‹ Œuvres;Chapitre 354 sur 422 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

De la mort d'Amnrat fit courir la nouvelle.

La Sultane , à ce bruit feignant de s'effrayer ,

Par des cris douloureux eut soin de l'appuyer.

Sur la foi de ses pleurs ses esclaves tremblèrent ;

De rheureux Bajazet les gardes se troublèrent ; i5<*

Et les dons achevant d'ébranler leur devoir

Leurs captifs dans ce trouble osèrent s'entrevoir.

Roxane vit le prince. Elle ne put lui taire

L'ordre dont elle seule étoit dépositaire.

Bajazet est aimable. Jl vit que son salut 1 5 5

Dépendoit de lui plaire , et bientôtTTlui plut.

Tout conspiroit pour lui. Ses soins, sa complaisance,

Ce secret découvert , et cette intelligence ,

Soupirs d'autant plus doux qu'il les falloit celer,

L'embarras irritant de ne s'oser parler, 160

Même témérité , périls , craintes communes ,

Lièrent pour jamais leurs cœurs et leurs fortunes.

Ceux mêmes dont les yeux les dévoient éclairer^.

Sortis de leur devoir, n'osèrent y rentrer.

OSMIN

Quoi ? Roxane d'abord leur découvrant son âme , 1 6 5 Osa-t-elle à leurs yeux faire éclater sa flamme ?

Ils l'ignorent encore *, et jusques à ce jour,

Atalide a prêté son nom à cet amour.

Du père d'Amurat Atalide est la nièce ' ;

Et même avec ses fils partageant sa tendresse , 170

Elle a vu son enfance élevée avec eux.

Du prince en apparence elle reçoit les vœux ;

Mais elle les reçoit pour les rendre à Roxane ,

x.Var. Et l'espoir achevant d'ébranler leur devoir. (1672)

2, Eclairer est ici dans le sens de surveiller. Voyez le Lexique,

3. Far. Du père d'Amurat Atalide la nièce. Qui même avec ses fils partagea sa tendresse, Et fut dans ce palais élevée avec eux. (1672)

BAJAZET

Et veut bien sous son nom qu'il aime la Sultane. Cependant , cher Osmin , pour s'appuyer de moi, 175 L'un et l'autre ont promis Atjalide à jna foi.

OSMIN

Quoi ? vous l'aimez , Seigneur ?

ACOMAT

Voudrois-tu qu'à mon âge Je fisse de l'amour le vil apprentissage? Qu'un cœur qu'ont endurci la fatigue et les ans Suivît d'un vain plaisir les conseils imprudents ? 1 80 C'est par d'autres attraits qu'elle plaît à ma vue : J'aime en elle le sang dont elle est descendue*. Par elle Bajazet , en m'approchant de lui , Me ya çnntTP Ini-Tnemp assurer un appnk Un Visir aux sultans fait toujours quelque ombrage. i85 A peine ils l'ont choisi, qu'ils craignent leur ouvrage. Sa dépouille est un bien qu'ils veulent recueillir, Et jamais leurs chagrins ne nous laissent vieillir. Bajazet aujourd'hui m'honore et me caresse ; Ses périls tous les jours réveillent sa tendresse. 190

Ge^même Bajazel^ sur le trône affermi^

Méconnoîtra peut-être un inutile ami. .

Et moi , si mon devoir, si ma foi ne l'arrête ,

S'il ose quelque jour me demander ma tête... .

Je ne m'explique point, Osmin. Mais je prétends igS

Que du moins il faudra la demander longtemps.

Je sais rendre aux Sultans de fidèles services ;

I . Une première idée de quelques traits de ce caractère d' Acomat a pu, ce semble, être suggérée par ces vers du Thémistocle de du Ryer (1648), où le satrape Artabaze parle ainsi de l'amour à son confident :

Je laisse aux esprits bas, je laisse aux foibles âmes A languir dans ses fers, à brûler dans ses flammes. Pour moi, je ne me sers de cette passion Qu'autant qu'elle est utile à mon ambition,

[Thémistocle, acte II, scène v.)

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