‹ Œuvres;Chapitre 345 sur 422 · OEmres__de Voltaire^ tome LUI? p. 55o · texte numérisé non relu

OEmres__de Voltaire^ tome LUI? p. 55o

4. iTidem, tome VII, p. ciig. — Le passage clu BoJseana où Voltaire avait trouvé ce prétendu jugement de Boileau sur la versification de Bajazet est à la page 107.

BAJAZET

a-t-il réellement été aussi sévère? Nous aurions quelque peine à le comprendre.

Quoique l'on puisse accorder d'ailleurs à quelques-unes des critiques dont Bajazet a été l'objet, une chose reste incontestable : c'est que cette tragédie est une des plus théâtrales que Racine ait composées. Elle avait eu tout d'abord, nous l'avons vu, un succès éclatant. La durée de ce succès a été égale à son éclat. Louis Racine constatait que Bajazet était souvent redemandé. De nos jours même on a reconnu que, bien interprétée, la pièce avait gardé toute sa puissance d'émotion. Il nous reste à rappeler ce qui dans l'histoire de ses représentations , aux diverses époques, peut être de quelque intérêt.

Lorsque la Champmeslé, après la rentrée de Pâques 1679, passa de l'Hôtel de Bourgogne au théâtre de Guénégaud, elle y apporta tous ses grands rôles des tragédies de Racine. Aussi trouvons-nous dans le Registre de la Grange, Bajazet joué cette même année 1679, le 9 septembre, par la troupe de Guénégaud ^ L'année suivante, qui fut celle de la réunion des deux troupes royales, la même pièce fut représentée trois fois à Paris, une fois à Versailles ; en i63i, quatre fois à Paris, une fois à Saint-Germain ; en 1682, quatre fois à Paris, une fois à Versailles, une fois à Fontainebleau; il y eut en i683 trois représentations à Paris, deux en 1684; deux également dans les premiers mois de i685, et une à Versailles.

I. Cette troupe aurait représenté Bajazet bien avant 1679, si l'on s'en rapportait au Journal des wis et des affaires de Paris ^ publié en 1676 par François Coiietet. Celte feuille dit en effet sous la date du mardi 4 août 1676 : « On doit représenter cette après-dîuée à l'Hostel de Bourgogne le Triomphe des Dames de M. Corneille le jeune..., et Bajazet de M. Racine à la rue Guénégaud. » Nous savons cependant que de 1676 à 1677 on jouait plutôt sur cette dernière scène les pièces de Leclerc ou de Pradon que celles de Racine. Soupçonnant une erreur de Colletet, nous avons consulté la première édition de la comédie de Thomas Corneille. Elle a pour titre : « Le Triomphe des Dames, comédie représentée par latrouppe du Roy établie au fauxbourg Saint-Germain (Paris, 1676, in-4''). » — La troupe du fau- ])Ourg Saint-Germain est celle de Guénégaud. Le Journal des aids a donc fait un quiproquo, à moins que les deux théâtres n'aient pour un jour échangé leurs pièces , ce qui est peu probable.

a La première comédie sérieuse que Madame la duchesse de Bourgogne ait vue, dit le Journal de Dangeau, fut Bajazet. » Cette représentation fat donnée à Versailles le 28 novembre 1698. Le duc de Bourgogne , les ducs d'Anjou et de Berri y assistaient. Quelques jours auparavant, on avait joué Britannicus en présence des jeunes princes ; nous avons dit dans la Notice de cette pièce qu'elle avait été choisie pour le premier spectacle tragique qu'on leur donna ; quand vint le tour de la princesse, le choix fut moins sévère ; on pensa que son goût serait « le goût des dames de ce siècle , » pour parler comme le Mercure galant.

En 1721, Baron (le vieux Baron alors), rentré depuis peu au théâtre, joua le rôle d'Acomat, le 8 juillet. Un mois plus tard, le i3 août, Mlle Lecouvreur tentait pour la première fois le rôle de Roxane. Son talent varié, qui savait exprimer et les passions véhémentes et la touchante tendresse, lui permit de représenter tour à tour, avec un grand succès, Roxane et Atalide. Peut-être , on s'en souvient , la Champmeslé aussi avait-elle eu dans Bajazet ce double triomphe. La scène française avait perdu Mlle Lecouvreur, lorsque dans son héritage Mlle Gaussin recueillit le rôle de Roxane. Pour en remplir toutes les conditions, il semble que l'énergie devait manquer à cette charmante actrice. Elle trouva dans Mlle Clairon une rivale avec qui l'on ne pouvait, commel'a dit^Marmontel, la mettre en balance « pour un rôle de force et de fierté. » Mlle Clairon étudia le rôle de Roxane avec le soin et la rare intelligence qui ne lui faisaient jamais défaut.

La vérité du costume est sans doute un peu secondaire; mais on sait que Mlle Clairon (il en a été de même de Mlle Rachel, de le Kain, de Talma) y attachait un grand prix. Il est probable que si, dans les premiers temps de Bajazet, les costumes turcs n'étaient pas absolument méconnaissables, ils étaient encore bien loin d'une parfaite exactitude , et que l'actrice avait de ce côté une véritable révolution à faire. Le passage suivant des Mémoires de Marmontel ^ le donne à penser : « Elle {Mlle Clairon) venait jouer Roxane au petit théâtre de Versailles. J'allai la voir à sa toilette ; et pour, la pre-

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