentir notre commun malheur;

Mais sans me soupçonner, sensible à mes alarmes ,

Elle m'offre sa main pour essuyer mes larmes ; 480

Et ne prévoit rien moins dans cette obscurité

Que la fin d'un amour qu'elle a trop mérité ^ .

Enfin j'ai ce matin rappelé ma constance :

Il faut la voir, Paulin , et rompre le silence.

J'attends Antiochus pour lui recommander 4 8 5

Ce dépôt précieux que je ne puis garder.

Jusque dans l'Orient je veux qu'il la remène ^.

Demain Rome avec lui verra partir la Reine.

1 . Il y a ferait^ au singulier, dans toutes les éditions publiées du vivant de Racine.

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